Bûche.

Il y a quelque chose de cassé. C'est indubitable. Je ne sais pas encore quoi, mais quelque chose est rompu. Tout me semble bien désuet et sans beaucoup de sens. Je n'arrive même pas à sourire. Pourquoi? Encore pour faire semblant que ça va? Que tout marche? Que la vie est belle?
Continuons à faire semblant. Continuons. Continuons.
Pendant ce temps la colère grandit. L'aigreur prend chaque jour de plus en plus de place dans l'estomac. Les zygomatiques n'existent plus.
On escalade, la tête en bas, sans savoir où est le fond, avec un premier de cordée fou. Personne ne tire sur le rappel. Personne ne s'arrête sur un aplomb. Personne ne coupe la corde.
J'ai le couteau en main. J'hésite encore à m'en servir. Bientôt, il sera peut-être trop tard. Je le sens, je le sais. Encore deux mètres et je coupe. Encore un. Je vais le faire, je vais le faire, je vais le faire.
Ou pas.

Et nous continuons à descendre. 

Canibale.

Ça caresse les carreaux au rythme des rafales de vents. Les gouttes s'écrasant rythment mes réflexions, qui comme souvent ne mèneront pas à grand-chose.
On grandit trop vite. Je ne suis plus un gamin. Je ne crois pas pour autant en être devenu un homme. Je vois toujours certaines personnes comme plus adultes que moi, alors que par définition, par convention, je ne le suis pas moins. Pas aux yeux de l'INSEE par exemple.
Mais je crois que j'ai commencé ma mue. Je ne suis pas respectable, pas encore. Mais qui sait si avant la tombe, ça ne pourrait pas finir par arriver.
Je trouve en tout cas magnifiques les gens. Pas tous, mais la partie détestable de l'espèce humaine me semble jour après jour diminuer à vue d’œil. Je ne sais pas vous, mais moi, parfois, j'y crois. Aux bons moments, au futur, aux amis. À la famille aussi...
La solitude est définitivement une saloperie. Si je dois mener un combat, je crois que ce sera contre ça. La solitude. Attention, que les ermites ne s'inquiètent pas, c'est la solitude subie que je traquerais. Celle qu'on nous vante, qu'on nous promet. Celle qui nous rendrait plus heureux, dans une consommation du quotidien. Une journée est faite pour être consommée. La nourriture doit être ingurgité, le travail expédié, les loisirs multipliés, la vie intime dépouillée. Voilà, on doit faire ça. Ne plus avoir le temps de vivre. Ne plus avoir le temps de deviser autour d'un verre, de rencontrer autour d'un plat. Faut devenir quelqu'un, à défaut d'être soi-même, et le faire en dépit des autres, et surtout pas grâce à eux. Se rendre compte qu'on n'est pas tout seul, qu'on a parfois besoin d'autres bras et jambes que les nôtres pour se relever, c'est être faible. Réalisez-vous tout seul. Connerie...
Moi je veux être ensemble, toujours, quitte à passer pour un parasite, pour un profiteur, ne plus hésiter à inviter les gens, ne plus refuser les invitations, quelle que soit leur nature. C'est fini de se dire que c'est mieux d'être seul. Chaque seconde de solitude est une seconde perdue. Pour toujours. Et toujours c'est long.

Voilà.

C'est tout.

Spaghetti

Etre sur la corde raide, c'est compliqué. Il faut qu'elle soit assez tendue, sinon tu tombes. Trop molle, elle ne te renvoie pas la force de tes jarrets, de tes mollets, de tes cuisses. Elle s’affaisse seulement et te laisse livré à ta pesanteur. Et tu tombes. Comme une merde diraient certains. Grossiers, allez.
Trop raide elle risque de péter. Et tu tombes. encore.
L'équilibre est donc difficile à trouver. Se faire violence, mais pas trop. Se préserver, mais pas exagérément. Le point d'équilibre.
L'équilibre c'est la pierre philosophale de notre époque. Tu transformes le plomb en or quand tu arrives à te supporter. TE supporter, ce n'est rien d'autre que supporter ta vie.
Supporter. C'est moche. C'est porter avec une inertie adjuvante. De la merde encore.
Se porter, c'est mieux que se supporter? Supporter... Se porter au-dessus. Mais de quoi? Il y a quoi après? C'est mieux? Rouler sa bosse, traîner son boulet. Ha bordel.
Mes dents sont sales d'avoir trop mangé. C'est bien. Elles ne sont pas sales d'avoir trop subit, trop attendu. Elles sont sales d'avoir voulu faire plus que supporter. J'ai mangé, j'ai bu, j'ai parlé, j'ai écouté. J'ai vécu, sans douleur souvent. La vie se supporte. Mais elle pèse de tout son poids. Les bulles l'allègent, les sphères pectorales aussi. C'est très circulaire.
Supporter.

