Soif sans fin, et réciproquement.

Il y aura un jour où tout s'arrêtera. Les fleurs n'auront plus ni odeur, ni couleur. Les oiseaux ne voleront ni ne chanteront plus. Les bébés ne pleureront ni ne tèteront plus.
Il y aura un jour où l'amour et la haine n'auront plus de signification, où la richesse et la pauvreté se percuteront dans le néant.
Il y aura un jour où les éléments ne seront plus, où le feu ne sera plus à craindre, la noyade plus à redouter, la terre plus à creuser. Car la peur et la volonté ne seront plus.
Il y aura un jour où le pouvoir deviendra aussi inutile qu'il ne l'est déjà, où la rhétorique sera dépassée, où la dialectique sera achevée.
Il y aura un jour où l'amitié ne pourra plus être la seule richesse partageable par quiconque, où l'amour inconditionnel pourra être oublié, où la foi s'écroulera.
Il y aura un jour où les regrets resteront, vraiment, éternels, un éternel absolu et vide. Il y aura un jour où tous les mercis non prononcés, où toutes les caresses non effectuées, où tous les je-t'aime coincés dans la gorge seront définitivement perdus.
Il y aura un jour où les familles n'en seront plus, où les secrets perdront de leur sacralité, où le vent ne les balaiera plus.
Il y aura un jour où la musique ne portera plus ni nostalgie, ni joie, ni frénésie, ni transe. Plus de quarte, plus de quatre temps, plus de blanche. Pas même de silence.
Il y aura un jour où la technologie et la science ne pourront vraiment plus rien faire. Pour qui et pour quoi, d'ailleurs?
Il y aura un jour où les cellules n'auront plus à se développer, ni à dégénérer, ni à se phagocyter.
Il y aura un jour où ni la soif, ni la faim n'auront de sens.

D'ici-là respirons les fleurs. Écoutons les oiseaux. Nourrissons les nourrissons.
D'ici-là aimons, partageons.
D'ici-là nageons avec la confiance la plus farouche.
D'ici-là apprenons, comprenons.
D'ici-là ouvrons nos portes, toutes nos portes.
D'ici-là aimons de toutes nos forces, et montrons-le sans crainte aucune.
D'ici-là protégeons-nous, les uns les autres, dans une armure de tolérance impénétrable.
D'ici-là chantons, fort, et écoutons.
D'ici-là décryptons, pour mieux savoir que nous ne savons rien.
D'ici-là naissons, vivons, et mourrons.

D'ici-là ayons faim. D'ici-là ayons soif.

Juste après l'extremum.

Aujourd'hui est un jour important. Important, que dis-je, primordial. Il s'est passé un événement qui, sans doute, changera ma vie à tout jamais.
Si ce n'est ma vie, au moins mon année.
Si ce n'est mon année, au moins ce mois d'avril.
Si ce n'est ce mois d'avril, au moins cette seizième semaine de l'année.
Si ce n'est cette seizième semaine de l'année, au moins ce deuxième jour de la semaine.
Si ce n'est ce deuxième jour de la semaine, au moins cette dix-septième heure de la journée.
Si ce n'est cette dix-septième heure de la journée, au moins cette septième minute de l'heure.
Si ce n'est cette septième minute de l'heure, au moins cette quinz... seiz.. dix-s...Neuf...
Bon enfin ça a changé quelque chose, à un moment donné. Et c'est important.
C'est le genre de moment qui vous semble tout aussi éternel que soudain. Tout aussi insignifiant qu'essentiel. Tout aussi narrable qu'oubliable.

Je sortais de la voiture après cette journée de travail aussi morose qu'une journée de travail (qui plus est à la Roche-sur-Yon), quand le soleil resplendissant (au moins) me poussa à faire quelque pas de plus dans le jardin familial. Un bruit agaçemment mécanique sortait de cette touffeur printanière, bruit reconnaissable entre mille du tracteur tondeuse Husqvarna orange de mon paternel. Et dessus, courbé sur le volant, concentré sur la trajectoire, ledit paternel.
Et bien cet événement fondamental de la journée, c'est ça. Je n'ai pas fait signe à mon père, je ne me suis pas signalé, je l'ai regardé, quelques secondes. Une minute tout au plus.
Si vous n'avez jamais ressenti l'amour, si vous n'avez jamais eu la sensation que votre cœur s'emplissait d'un fluide délicat, subtil, irradiant jusqu'à vos membres les plus éloignés de la pompe, générant un bienfait tel que les baumes les plus sophistiqués de la plus très lointaine Asie ne sauraient prodiguer, détendant votre derme et épiderme de manière telle que l'endorphine ne ressemblerait plus qu'à une caféine de soda sucré, si donc vous n'avez jamais senti ce bien-être vous envahir, alors je possède sur vous une longueur d'avance.
Parce que j'ai aimé mon père comme rarement en le regardant comme ça. Il était beau. Puis il m'a vu. Il a arrêté le tracteur, sans stopper le moteur, m'a souri, m'a demandé si la journée a été bonne, je lui ai menti en lui disant que ça avait été, je lui ai demandé sans grande conviction s'il voulait que je finisse la besogne, il m'a dit non, que ça allait bientôt être terminé. Je me suis écarté, le moteur s'est emballé, il est reparti.
Moi j'ai 31 ans, mais mon père n'en a pas 73. Il n'en aura pas 74 comme il n'en a pas eu 60, ni 50, ni 40.
Moi j'ai 31 ans. Mais mon père n'a pas d'âge. Il n'en aura jamais.
Jamais.

Indigestion.

Un jour, peut-être, pour les plus endurants, fidèles et courageux d'entre vous, il faudra que j'explique des choses.
Alors, un jour, sans doute, si je m'en souviens, il faudra que je vous explique pourquoi, en une journée, on peut faire tenir anniversaire, dérivées, fonction affine, bébé, Vietnam, ambiguïté, bière, culpabilité, spiderman, record, Jimi Hendrix, Thon, bière, gratin de pâtes, vacuité en une journée. En une journée.
Et si ce n'est pas à vous que j'en parle, ce sera à vous.
Peut-être.

L'odieux crépuscule.

Je n'ai pas fait attention et il était déjà là. C'est passé trop vite, je n'ai rien pu faire. Je n'ai du reste rien fait. Rien du tout.
La lumière crépusculaire éclaire des arbres sans ombre, les branches flottant dans un vent silencieux. Silencieux mais puissant si l'on en juge par la vitesse des nuages bas et encore discernables. Le ciel ne semble pas encore être prêt à s'écrouler, et pourtant l'air est lourd. Des colonnes d'air pèsent sur mes épaules comme la fainéantise sur mes actes.
Le Moulin-neuf a empli mon verre, deux fois. Les girouettes du jardin tournent plus rapidement que mes pensées, mon neurone unique choquant les parois d'un hémisphère encombré.
L'habit ne fait pas le moine, les habitudes l'homme. Je suis comme vous, fatigué de moi, et de mois. Plus que trois. Autant de mois à professer que de billets à écrire. J'imagine déjà l'instant libérateur où je pourrais écrire que c'est fini.
Je me dis que peut-être un jour ce sera plus que lu, ce sera compris. Par quelqu'un de plus brillant que moi, donc. Il est toujours flatteur qu'un mieux-que-soi arrive à donner sens à nos actes, à nos mots, mieux qu'on ne serait capable de le faire soi-même. Rageant, frustrant, vexant, mais flatteur.
Pas de lumières de phares à passer sur la Pierre-levée. Les hommes sont trop saouls, trop avachis, trop plein d'amour pour rouler.
Je rêve d'un ministère des droits des cons pour enfin être représenté. L'égalité de droits des cons, je trouve qu'on n'y pense pas assez.
Je vais m'arrêter là.

