La cuite.

Putain de bordel de merde. Parce que ça doit commencer comme ça, par de la vulgarité gratuite et sans trop de sens. Vider les mots de leur substance, les laisser exsangue pour mieux les remodeler.
Je suis un mot. Je me vide petit à petit de mon fluide, de mes rêves, de mes ambitions jusqu'à ne plus en avoir. Je déverse jour après jour pour enfin ne plus rien espérer d'autre que vivre. Simplement vivre.
L'ironie des choses voudrait que ce soit à cet instant, à ce moment précis, l'ironie voudrait que ce soit à la seconde où j'atteindrais mon abimistique sommet que ma vie, alors, s'éteigne.
Un bonze qui, tout en s'embrasant, tout en refusant la douleur du feu mais en acceptant sa puissance, quitterait le monde qu'il aurait alors totalement décrypté. Totalement épousé. Totalement accepté.

Mais il y a trop d'égo, beaucoup trop d'égo et de peur. Je ne peux pas encore avoir peur de ce moment, j'en suis trop éloigné. Je ne suis encore qu'une autruche trop attirée par le sable. Une autruche qui croit pouvoir voler, alors qu'elle ne sait même plus courir.

Une autruche... cette impression de croire que chaque fulgurance confine à du génie me perdra.

La critique est facile. La critique est facile. La critique est facile. J'aurais jamais du ambitionner le second mouvement de la maxime.

De chair.

Chaque jour passé sans tuer un homme est une bénédiction.
Ne pas faire la guerre est un luxe.

Regarder un 14 février le procès de Nuremberg est un paradoxe. Ce jour, dédié par les marchands de fleurs et autres fabriquant d'aphrodisiaques à un amour bon marché, ne peut être que dévolu à une meilleure compréhension de la haine.
"Nous n'en avons pas tué 3 millions, mais seulement 2 millions 500 000". Seulement.
Tout seul face au chaos d'un film. Tout seul face à Goering, face à Jodl. Tout seul face aux corps dégagés à la pelleteuse. Tout seul face à la tension de Justice Jackson.
Pas de fleur, de parfum, de chocolats. Pas de câlins obligés ni de coït routinier. Juste l'horreur qui envahit.
Je n'avais jamais compris. Je ne savais pas à quel point c'était juste des hommes. Ce n'étaient que des hommes, pas des monstres. Des hommes. Ce n'étaient que des hommes.
Qu'est ce qui nous empêcherait de basculer... Quels sont les garde-fous... Quels sont les garde-fous...
Notre relativisme, notre désintérêt, notre individualisme technologique... Nous sommes tous de plus en plus coupables je crois. Mais pas de justice divine immanente et directe. Ce serait beaucoup trop facile. Non.
Nous ne sommes que des hommes. Nous évoluerons en humanité. La postérité jugera nos actes, nos fulgurances et nos obscurités.


Je suis hyper-déconnecté. De chair.

Oui, je sais. Je désenchante trop fort.

Confession d'un homme inoffensif.

Fermer les yeux. Attendre. Respirer, doucement. Prendre conscience de chacun de ses muscles. Les décontracter, un à un. Se laisser aller à soi-même. Se surprendre. Se suspendre au temps. Chaque seconde.




Chaque minute.















Chaque heure.















Reprendre conscience de soi. Reprendre conscience des autres. Retrouver le monde. L'embrasser. Mais sans la langue.
Puis desserrer l'étreinte. Se livrer. Se délivrer.



Puis attendre. 

Sucré-salé.

J'aime pas la difficulté mais je suis difficile. Je fais tout vite, et, en général, pas très bien. Cet espace en est un énième témoignage.
J'aimerais finir cet écrit que j'ai commencé, et qui nécessite un voyage au long-court outre-atlantique. Mais je crois bien que... je crois bien que...
J'avais pensé terminer mon contrat actuel fin février, et partir sur les routes avec une guitare, à travers la France, de la pointe de Bretagne jusqu'à Nice, en proposant au bar rencontré de jouer quatre ou cinq morceaux en échange d'une bouffe, d'une bière et d'un coin ou dormir. Je crois que ça me plairait beaucoup, deux jours. Parce que je n'aime pas la difficulté.
Je crois que rien ne sera fait. Ni tout de suite, ni plus tard. Je pense trop à moi, pas assez aux autres, trop mal, pas assez efficacement.
J'ai souvent argué de problème de timing. Souvent. Trop souvent.