Portez moi au-dessus. Faites moi voler. Succulez-moi.

Manger ce que l'on sème.

Je suis assis sur un banc en bois, massif, au dossier inconfortable. Mes avants bras sont posés sur une barre, mains pendantes. Face à moi, un homme, gros, en robe noire. Il a l'air de celui qui n'a pas d'air. Sur ma gauche, dans l'espace situé entre mon banc et le bureau du gros homme noir, bureau qui me surplombe, déambule un autre homme en noir, plus fluet. Sa ligne a du être taillée par la force de l'exercice.
Cet exercice qu'il réalise en ce moment même devant moi.  Il vocifère souvent, me montre parfois du doigt, harangue une douzaine de personnes assises sur la droite de la salle, disposées en deux rangs égaux. Ils n'ont pas de visage.
Le fluet dit que c'est de ma faute, entièrement de ma faute. Tout est de ma faute. Il le répète sur toute une gamme de tons, illustrés par tout une panoplie de gestes éloquents qui ne signifient rien pour moi, mais qui semblent faire grande impression dans la grande salle. Sans pouvoir me retourner, je sens des murmures d'approbation dans mon dos.
Il finit par me regarder sans me voir, conclut par un "c'est de votre faute". Puis s'assoit. Le gros en noir me dit de me lever. "A votre tour."
Je dis que c'est de ma faute. Puis je me rassois dans le fracas et sous les applaudissements de la salle.



Et je me réveille en sueur.



Moisson d'hiver.

Le soleil ne tape plus assez fort pour faire mûrir. Il ne permet plus de se faire dorer. Il réchauffe timidement, luttant contre les vents qui s'engouffrent dans les artères désertes d'organismes urbains monotones et anonymes. Le soleil ne tape plus assez fort pour faire sourire. Il est présent pour nous rappeler ses bienfaits, et s'absente dès lors que nous nous habituons à lui.
La chaleur est dans les cœurs dit-on. Un cœur sec peut-il être chaud comme une pierre irradiée tout l'été ? Quand la lumière se fait je la fuis, quand elle est absente je la maudis. Problème de timing.
Les gens du Nord ont dans le cœur cette chaleur que ceux du Sud ont dans le slip. C'est d'Enrico Macias. Je ne suis pas du Nord. Je suis du milieu. Au milieu de la France, au milieu de ma famille, au milieu des capacités intellectuelles d'un bipède moyen (en ne comptant pas le kangourou, dont je ne suis même pas sûr qu'il soit un bipède). Normalement, au milieu on se tient chaud. Moi j'ai froid. J'ai la goutte au nez, les mains qui tremblent, le cerveau lent. J'ai l'urine qui fume. J'ai l'engourdissement latent, l'attente engourdie, la patience à bout.
Il va se passer quelque chose. L'onde de choc sera superbe, télurique, calorique. Des joules à gogo, du watt à rendre marteau.
Mais d'ici-là il fait froid. Rien ne pousse, tout se cache, rien ne se savoure, tout se consomme. Des réserves. Je fais des réserves. Arrive vite, printemps, la batterie est bientôt vide.


Portion individuelle.

Je dois surement me répéter. Je laisse traîner mes mots sur une soixantaine d'itérations de tailles et d'intérêts inégaux, et sur la somme des productions, un psychologue tout juste correct décèlerait sans aucun doute des lubies, des obsessions, des thématiques récurrentes. N'importe qui les verrait même, je suppose.

Aujourd'hui on va recommencer avec la solitude. Je dis recommencer dans le cas fort probable où j'aurais déjà évoqué en ces lieux ce sujet. Je n'aime pas être seul, vraiment pas. Je crois qu'avec la nuée de sauterelles et l'écoute d'un disque de Christophe Maé ou des Enfoirés, c'est un des trois piliers d'une journée ratée. Et ce week end je suis seul ; et ce n'est pas toujours facile.