Boudin blanc.

J'ai pas très envie d'écrire, mais j'ai encore moins envie de faire autre chose. Alors je vais écrire.

Paraîtrait que je procrastine. Outre la répugnance que m'inspire ce mot, ce goût merdique qu'il laisse dans la bouche après qu'on l'a prononcé, je ne suis pas tout à fait d'accord ; en ce moment je ne procrastine pas, j'oublie, c'est tout.
Je ne perds pas de temps à décider de décider, à décider de décider de faire, à décider de décider de ne plus attendre de faire, ou plus simplement à décider de décider de décider de dormir. C'est faux. J'oublie juste de décider.
Je crois que mon cerveau s'est tout simplement adapté, au bout de trente ans. Il court-circuite dès qu'une décision est à prendre, dès que le chemin des actions n'est pas rectiligne, sans carrefour. Il positionne automatiquement des œillères de chaque côté de ce visage si joli qu'on le croirait être une oeuvre de Dali, et m'enjoint à ne pas m'enjoindre. Une espèce de fil coupeur d'enjoint.
Alors du coup ça ne rend pas la vie plus facile, mais ça ne la complique pas non plus, ça fait comme si je suivais un tunnel un peu encombré, avec toutes les issues de secours fermées, et un mince espoir d'un jour retrouver la lumière stellaire (parce que oui, n'oubliez pas, le Soleil est une étoile). Un peu comme si j'étais coincé dans l'intestin de Pierre Menés après... après rien, en fait, son intestin est en permanence encombré, au contraire de sa conscience qui elle reste vide. Intestin plein-conscience vide, ça doit faire une contrepèterie ça, je vous laisse chercher.

Hier j'ai appris que Victor Hugo était le seul citoyen français vivant à avoir eu le privilège de recevoir du courrier où le nom de rue indiqué sur la missive était le sien. A monsieur Victor Hugo rue Victor Hugo.
Ce qui ne l'a pas empêché de finir par mourir, comme tout le monde. Pas comme tout le monde par contre il est au Panthéon. Je me demande si on est content d'entrer au Panthéon quand on est mort. Si tu partages l'au-delà avec tes voisins, se retrouver entre intellectuels et grands hommes, ça doit être pesant. Ça doit tourner à la comparaison de quéquette en permanence. "Moi j'ai écrit les Trois Mousquetaires", "Oui mais moi j'ai été prix Nobel de Physique et de Chimie en étant une femme", "Oui mais moi j'ai un nom agraire et pourtant j'ai bouleversé les mathématiques", "(chœur d'une vingtaine de voix) Oui mais moi je suis mort sur une barricade", "Oui mais moi de magnifiques arbres portent mon nom parce que mon bateau allait loin", "Oui mais moi je Braille". Bref on doit pas en sortir.

Enfin plutôt que de penser au surlendemain, mieux vaut penser au jour dui. Ça provoque moins de vagues à l'âme.

Je crois que, ce 6 avril 2014 à 17h27, je ne suis pas encore écrivain. Je sens que ça vient, mais c'est pas encore là. Je crois qu'il faut encore continuer à écrire même quand j'en n'ai pas envie. Je crois qu'il faut continuer à ne pas décider. Je crois qu'un jour j'aurais une rue à mon nom, la rue Trouduquu. Je crois qu'un jour j'entrerai au Panthéon. Pour visiter. Et puis après j'irai boire un verre en terrasse avec des potes. Pourquoi en terrasse ? Parce que terrasser, c'est vaincre, et que vaut bien mieux boire un verre gagnant, que de perdre assoiffé.
Parlez en au chameau.




"C Sarah alors?"

C'est le texto que je reçus hier à 22 h 34 d'un numéro inconnu de mon téléphone. Je ne connais pas de Sarah, je ne vois donc pas pourquoi ce serait-elle. Ni pour quoi d'ailleurs.
Il arrive de recevoir des textos de mauvais numéro, plus régulièrement de recevoir de faux appels. Je ne m'en suis donc guère inquiété, ai fini ma journée en rentrant les notes de mes élèves sur leurs bulletins en ligne (technologie...), puis me suis couché en regardant les exploits de Michael Jordan face aux Golden State Warriors (Youtube...). On parle de basket.
Mes yeux se sont donc fermés au son d'un "What a shot by Michael", et puis j'ai entendu une vibration. Je ne sais pas quelle est l'heure. 2 30, 3 heures je pense. Il est en fait 4. Le rédacteur du texto m'appelle, mais pas suffisamment longtemps pour que je sorte complètement de ma léthargie, et que je puisse me saisir de mon portable. Le temps d'une sonnerie me semble-t-il, encore semi-comateux que je suis.
Je déteste être réveillé dans le silence de la nuit. Je finis immanquablement par entendre mon cœur battre, et par ne plus pouvoir fermer l'oeil par crainte qu'il ne s'affole, ou qu'il ne se calme de manière définitive. C'est stupide, je sais, mais je déteste entendre mon cœur battre. Je crois que je préférerais encore le son de la fraiseuse du dentiste, si elle existe encore. Penser à prendre rendez-vous avec le dentiste.
Donc je suis maintenant complètement réveillé. Mon cœur bat. Je relance une vidéo de Michael, contre les Washington Bullets cette fois. Je pense à ma journée de demain. Enfin d'aujourd'hui, enfin je pense à ce qui m'attend. Je commence à replonger...
Et puis ça revibre. Quatre fois. Mais je suis encore trop peu réactif. Peut-être un message sera-t-il laissé? Queud. Je me rendors, stresse de la route et de mes cours. Je donne mes cours, puis ai trois heures à tuer ce matin.
Je repense aux coups de fil. Un à 4 heures, l'autre à 4 h 25. Peut-être ma collègue covoitureuse de boulot, j'ai l'impression que.... mais non, pas son numéro. L'indicatif non-identifié me parait familier. J'envoie un texto toujours plaisant à recevoir je suppose, "Je ne sais pas qui tu es, tu m'as envoyé un texto mais je ne connais pas de Sarah. Est-ce une erreur de ma part, ou de la tienne ?" Pas de réponse.
Alors je réfléchis. Il est possible de se tromper de numéro, mais trois fois ? En envoyant un texto et en essayant de joindre quelqu'un deux fois en pleine nuit ? Tout cela est bizarre.
Je commence à créer un schéma. Je ne suis de toutes façons pas le bon numéro. Mais je suis dans le répertoire de la personne, sans doute en tête de liste (Alexis, c'est souvent dans les premiers, je parlais à l'époque régulièrement à des poches de téléphones mal verrouillés). Je penche pour une femme, d'abord parce que ça rend le tout plus romanesque, ensuite parce que j'interprète le texto comme un "tu as choisi Sarah alors?" La demoiselle est ensuite désespérée devant l'absence de réponse, et répète l'erreur de composition dans un élan de détresse, en pleine nuit, en pleines larmes, cette fois en appelant. Mais après une sonnerie, elle se ravise.
Elle résiste 25 minutes, puis recommence. Quatre sonneries, puis encore une fois elle raccroche, le souffle cours, se traitant de crétine. Elle pleure, se morfond, passe une nuit blanche.

Je commence alors à deviner qui cela aurait pu être. Je regrette donc de ne pas avoir décroché. Cela n'aurait sans doute rien changé, mais j'aurais été heureux de l'entendre. Je me dis que mon texto a du faire un effet des plus... agréables. Mais tant pis, ça commençait à faire long, j'avais d'autres gens à ajouter dans ma liste de contact. Et je suis, de toutes façons, incroyablement maladroit, puisque gaucher. 