Cube bouillon.

J'ai vu des vagues de sable déferler.
J'ai vu la lune partir en fumée.
J'ai vu le magma s'accumuler dans la cheminée.
J'ai senti la mer se disloquer.
J'ai vu la mouette agoniser.
J'ai vu la joggeuse se laisser porter.


Aujourd'hui, j'ai encore bien glandé.

Tourner vinaigre.

Ce soir, écrire va être comme si je me foutais une plume de paon dans le cul :
- difficile (il faut trouver un paon)
- désagréable (et pour le paon quand je lui prendrais sa plume, et pour moi quand je l'ajouterais à... enfin vous avez compris)
- inesthétique (parce que deux belles choses ajoutées ne constituent pas forcément un ensemble magnifique ; et là, après ce point virgule, j'aurais voulu trouver une comparaison frappée au coin du bon sens qui, tout en vous arrachant deux larmes d'enthousiaste hilarité, vous aurait fait dire "putain il est fort le con." Problème, cette comparaison qui, j'en suis sûr, vous aurait fait la semaine, n'aurait pas cadré avec la thématique du soir, à savoir : ce soir ça va être la croix et la bannière. Et qui dit bannière, dit interdiction très probable aujourd'hui. Décidément, non, ce n'est ni le lieu, ni l'endroit, ni l'emplacement pour ça. N'insistez pas.)

Bon je crois qu'après une telle introduction, nul n'est besoin de conclure.

Court-brouillon.

Le temps n'est pas une notion absolue. Le temps est relatif.
Pour nous en convaincre, prenons l'exemple de trois, ou quatre, ou vingt morceaux de musique. Pour ne pas gâcher l'expérience par une disparité trop grande entre la qualité des pièces musicales nous servant d'échantillons témoins, nous ferons le choix de morceaux d'un même groupe. Mieux même, nous prendrons des morceaux d'un même album.
Cet album sera éponyme. Plutôt acronyme même, puisque s'intitulant B.R.M.C., et composé donc par un trio New-Yorkais au doux nom sixties de Black Rebel Motorcycle Club.
La date de parution de cet album est d'autant moins importante que je ne possède pas l'information. De la date de parution je veux dire. D'autant moins que.... syntaxe incertaine. Passons.
Donc des morceaux de B.R.M.C.
Prenons donc Whatever happened to my rock'n roll. C'est le titre phare de l'album, le hit-single pour les plus anglophiles d'entre vous (et non, ça ne veut pas dire que vous avez une envie irréprésible de faire l'amour à un anglais, bandes d'analphabètes).
Donc ce titre de 4 minutes 40 dure 4 minutes 40. Il est efficace, rapide, insicif, et dure donc bien 4 minutes 40. Le temps mesuré est de 4 minutes 40, le temps ressenti de 4 minutes 40.
Prenons maintenant As sure as the sun.On aurait pu choisir également Rifles, Too real, Head up high ou Salvation. Tous compris entre 5 et 7 minutes.
Et ressentis... c'est compliqué à expliquer. Très compliqué. Parce que le nuage sur lequel on se sent est intemporel. Il est sans dimension. Il parcoure des paysages, visite des terrains connus, raconte des histoires extraordinaires, telles, qu'on devrait prendre 100 ans pour bien les comprendre dans toute leur subtilité.
Oui mais voilà, il s'arrête tel que ces expériences millénaires semblent n'avoir duré que quelques secondes. Une dizaine de secondes serais-je tenté de dire.
C'est comme quand je vous écris. C'est douloureux, parfois atterrant, et pourtant tellement court et jouissif.
C'est encore pas radoxe tout ça. C'est fou.

Le temps n'est pas absolu. Il est relatif. T'avais tout compris Bébert.