Etre seul signifie être seul. Sans personne. Avec soi, et rien que soi. Et quand on ne se supporte pas bien, c'est assez désagréable. J'entre en conflit avec moi sur à peu près tout : ma manière de m'habiller, le temps que je mets en week end à me traîner jusqu'à la salle de bain pour enfin me doucher, la manière dont je fais la cuisine, la manière dont je tiens ma fourchette, la manière que j'ai d'immanquablement tacher mes affaires propres à la moindre bolognaise, à la moindre sauce chargée de graisse présente dans mon assiette. Je n'aime pas beaucoup non plus la manière dont je me traite, comment je fais preuve de très peu de compréhension et d'indulgence envers moi-même. Je m'insulte d'ailleurs régulièrement pour ça.
Je vous éviterai le chapitre de la lunette des toilettes jamais baissée, ou encore du lit jamais fait. A chaque fois que je tombe dessus, j'ai envie de m'attraper pour me filer une bonne soufflante. Je ne parlerai pas non plus de cette incorrigible manie de tout faire au dernier moment, pour toujours la même raison, glandouiller. Je sais très bien que si je ne me prends pas entre deux, yeux un jour ou l'autre, je vais finir par avoir des problèmes pour construire une vie ne serait-ce que satisfaisante.
Je sais bien que je critique tout ça pour mon bien, parce qu'au fond de moi je m'aime un peu ; mais ce n'est pas toujours facile d'en prendre conscience, perdu qu'on est au milieu des engueulades et des reproches.

Donc aujourd'hui je me suis déjà repris moi-même trois fois. Une pour mes pets abusifs dans le lit un dimanche matin jusque-là paisible et serein, une autre pour ma tenue à la table du petit-déjeuner, tenue nonchalante à la limite de la provocation, le caleçon usagé baillant beaucoup trop pour être supporté par mes yeux, et enfin une dernière fois à la vue de l'évier, empli d'une vaisselle non faite hier soir, occupé que je fus à regarder dix minutes de Mickaël Grégorio chantant du Mika (vivement la diffusion du Laurent Gerra chantant du Mickaël Grégorio chantant du Mika chantant du Sting chantant du Mickaël Jackson). Bref la journée n'est riche que de quelques heures, que déjà je n'en peux plus. Et le repas dominical, source habituellement de crises entre mon égo et mon dégout, ne s'est pas encore déroulé. Je crains le pire.

Que cela ne vous empêche pas de passer un bon week-end. Vous, c'est sûr, je vous embrasse. Bon appétit.

Viande froide.

Le soleil y gèlerait. Le plus chaud des piments mexicains s'y transformerait en vague haricot. Le plus frénétique des frontistes s'y retrouverait métamorphosé en mou du milieu. Bref, la salle des profs semble avoir la capacité à détruire tout élan. Il ne s'y passe rien, jamais rien. Des copies qui se corrigent, des discussions ternes sur les élèves (pour, la plupart du temps, les dézinguer), des banalités à faire pleurer le premier La Palice venu. Des discussions de vieux tenues par des jeunes.
Je ne suis pas ethnologue, et pourtant ça me fascine, c'est incessant. C'est toujours d'un vide sidéral. Toujours. Rien n'en ressort. La couleur dominante est le noir. Je viens de le remarquer. C'est noir. C'est terne. C'est ennuyeux. Je peux d'autant plus observer que je me sens comme invisible. Un vague bonjour, parfois. Des hochements de tête en guise de salut.
Et puis là, tout de suite, LE sujet polémique, le vrai débat d'idée, l'impertinence à son paroxysme : "Qu'est ce que tu vas manger ce soir?" Mais oui, qu'est ce que tu vas manger ce soir. Voilà un bon sujet de parlote, quand on a évacué le temps, les élèves, les copies. On parle de ce qu'on va manger ce soir. Ça provoque une demi-molle, ça fait pétiller l'iris, putain oui, qu'est ce qu'on va manger ce soir.