Le plus drôle, dans tout ça, c'est que ce mois-ci, pour le moment, j'ai reçu deux appels.

Les creux, en bas, à gauche.

C'est une crise de foi. Une éclatante, submergeante crise de foi.
On se soigne à coup de guimauve prémâchée, de bonheur formaté, de rêves trop facilement réalisés.
Mais y croit-on encore... Tel un Lautréamont sur son premier chant, je vous inviterais volontiers à ne pas rester en ces lieux. A moins que vous n'ayez la foi chevillée au corps.
"Je ne crois plus en ces institutions." Faut-il être débile, déficient pour un jour espérer quelque chose d'une institution, quelle qu'elle soit? Une institution n'a pas de volonté, de but, de vision, une institution est une machine qui produit. Elle ne génère pas de foi. Elle délivre des produits, des données, des chiffres selon un cérémonial huilé. Une institution n'a pas d'yeux, n'a pas de conscience. Elle ingère, digère, puis recrache.
Parfois influe-t-on de manière minime sur son système digestif, remplaçant l'enzyme A par la B, le tuyau X par l'intestin Z. Mais l'institution reste fidèle à elle-même, elle ne discerne pas, ne cherche pas à le faire.
Elle traite, 1+1 = une part en moins.
"Je suis le fruit d'un système..." Non, tu es le fruit, tout d'abord, d'un certain hasard, qu'on pourrait qualifier de génétique ; tu es également, sans doute, le fruit des mots des tiens, des caresses des tiens, des coups des tiens, de l'abandon des tiens. Et puis tu deviens ton propre fruit, celui de tes choix, aussi minimes soient-ils. Tu n'es pas le fruit du système. Regarde-toi une bonne fois. Une bonne foi. Regarde-toi. Tu as perdu ta candeur juvénile? Retrouve-là. Tu as perdu ta flamme adolescente? Retrouve le carburant qui la faisait brûler. Tu as perdu le goût de vivre? Va te nourrir à la source des autres, de tous ceux qui t'entourent, et qui pour les brimades, les excisions, les émasculation perpétrées par les cohortes de salauds sans visage, t'enverront le sourire qu'ils ont décidé de ne plus quitter. Tu n'es le fruit que de toi-même. Seul, ton fruit se flétrira, digéré par ton système. Nous ne sommes que des vers luisant, produisant un jour dont la puissance est exponentiellement liée au cardinal de nos univers.
"La Raison m'éclaire." Mes couilles. La raison taylorise, la raison coûte marginalement, la raison open spacise, la raison quotate, la raison discrimine, la raison quantifie, la raison ostracise, la raison digère, encore. La raison Malthus. La raison Rand.
Ne te trompe pas, ne te trompe pas de mes mots : réfléchis, oui, recherche, oui, comprends, oui.
Mais ce serait tout? Ce serait vraiment tout?
Je vais te le redire. Déconne, fixe les règles et oublie-les, pour un temps peut-être. Détruis les cellules, produis du chaos, génère du désordre. Pour un temps, seulement. Ou pas. Ne résonne pas dans un cube fade et exhaustif. Distords les lignes, épanouis les espaces, dilate le temps. Combine les noyaux, fonds-les. Explose d'un niveau quantique à l'autre. Laisse-toi le droit de partir en restant. Permets-toi de courir plus lentement que ne marcherait le plus grabataire des gastéropodes. Fanatise sans frénésie, rhétorise sans mot, dialectise sans élève.
Laisse-toi le droit de croire en tout, et surtout en n'importe quoi. Sans Raison.

Que c'est prétentieux tout ça, que c'est pompeux, que c'est pompant. Quel être aussi putridement imbus de lui-même pourrait bien générer cette suite de mots aussi informes qu'indigestes? Ne réalise-t-il pas l'incohérence de ce... discours? Ne comprend-il pas la vacuité de son espace, de l'air qu'il respire. Est-il conscient qu'il n'a aucune utilité? Aucune? Sait-il qu'il est fou?


Oui.

Il le sait.

Cela l'en rend d'autant plus redoutable.

Maid day, surimi se terre.

Suspendu au régime alimentaire d'une hyène nostalgique, j'erre dans les salles comme un nomade sans chapeau. J'essouffle les envies passagères de quelconques numéristes, et envisage l'oublie dans un soir répété d’esbroufe.
Martelé, les préceptes. Martelés à l'aune d'une carrière qui n'aura pas vu de coup de burin. Le roc est solide, les socs de la charrue ne l'altèrent pas. Le sillon est stoppé par cette matière minérale, mi-statique. Les puissants boulets mariés aux jarrets n'y font rien. La bête de traie, fourbue mais fière, ne renonce pourtant. Elle sera vaincue.
L'hiver des efforts annonce le printemps des nantis. Les Rastignac de salle de bain se pressent aux fontaines du Louvre, bardés de sourire et de plumes, enfoncées aussi profond que ne le permet leur anatomie.
Les champions du désuet hurlent dans des porte-voix trop petits pour leur grande gueule, lisant des mots difformes à l'aide de lunettes astronomiques. L'analphabet s'apprend sur les bans des colles, l'Histoire se travestit dans un délire manichéen, l'horizon s'éclaire de particules fines, l'amour s'éprend de stupre, les sentiments sitcomiques s'assoient, calant leurs deux fesses maintes et maintes fois obésées, étouffant l'amoral de gris bleuté.
Seule persiste, fière, l'axiomique solitude, scellée dans un marbre précambrien, oblitérée d'actes isolés, nacrée d'obédience cyprallique.
L'essence n'est plus, les sanglots longs de l'été bercent mes poils d'une abjecte frénésie. Majorée d'arbitraire.
L'oraison céleste sera inutile. Les oreilles seront tournées vers d'autres troupeaux, les hérauts s'époumonant, engoncés dans d'has-beeniques oripeaux.

Brise l'âme.

Amanites phalloïdes.

Les dingues et les paumés jouent avec leurs manies, dans leurs chambres blindées leurs fleurs sont carnivores.
Ne paniquez pas, j'ai pas soudainement trouvé l'inspiration, c'est de Thiéfaine, Hubert-Félix de son prénom. La chanson c'est Les dingues et les paumés. Je ne l'avais jamais écoutée avant, enfin jamais VRAIMENT écoutée. Vous me croirez, vous me croirez pas, je la trouve hyper décomplexante pour quelqu'un qui essaye d'écrire. Pourquoi?
Pas parce que c'est mauvais bien au contraire. Mais parce que c'est assumé. Faut l'écouter pour comprendre. Mais tout est assumé. Les références jetées entre deux saillies comme un journal dans le feu.
Le but est pas que ce soit compris, que ce soit signifiant pour tous. Le but c'est que ce soit beau. Et avec cette caisse claire pourrie de batterie électrique, ces arpèges fous, cette ligne de basse martelée comme un slogan d'entre-deux tours, ça ressemble à rien, alors ça veut tout dire.
"Piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal, ils pensaient s'enivrer des chants de Maldoror." Lautréamont j'ai jamais lu, du coup je crois que je vais. Mais cette phrase c'est juste l'exemple type : pour moi c'est beau, sans que je sois capable d'accéder à tous les sens qu'il a voulu y mettre, peut-être d'ailleurs me trompé-je quand j'y vois du beau, ou peut-être que tout ce qui est incroyablement laid me parait beau, enfin bon, ce dont je voulais vous faire part, c'est de l'évidence de la beauté de ces textes, ceux de Thiéfaine, sans que je puisse vraiment, ni vous les expliquer, ni vous dire pourquoi je les trouve beaux.
Enfin si, je crois savoir pourquoi je les trouve beaux, parce l'écriture de chacun de ses mots, elle est assumée, je crois que ça c'est un premier secret, une première clef. Faut tout assumer. Style James Dean qui dit la plus grosse des conneries, mais avec classe, qui se prend le plus gros mur, mais à fond. C'est ce qui me manque je crois, ce qui nous manque en général d'ailleurs. Arrêter de paraître, juste lâcher les chevaux, sans arrière-pensée, sans se demander si ça a/va faire bonne impression. Envoyer de la tartine, sans penser côté mie/côté beurre.
Aller, cinquième écoute d'affilée. Je crois que le truc, c'est que rien que par l'écoute de ce morceau, on devient singulier. Voilà. Sans avoir à s'en vanter ou à s'en défendre.

Bon faudra quand même que je pense à utiliser mandragore ou mescal dans mes textes. Parce que quand même, ça pète. Aller je vous laisse, je dois, avec d'autres, statuer sur le destin de 34 têtes blondes (ou brunes ou rousses ou chauves d'ailleurs, putain de maxime ségrégationniste). Bisous cendrés.

Festins ; intestins.

On se nourrit pour vivre, faire passer des nutriments dans notre sang au niveau du grêle, ou du gros, mes notions d'anatomies sont lointaines et imprécises. Le "plaisir" de manger est donc une production : au départ, manger n'est pas un plaisir, mais un besoin. Comme excrémenter par exemple.
Il est d'ailleurs troublant de penser qu'à une ou deux mutations, à un truchement historiographique des conventions sociales près, la perception de ces deux fonctions par notre céphale, bi ou hydro, aurait pu être inversé. Je m'explique.
J'imagine parfois, dans les salles où je me produis actuellement, un élève me demander "monsieur, je peux sortir, faut absolument que j'aille bouffer !", et moi, superbe et intransigeant, de répondre "non, tu te retiens jusqu'à la fin du cours", et d'ainsi jouir de la face contrite de l'affamé.
Ou encore, mon cerveau tout aussi malade que fertile transforme parfois le réfectoire en défectoire, chacun discutant de sa matinée, trône javelisé, prêt à prendre plaisir au déchaînement jubilatoire de son système digestif. "Comment est passé ton chili?" "Ça piquait un peu au début, mais avec la bière que j'ai éliminée, ça donnait une couleur pastelle du plus bel effet." "Toi, tu sais te faire plaisir, moi c'est toujours du rapide, aussitôt chié, aussitôt chasse-tirée, je sais pas prendre mon temps pour savourer." 
Et oui, peut-être l'homme de Cro-magnon, ou son cousin l'australopithèque (la paléontologie à ranger dans la même case que l'anatomie, oui, je sais...) prenait son plaisir dans la position assise dans les fourrés, plutôt que celle... assise dans sa grotte à bouffer sa viande rouge tout juste tiède. Et ce n'est que par une décision aussi injuste qu'arbitraire qu'un "sage" a dit un jour "Non mais les gars, si le but de notre espèce, c'est juste de se vider, notre histoire va pas pisser bien loin." Oui, car il avait le sens de la formule.
Alors l'humanité entière décida de taire le plaisir du trône, pour laisser place à celui de la table. Et qu'on ne me dise pas qu'une simple question d'hygiène expliquerait ce fait. Il suffit de voir un fils de mineur polonais se pourrir la chemisette avec sa carbonade à Rouvroy, un fils d'immigré turc se maquiller les lèvres de houmous à Carcassonne, ou un fils d'indépendantiste vendéen se pourrir le pantalon à coup de mogettes à Drumondville pour comprendre que la saleté n'est pas toujours là où on croit qu'elle est. La saleté. (A noter ; le correcteur orthographique ne connaît ni carbonade, ni mogette. Encore un coup de la globalisation galopante pour nous faire renier nos traditions ancestrales au profit de superpuissances capitalistes tiens... Google je te conchie !!! ).


C'est donc pour cela que j'ai décidé de réconcilier plaisir de la fourchette et de la cuvette en ces lieux. Et j'ai pas mieux pour conclure.



Pique-nique au bord de la flotte.

Vous venez ? On pose une nappe, une couverture, une serviette, enfin quoique ce soit qui protège nos derrières de la terre, on se débouche un rosé, on découpe le sauc' et on croque les cornichons, et on se marre, on se chambre, on prend des nouvelles.
On pétanque, on picole, on gnamagnamatte, on parle de la ligue, du basket, du foot, des voyages des uns, des projets des autres, des amours des uns, des plans cul des autres, on est grivois, parfois vulgaires, parfois clairement dégueus.
Après on reste joviaux, cons mais sympathiques, l'assemblée qui donne envie d'en faire partie, le groupe de bons collègues.
Et puis les enfants doivent faire la sieste, les mamans et les papas aussi, les couples doivent poursuivre leurs intimités respectives, les construire.
Et moi aussi. Je dois la construire.
Donc on se sépare.

Mais on recommencera hein. C'était bien.

Le coup de fourchette.

La force de l'habitude est souvent une force d'inertie. Elle rend immobile, statique même dans le mouvement. Quand on oublie ce qu'on fait, quand on n'en a plus conscience, on finit par s'oublier soi-même et par ne plus réaliser ce qui fait de soi un être particulier.
Le coup de fourchette est particulier. Ce geste machinal et quotidien doit être effectué en pleine certitude de soi. Bouffer c'est drôlement important, bouffer de manière personnelle c'est fondamental. Tiquer sur la côte de bette, saliver sur le travers de porc mariné, engloutir l'éclair au chocolat, vomir les fils de haricots, fantasmer l'huître en août...
L'identité quoi. L'identité de la baguette, de la fourchette, de la cuillère, de la main, bref de ce qui nous sert à bouffer, à nous nourrir, à être humain, à être nous.
Je suis un gros dégueulasse couverts en mains, j'en fous partout, bah oui, c'est moi.

Ça me parait très important de dire tout ça.

Un long dimanche de filles en sable.

Un titre qui a une double vocation : se rappeler que souvent, les films français à gros budget, c'est de la merde, se rappeler que souvent, les jeux de mots de votre serviteur sont d'une qualité comparable à la viande Spanghero, discutables donc.

Le sable a disparu des côtes. Les plages sont maintenant des étendues de galets tranchants. Les tempêtes hivernales, et avec elles les vagues rugissantes (oui oui, j'ose les vagues rugissantes) ont tout emporté. Des retraités vernaculaires pensent que "ça reviendra d'ici cet été." Le sable. Sans vouloir réfreiner tout optimisme dans une période troublée propice à la désinvolture et au renoncement, j'ai quand même du mal à penser que la mer ramènera sur les côtes de notre belle Vendée des mètres cubes de sable par paquet de cent.
Le paysage côtier a donc changé. Il faudra se battre cet été sur certaines plages pour pouvoir poser sa serviette sur une douce couche silicée. Les commerçants désespèrent de l'impact désastreux de cette nouvelle carte postale sur leur chiffre d'affaire estival. Et donc annuel. L'inquiétude grandit, les futurs maires de stations balnéaires seront sans doute sommés de trouver une solution. Draguer les fonds, transporter par avion du sable du Sahara, puisque là-bas personne n'en veut.
Bref la situation risque de s'enliser. Et, je ne peux le nier, je suis moi aussi inquiet. La quantité de bikinis présents sur la façade Atlantique pourrait diminuer. Et ça, c'est intolérable. Je ne veux pas de ces retraités des postes pour uniques compagnons d'infortune iodée. Amenez moi les fraîches diplômées de licence de droit, master de commerce et autres BTS tourisme. Inondez les flots de sculpturales infirmières, d'élégantes standardistes, d'ingénieures effrontées. Badigeonnez les dunes de pâtissières adroites, d'intuitives institutrices, de mélancoliques musiciennes, d'admirables acrobates, d'espiègles contrôleuses, d'inaccessibles hôtesses de l'air.

Et dans un souci de bienséance, je ne ferai aucun lien ni avec la soif, ni avec la faim. Mais amenez-moi du sable bordel !!! 

Marchand de sable.

Une vingtaine de degré au thermomètre, un léger vent marin. Le sable sous les pieds, puis sous les fesses lorsque je m'assoie en tailleur. Un short, des petites soquettes, des baskets. Un sweat, une casquette. La capuche sur la casquette.
Avec ma guitare je me sens... incongru, pas invité au milieu des familles. Alors je me cache sous la capuche, sous la casquette, je commence à gratter, et je ferme les yeux.
Je gratte un accord, un mi mineur, je varie le rythme, je bend, j'étouffe, je rythme mes pensées, les yeux fermés.
Je commence à me sentir de mieux en mieux. J'accompagne mon grattage par une sorte de borborygme, un espèce d'hymne chamanique pour chasser mes dernières inhibitions.
Je finis cette introduction, puis commence à jouer, vraiment. Personne ne s'arrêtera, je ne sais même pas si quelqu'un entendra vraiment. Ce n'est pas grave, le vent, les vagues, les demoiselles (surtout les demoiselles), les familles, les couples grisonnant... Le décor est parfait. J'avais prévu six chansons, j'en joue sept. Et puis je contemple. Je prends mon temps.
Je n'aurais échangé avec personne. Mais j'aurais été au milieu, pas seul.

Je ne me force pas assez. Jamais assez.

Pigeon vole.

Il vivait au milieu. Entouré de briques rouges, il avait posé son bois vert entre deux toits. La taille d'un toilette public. Oué, pas plus grand qu'un chiotte. Il était là, au milieu des jupes d'étudiantes, des coupes iroquoises, des tailleurs Chanel, des "tu vois, quoi."
Personne ne le voyait. Lui scrutait tout le monde. Il n'avait jamais échangé avec quiconque, mais se sentait pourtant de la famille.
On ne pouvait dire de lui qu'il était sale. Ni malodorant. Il était là.
Il s'était glissé au milieu des logements insalubres, oubliés de tous, aux façades d'une noblesse et d'une dignités désuètes.
Entouré de cafés et de musées, il s'enivrait du mouvement des chaussures sur les pavés, du battement d'ailes de pigeons.
Il aimait les pigeons. Eux au moins étaient silencieux. Un pigeon des villes ne roucoule pas, ne produit pas de piaillement intempestif. Pas d'agressivité malvenue. Pas de mendicité ostentatoire. Tout est fait dans la retenue. Ils étaient comme lui. Ils faisaient parti du décor.
Il observait aussi les démarches : langoureuses ; traînantes ; fières, comme possédant la ville, comme attendant que le monde se plie à ses pieds ; parfois dégingandés, mécaniques mal réglées ; en retard, l’œil sur la montre, hésitant entre le pas de course et... la course ; les bras en balanciers, les bras dans le dos, les bras sur les épaules, en pas double synchrone, les bras vides ou chargés ; le cœur lourd ou léger.
Lui ne marchait plus depuis longtemps. Il surveillait ses quelques 500 m², fixait son regard sur un être, le temps qu'il franchisse SON territoire. Ça pouvait durer 30 secondes comme quatre heures. Ça dépendait. C'était selon l'occupation du jour : un café en terrasse, une pause en amoureux sur un des parallélépipède en pierre faisant office de banc. Ou juste un passage pressé, entre le tailleur et les escarpins.
Il ne s'attardait à personne, ne jugeait rien, ne commentait rien. Il observait, d'un œil attentif, sans contemption. Peu lui importait la pertinence des actes, l'importance des tâches, la générosité des interactions. Tout le ravissait, à partir du moment où il y avait du mouvement.
Il regardait toujours en contre-plongée, il ne s'était jamais posé la question du ciel. Ce qu'il voyait de sa guérite lui convenait.
Dire qu'il n'était jamais tombé amoureux serait mentir. Il arrivait à son cœur de battre un peu plus vite à la vue d'une jolie croupe, de formes rebondies ou d'un sourire enjôleur.
Mais le passant suivant chassait quasi-immédiatement cette sensation fugace.
Lorsque, vers 23 heures, la place se vidait, il attendait sans impatience que le dernier piéton passe, que la dernière lumière s'éteigne, que le dernier volet claque pour fermer les yeux.
Puis immanquablement, à l'once du moindre mouvement, ses paupières se levaient. Il avait estimé que la place ne restait inactive dans le pire des cas qu'une dizaine d'heures pendant l'hiver, au mieux une dizaine de minutes au cœur de l'été. Il ne s'était jamais inquiété d'une absence de mouvement, de vol, de vie. Il la savait très temporaire.

Il avait donc vécu ainsi, sans y réfléchir, accumulant les jours. Et puis il arriva qu'il n'eut plus à ouvrir les yeux pendant longtemps. Plus de passage, plus de volettement, plus rien.
N'aurait-il perdu l'usage de ses oreilles qu'il aurait su. Des planches avaient été posées à chaque issue de sa placette. Elle était condamnée.
Trois mois passèrent ainsi comme un souffle. Il s'éveilla au pas d'un homme en bleu et casque, puis au déplacement d'un tractopelle.
Il connut alors la colère. Ils détruisaient le lieu, descellaient les pavés, retournaient l'herbe. Ses pupilles roulaient, ses paupières tremblaient, ses yeux criaient.
Il s'attaquèrent aux murs des maisons, son bois se fendit, son logis fut réduit en copeaux, il chût.

Il se réveilla couvert d'une robe blanche, sanglé sur une civière, dans une chambre capitonnée, une infirmière penchée sur son bras droit. Il attendit ainsi trois nouveaux mois.
On le libéra de ses sangles. Il s'enfuit, retourna à sa petite mignonne place transformée en champ de bataille, creusée de tranchées, bardée d'armature métalliques.
Il se rua dans une des tranchées, y passa la nuit. L'ouvrier chargé de couler les fondations ne le vit pas, plaça le dégueuloir de sa toupie en son aplomb.
Il laissa le béton coincer ses jambes, ses bras, comprimer ses poumons, envahir sa bouche, sa trachée, son estomac. Au moment du dernier souffle, un pigeon le survola.
Pour lui, il garda les yeux ouverts. Pour l'éternité.


Fin de banquet.

Ceci est un avis destiné aux deux ou trois lecteurs encore égarés en ces lieux.
À compter du 5 août prochain, ou à l'écriture du 100eme billet, prendra fin l'expérience de ce blog. Oui, c'est comme ça. C'est moi qui décide.
C'était, c'est et ça va être bien, mais je dois finir et commencer d'autres expériences.
J'écris cela autant pour vous que pour moi. Plus pour moi encore, que ce soit fixé, et qu'on n'y revienne plus.

J'ai rencontré une demoiselle cette semaine. Le problème étant qu'elle ne m'a pas rencontré. C'est drôle de voir qu'une personne croisée à trois petites reprises seulement dans des lieux aussi embrumés qu'éthyliques puisse autant vous marquer. Au fer rouge. C'est bon de ressentir. Ça fait mal, mais c'est bon.

La cuite.

Putain de bordel de merde. Parce que ça doit commencer comme ça, par de la vulgarité gratuite et sans trop de sens. Vider les mots de leur substance, les laisser exsangue pour mieux les remodeler.
Je suis un mot. Je me vide petit à petit de mon fluide, de mes rêves, de mes ambitions jusqu'à ne plus en avoir. Je déverse jour après jour pour enfin ne plus rien espérer d'autre que vivre. Simplement vivre.
L'ironie des choses voudrait que ce soit à cet instant, à ce moment précis, l'ironie voudrait que ce soit à la seconde où j'atteindrais mon abimistique sommet que ma vie, alors, s'éteigne.
Un bonze qui, tout en s'embrasant, tout en refusant la douleur du feu mais en acceptant sa puissance, quitterait le monde qu'il aurait alors totalement décrypté. Totalement épousé. Totalement accepté.

Mais il y a trop d'égo, beaucoup trop d'égo et de peur. Je ne peux pas encore avoir peur de ce moment, j'en suis trop éloigné. Je ne suis encore qu'une autruche trop attirée par le sable. Une autruche qui croit pouvoir voler, alors qu'elle ne sait même plus courir.

Une autruche... cette impression de croire que chaque fulgurance confine à du génie me perdra.

La critique est facile. La critique est facile. La critique est facile. J'aurais jamais du ambitionner le second mouvement de la maxime.

De chair.

Chaque jour passé sans tuer un homme est une bénédiction.
Ne pas faire la guerre est un luxe.

Regarder un 14 février le procès de Nuremberg est un paradoxe. Ce jour, dédié par les marchands de fleurs et autres fabriquant d'aphrodisiaques à un amour bon marché, ne peut être que dévolu à une meilleure compréhension de la haine.
"Nous n'en avons pas tué 3 millions, mais seulement 2 millions 500 000". Seulement.
Tout seul face au chaos d'un film. Tout seul face à Goering, face à Jodl. Tout seul face aux corps dégagés à la pelleteuse. Tout seul face à la tension de Justice Jackson.
Pas de fleur, de parfum, de chocolats. Pas de câlins obligés ni de coït routinier. Juste l'horreur qui envahit.
Je n'avais jamais compris. Je ne savais pas à quel point c'était juste des hommes. Ce n'étaient que des hommes, pas des monstres. Des hommes. Ce n'étaient que des hommes.
Qu'est ce qui nous empêcherait de basculer... Quels sont les garde-fous... Quels sont les garde-fous...
Notre relativisme, notre désintérêt, notre individualisme technologique... Nous sommes tous de plus en plus coupables je crois. Mais pas de justice divine immanente et directe. Ce serait beaucoup trop facile. Non.
Nous ne sommes que des hommes. Nous évoluerons en humanité. La postérité jugera nos actes, nos fulgurances et nos obscurités.


Je suis hyper-déconnecté. De chair.

Oui, je sais. Je désenchante trop fort.

Confession d'un homme inoffensif.

Fermer les yeux. Attendre. Respirer, doucement. Prendre conscience de chacun de ses muscles. Les décontracter, un à un. Se laisser aller à soi-même. Se surprendre. Se suspendre au temps. Chaque seconde.




Chaque minute.















Chaque heure.















Reprendre conscience de soi. Reprendre conscience des autres. Retrouver le monde. L'embrasser. Mais sans la langue.
Puis desserrer l'étreinte. Se livrer. Se délivrer.



Puis attendre. 

Sucré-salé.

J'aime pas la difficulté mais je suis difficile. Je fais tout vite, et, en général, pas très bien. Cet espace en est un énième témoignage.
J'aimerais finir cet écrit que j'ai commencé, et qui nécessite un voyage au long-court outre-atlantique. Mais je crois bien que... je crois bien que...
J'avais pensé terminer mon contrat actuel fin février, et partir sur les routes avec une guitare, à travers la France, de la pointe de Bretagne jusqu'à Nice, en proposant au bar rencontré de jouer quatre ou cinq morceaux en échange d'une bouffe, d'une bière et d'un coin ou dormir. Je crois que ça me plairait beaucoup, deux jours. Parce que je n'aime pas la difficulté.
Je crois que rien ne sera fait. Ni tout de suite, ni plus tard. Je pense trop à moi, pas assez aux autres, trop mal, pas assez efficacement.
J'ai souvent argué de problème de timing. Souvent. Trop souvent.

Cube bouillon.

J'ai vu des vagues de sable déferler.
J'ai vu la lune partir en fumée.
J'ai vu le magma s'accumuler dans la cheminée.
J'ai senti la mer se disloquer.
J'ai vu la mouette agoniser.
J'ai vu la joggeuse se laisser porter.


Aujourd'hui, j'ai encore bien glandé.

Tourner vinaigre.

Ce soir, écrire va être comme si je me foutais une plume de paon dans le cul :
- difficile (il faut trouver un paon)
- désagréable (et pour le paon quand je lui prendrais sa plume, et pour moi quand je l'ajouterais à... enfin vous avez compris)
- inesthétique (parce que deux belles choses ajoutées ne constituent pas forcément un ensemble magnifique ; et là, après ce point virgule, j'aurais voulu trouver une comparaison frappée au coin du bon sens qui, tout en vous arrachant deux larmes d'enthousiaste hilarité, vous aurait fait dire "putain il est fort le con." Problème, cette comparaison qui, j'en suis sûr, vous aurait fait la semaine, n'aurait pas cadré avec la thématique du soir, à savoir : ce soir ça va être la croix et la bannière. Et qui dit bannière, dit interdiction très probable aujourd'hui. Décidément, non, ce n'est ni le lieu, ni l'endroit, ni l'emplacement pour ça. N'insistez pas.)

Bon je crois qu'après une telle introduction, nul n'est besoin de conclure.

Court-brouillon.

Le temps n'est pas une notion absolue. Le temps est relatif.
Pour nous en convaincre, prenons l'exemple de trois, ou quatre, ou vingt morceaux de musique. Pour ne pas gâcher l'expérience par une disparité trop grande entre la qualité des pièces musicales nous servant d'échantillons témoins, nous ferons le choix de morceaux d'un même groupe. Mieux même, nous prendrons des morceaux d'un même album.
Cet album sera éponyme. Plutôt acronyme même, puisque s'intitulant B.R.M.C., et composé donc par un trio New-Yorkais au doux nom sixties de Black Rebel Motorcycle Club.
La date de parution de cet album est d'autant moins importante que je ne possède pas l'information. De la date de parution je veux dire. D'autant moins que.... syntaxe incertaine. Passons.
Donc des morceaux de B.R.M.C.
Prenons donc Whatever happened to my rock'n roll. C'est le titre phare de l'album, le hit-single pour les plus anglophiles d'entre vous (et non, ça ne veut pas dire que vous avez une envie irréprésible de faire l'amour à un anglais, bandes d'analphabètes).
Donc ce titre de 4 minutes 40 dure 4 minutes 40. Il est efficace, rapide, insicif, et dure donc bien 4 minutes 40. Le temps mesuré est de 4 minutes 40, le temps ressenti de 4 minutes 40.
Prenons maintenant As sure as the sun.On aurait pu choisir également Rifles, Too real, Head up high ou Salvation. Tous compris entre 5 et 7 minutes.
Et ressentis... c'est compliqué à expliquer. Très compliqué. Parce que le nuage sur lequel on se sent est intemporel. Il est sans dimension. Il parcoure des paysages, visite des terrains connus, raconte des histoires extraordinaires, telles, qu'on devrait prendre 100 ans pour bien les comprendre dans toute leur subtilité.
Oui mais voilà, il s'arrête tel que ces expériences millénaires semblent n'avoir duré que quelques secondes. Une dizaine de secondes serais-je tenté de dire.
C'est comme quand je vous écris. C'est douloureux, parfois atterrant, et pourtant tellement court et jouissif.
C'est encore pas radoxe tout ça. C'est fou.

Le temps n'est pas absolu. Il est relatif. T'avais tout compris Bébert.


Veau.

Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Quatorze jours.
Et après...?

Bulle.

Je bulle.
Je m'emplis de creux.
Je remplis des trous avec des trous. Plus petits.
Je discute moins. Vous me manquez.
Je me manque aussi.
J'aimais être petit.
J'ai perdu les saveurs des jours heureux.
Je les recherche.
Est-ce que c'est mieux de s'approcher de la fin que de s'éloigner du début ?
J'ai lu des remarques pseudo intellectuelles de Philippe Tesson dans le Point. C'était mauvais. Comme lui.
Je regrette de ne remarquer que le mauvais. Je manque le beau. Je manque de beau. Le beau me manque.
Je fais craquer mes chevilles. Les ligaments tiennent.
Mon téléphone a vibré, je pensais qu'on m'appelait. C'était seulement pour signaler que la batterie était pleine.
Le ventilateur du PC souffle. Quelques copeaux de mandarine traînent au sol.
Je me lève dans 8 heures 30.
Je vais faire des pompes. 30. Je vais regarder si mes avant-bras s'épaississent ensuite. Ce ne sera pas le cas.
Je vais dormir. Me réveiller sans doute vers 3 h 16. Ou 17. Etre heureux d'avoir encore 2 h 44 à dormir. Ou 43.
Je vais faire la route. Il pleuvra. Je donnerai des cours. 5 heures. Je serai fatigué. Je ferai la route en sens inverse. Il pleuvra. Je rentrerai.
J'ouvrirai une page vierge de ce blog.
Vous lirez encore?



Génétiquement intact.

Mon fief. La Vendée est mon fief.
Cette assertion n'en est pas une. Je n'ai pas de fief. L'immobilier est trop immobile et moi trop fuyant pour que nous trouvions un jour un point d'intersection à nos courbes respectives d'évolution.
Mes fonds également sont fuyant. Mes sommets moins, ils n'atteignent pas une altitude vertigineuse, mais ils se maintiennent à une hauteur qu'on pourra qualifier de respectable.
Déo, débat. Je pue en étant discursif, volubile, véhément.
Aller, c'est tout ce que j'ai sous le coude ce matin. Je vais aller le lever un peu plus loin, voir s'il cache d'autres pépites.

Saviez-vous que le plus grand champion français de Formule 1 avait un nom de salutation alcoolisée allemande? Prost.

Pâte brisée.

Il existe des gens qui ne vous disent pas ce que vous voulez entendre. Ces gens-là se préoccupent de vous. Ils vous aiment suffisamment pour vous dire vos vérités. C'est sain. C'est aussi sain qu'une bonne soupe de poireaux après un MacDo. Si vous pouvez éviter les MacDo c'est encore mieux.
Nous ne sommes pas toujours ce que nous voudrions être. Nous sommes ce que nous sommes. c'est souvent déjà très bien, parfois même magnifique. Ça ne nous convient que rarement. C'est un manque d'humilité.
Attention, être conscient de ses qualités est une force, ne vous trompez pas. Il faut se surpasser, se mettre à la hauteur de ses rêves, de ses possibilités. Il faut avoir faim.
Mais il faut accepter d'être humain. Tout simplement humain. Pas plus, pas moins. Et parfois, un "oui, bon, t'es gentil avec tes conneries, mais t'es pas meilleur qu'un autre" c'est sain. Comme une soupe de poireaux.
Pas meilleur, pas pire.
Il n'est pas question de plaisirs simples, d'ambitions mesurées, ou de tempérance dans les actions. Jamais. Les plaisirs doivent être vôtres, miens, subjectifs (pas leurs, surtout pas "leurs" plaisirs), les ambitions doivent être grandioses, et surtout communes (pas de Je dans l'ambition, ce serait comme posséder une île déserte et stérile), et le modéré est pour le grand au-revoir mou.
Non. Il faut juste parfois entendre la vérité, celle de ceux qui nous aiment.
Quand on ne l'entend plus, c'est qu'on est seul. Tout seul. Le roi et ses sujets. Le footballeur et son agent. Nixon et Kissinger. Je souris. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, ils ramassent les colombes de la paix.

Après trois verres, souvent, quelques heures après ingestion, une grande langueur envahit et les membres et les méninges. Une pente raide dont la déclivité augmente avec les secondes qui s'écoulent.
Sauf quand on nage dans la vérité. Plus rien ne fait peur, quand c'est vrai.

Engloutir.

Je veux une grotte, des livres, de la nourriture, et une bougie. Je veux des cahiers et un stylo. Je veux des amis de passages. Je veux de la menthe, pour l'haleine, et du bicarbonate, pour les boyaux. Je ne veux plus des bruits du monde, sinon ceux de celui que je me serais choisi.
Je veux un peu de paix à partager, un bout pour chacun.

Autophage.

Est-ce encore une tentative de sabordage en règle ? Est-ce de la peur mal maîtrisée ? Est-ce une décision juste et raisonnée ?
La platitude du paysage m'ennuie. L'inintérêt grandissant que je trouve pour l'autre m'inquiète. Tout cela n'est plus très sensé. Ne l'a jamais été, pour tout dire. Je subis ma lâcheté, encore. D'autres la subissent. D'autres se désespèrent, un peu, de moi et de ce que je pourrais être.
D'autres ne s'en inquiètent sans doute plus beaucoup.
Je n'ai pas encore renoncé, c'est pourquoi je prends encore des décisions. A l'emporte-pièce, au débotté, à l'arrache, mais je les prends. Je ne pèse rien me direz-vous, je ne planifie pas ? Je n'ai rien à mettre en balance, pas de but précis. Le plan s'établit en fonction de l'objectif. Le mien n'est pas connu.
Un gorille dans la brume. Un singe en hiver. Un connard qui râle.
J'ai soif, de plus en plus soif. J'ai faim quand je mange trop en ce moment. Mon estomac se dilatant se fait plus vorace. Contracté, il est repu. Pas très radoxal tout ça.
Je traverse les jours comme un zombie qui n'aurait pas faim de cerveau. Finissons-en. Prenons la tangente. Roulons, chantons, buvons. Faisons que les journées comptent. Faisons que nos cellules servent. Faisons que notre voix porte. Brillons un peu, brillons. Finissons-en avec cet égocentrisme mortifère.
Au moins, pour vous. Tous.

En brun.

J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de vagues se fracassant sur la jetée, d'eau salée sur le bitume, d'arbres ployant sous les coups de boutoirs célestes.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de sifflements sous les voûtes, d'éclats sur les volets, de bougies dans les salons.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de déraison, de folie, de désemparement.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de marais qui débordent, d'oiseaux ballottés sans emprise, d'arrosoirs faisant les tours des jardins.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de changement dans le décor, de vaches qui flottent, de ragondins qui règnent.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de perdre le contrôle, d'être trimbalé sans retour, d'être abandonné sans conscience.
J'ai soif d'une tempête. 

De l'art du renvoi.

Ça recommence encore, ça brûle au niveau de la plèvre. Ou en-dessous. Ou à coté. Enfin ça brûle un peu le poitrail. Et ça remonte. En vague d'assaillants agressant sans cesse et pharynx, larynx, voute buccale, piquant de leurs petites lances les remparts de mon système digestif. Je bouffe de la merde quand je bosse, c'est avéré, et cependant ces accès ne sont pas seulement le fruit de mes habitudes alimentaires.
Je suis aigre. Comme un vinaigre qui aurait tourné. Comme un militant fasciste devenu plus intolérant. Comme un capitaliste plus avide. Comme un gauchiste plus fainéant. Comme un droitiste plus égocentriquant. Comme un étiqueteur en manque de colle.
C'est sans doute une nouvelle phase de très douce dépression, ou ni moi ni les autres ne valent bien le coup. Jusqu'à...
En tout cas ça picote sec. J'ai hâte de changer tout une nouvelle fois.
Comme si ça allait me faire devenir un autre. Comme si ça allait changer mon monde, ou la perception  que j'ai du vôtre. Enfin du nôtre. Enfin vous voyez. Comme si ça allait tout régler.
Des fois je m'imagine dans une vieille baraque croulante que j'aurais investie depuis bien longtemps. Seul et vieux, en face de livres, de vieux écrits. Et je me demande si j'arriverais à faire face, à ce moment-là, à l'orée de ma vie, je me demande si j'arriverais à faire face à l'amoncellement de mes choix, de mes renoncements, de mes faillites, de mes défauts. Et si enfin j'aurais réussi à faire quelque chose de mes qualités. Sans blâmer le reste, sans en profiter éhontément, sans... y réfléchir en somme.
Y penser sans y penser. Être naturel tout en l'ignorant. Vaste sujet. Vaste sujet.

Sinon, intéressez-vous un jour à la machine d'Anticythère. C'est incroyable et passionnant. Vive les éclipses.

Apéro dinatoire.

Le temps semble parfois bien long. Il s'étire comme un chewing-gum 1000 fois mâché. J'attends les derniers parents de ma dernière élève à venir. Je préparerai (sic) ensuite mes cours pour demain, rentrerai ensuite mes appréciations sur la période passée, puis.... puis boirai sans doute un coup.
Mais là tout de suite, j'attends. J'aime bien attendre. D'habitude. Là j'ai juste envie de prendre cette sacrée quatre voies entre La Roche et Challans, rentrer chez moi. Purée. Rentrer chez moi.
Et puis je réalise que c'est pas chez moi, c'est chez mes parents. Et puis c'est pas ma classe, c'est celle d'un autre que je remplace. C'est pas vraiment ma vie.
Putain. J'attends. C'est long. Que c'est long. Le mérite est que ça me laisse le temps d'écrire.

Finalement j'ai attendu pour rien. elle n'est jamais venue. L'élève. Ses parents non plus. J'en aurais profité pour vous écrire. Ou pour m'écrire. Je ne sais plus trop. Bref.

J'ai faim. Mais pas une thune. Bon appétit quand même.

Amandine au chocolat.

C'est un film, A toi de jouer petit en français, The pistol en VO. Il raconte une année de la vie de "Pistol" Pete Maravich, joueur de basket émérite des années 60-70, décédé à 40 ans, en 1989, d'une crise cardiaque alors qu'il jouait avec des gamins à la balle orange.
Le film est plutôt mauvais, je ne sais même pas s'il a été projeté en salle. L'histoire est plutôt belle. Le gamin est asocial, intéressé seulement par le basket, qu'il pratique jour et nuit, allant à vélo à l'école en dribblant avec son ballon, gonfle avec laquelle il partage également son lit. Son père est entraîneur de basket à la fac de Clemson, en Caroline du Sud. Press Maravich qu'il s'appelle. Son prénom lui va bien : il presse son monde.
Son gamin, à qui il répète qu'il doit réaliser son rêve et tout sacrifier pour (Pete Maravich sera d'ailleurs dépressif lors de sa carrière de joueur pro, ne sachant pas "à quoi sert sa vie") ; le coach du lycée de son gamin, à qui il dit que son petit mec de 1m60 pour 45 kilos tout mouillé est le meilleur joueur de basket de sa génération, et que bordel, du coup, faudrait ptet le mettre titulaire de l'équipe du lycée ; sa femme, à qui il dit que leur gamin est un génie, et que bon, quand même, autant le laisser faire la seule chose dans laquelle il est bon, quitte à ce qu'il ne se consacre qu'à ça ; et enfin ses propres joueurs, à qui il fait répéter sans cesse les schémas de jeu jusqu'à atteindre une perfection totale, parce que, bon, ils ont beau être moins forts que la concurrence, si on se donne à 100% au basket, au bout d'un moment, ça paye.
La maman est pleine de sagesse et fait souvent la cuisine.
J'adore les années 60 aux states.
Et donc Pistol. Bon comme je vous ai dit le film n'est pas bon, on échappe à très peu de poncifs et schémas pré-établis. Le truc c'est que les phases de basket du film m'avaient marqué à l'époque.
Pistol a toujours été connu, tout au long de sa carrière, pour sa qualité de maniement de balle et ses talents de quasi-prestidigitateur gonfle en main. Quelques fait d'armes présents sur Youtube convainquent rapidement que le gars à au minimum 20 ans d'avance à ce niveau-là. Il rend les adversaires, et parfois même les coéquipiers complètement mabouls.
Et cette qualité qu'il avait, il l'a travaillée. C'est le point fort du film : les exercices du petit Pete. Des dribbles les yeux bandés, à vélo, au ras du sol, des kilomètres parcourus se passant la balle entre les jambes alternativement main droite-main gauche à chaque pas, et le spécial, le fait de faire tourner le ballon comme une toupie sur majeur droit, et de rester ainsi des heures durant sans jamais le faire tomber.
Ces exercices, je les ai tous réalisé. Tous. Et j'y arrivais.
Ma carrière basketballistique n'a pas suivi celle de pistol, certes, mais je me débrouille encore ballon en main. Bon, lui a fini par atteindre les deux mètres et possédait un shoot magnifique, moi je culmine actuellement à 1m76 chaussures aux pieds et j'ai jamais été foutu de foutre cette putain de sphère dans ce cercle métallique. J'ai donc des excuses.

Cela dit, je n'avais pas vu ce film depuis quinze ans. Je l'ai regardé hier.
Bah mes cochons, j'en ai pleuré, vraiment. Parce que voir un gamin de 12 ans faire la nique à des pré pubères de 16 tous plus cons que des manches, ça fait plaisir. Parce que le voir dragouiller la cheerleader en chef alors que, bah.... c'est un asocial de 12 ans, c'est toujours réconfortant. Parce que voir le premier match entre un lycée blanc et un lycée black en Caroline du Sud, et voir des séquences de jeu ou, visiblement, les deux équipes ne jouent pas au même sport, si ce n'était ce gamin tout sec qui slalome entre les grands échalas agile et magnifiques de l'équipe d'en face, c'est fort.
Et parce que mon enfance, c'était ça. Des dribbles entre les jambes. Des nuits passés avec un ballon, pour faire comme lui (ça a pas duré longtemps, j'avais pas de ballon en cuir, et le plastique ça pue). Des matchs imaginaires où mes dribbles dans le dos et mes crossovers faisaient passer les fantômes de mon esprit pour des pantins à ma merci. Ouais, c'était ça.

C'était comme quand je mangeais de l'amandine au chocolat. C'était écœurant, c'était incompréhensible. Mais c'était bien.

La somme de toutes les faims.

Systématique.
Comme le communisme de Khrouchtchev, comme mes fuites successives, comme mon manque de génie, comme ma fainéantise, comme les vœux de bonne année, comme la bêtise humaine, comme le génie humain, comme les mensonges, comme ceux qui y croient, comme la vérité, comme ceux qui la voient, comme mes gaz, comme ma vacuité, comme mon ambition, comme...


Fais chier.