Je ne veux jamais devenir comme ça. Jamais. Je crois que le jour où, en salle des profs, je parle de ce que je vais manger ce soir, je me jette en suivant sous un bus. Vraiment....
Qu'est ce qu'on va manger ce soir.... Quand la vraie bonne question à poser, c'est qu'est ce qu'on va boire.

Artille chaud

Je suis tombé amoureux ce soir. C'est pathétique l'amour. Je suis tombé amoureux de Nicole Kidman dans L'Interprète. Elle était belle. Je ne l'avais jamais trouvé belle avant. Elle est trop irréelle, trop inaccessible. Mais faut croire que Sydney Pollack, qui la dirige dans ce film, sait rendre les acteurs réels. Elle était réelle ; tellement, que c'en était douloureux.
Douloureux de voir une nouvelle fois un reflet de ma propre médiocrité devant l'excellence et le caractère "bigger than life" à la fois des acteurs (l'Australienne étant accompagnée ici de Sean Penn, le seul homme dont je pourrais tomber amoureux avec Rahan) et des personnages. Enfin bref, j'ai trouvé le film bon (quelques longueurs et banalités lui font perdre son très bon rythme narratif par instant), mais douloureux. Je tombais amoureux de quelque chose qui n'existe pas. C'est terrible.
Vouloir ce qu'on n'a pas, détester ce qu'on a, c'est assez insupportable. Je déteste tout ce que je crée, je suis, tout ce que je génère (la production de ces lignes est une angoisse), et j'aimerais pourtant que ce que je fais engendre chez mes contemporains un sentiment d'amour à mon égard. Ou a minima de respect. Aller, au moins pas trop d'indifférence. C'est paradoxal. Une enclave inexpugnable de laquelle je ne sais si je ne sortirais un jour.
Et donc je tombe amoureux de Nicole Kidman. Ou de Silvia Broome, le personnage. C'est abominable l'amour. Abominable. Ça rend cinglé. Mais c'est tellement mieux que les basses passions. Tellement mieux que les instincts grégaires, que la baise vulgaire, que le sexe hygiénique. Non sérieusement, c'est effroyable l'amour, mais que c'est doux également. Quand c'est réciproque l'amour, quand c'est inconditionnel, quand c'est ultime, ça dépasse tout. Faut savoir tenir la distance. L'amour, c'est un peu la maturité. À la fois quand on est capable de le reconnaître, et quand on est capable de le conserver. C'est ce qui est compliqué. Le conserver.
On se dit toujours que le trouver c'est le plus dur. Je ne suis pas d'accord. En tout cas plus d'accord. Non, c'est dur de le garder intact. Quand on est un chantre de la râlerie et une éloge de la médiocrité à toute heure, quand la moindre décision à prendre peut vous envoyer dans le mur à la vitesse d'un cheval au galop sur les contreforts du Mont Saint-Michel (très courts les contreforts là-bas), alors garder l'amour, c'est mission impossible. Alors là, tout de suite, plus que de penser à mes courts de demain moitié préparés, comme à l'habitude, plutôt que de songer au fait que je vis encore chez mes parents à 30 ans, plutôt que de me dire que j'ai peur de porter mon neveu dans mes bras de crainte de lui déformer la fontanelle contre un encadrement de porte (rigolez pas, j'en suis capable), je pense au fait que l'amour, je le trouverais sans doute jamais. Et je le garderais encore moins.
C'est abominable l'amour. C'est insupportable.

Plat consistant

Souvent je me sens seul. Souvent c'est parce que je le suis.
Donc j'essaie de trouver de la compagnie. Je n'appelle pas les gens, je ne vais pas prendre un verre dans un bar. Je vais au cimetière. Le hasard a voulu que mes quatre grands-parents soient enterrés côtes à côtes. Enfin les deux couples côtes à côtes, je ne connais pas la disposition des cercueils dans le détail. Mais en tout cas ils sont voisins.
Du coup quand je me sens seul, souvent donc, comme je le disais plus haut, c'est eux que je vais voir. Je ne sais pas si c'est de l’auto-persuasion, si c'est le fruit d'une éducation chrétianno-chrétienne, si c'est mon agnosticisme actuel (je récite toujours les prières de mon enfance tout en ayant pour quelque organisation hiérarchique que ce soit un mépris non dissimulé), ou si c'est parce que ça existe, mais je ressens avec eux une bienveillance, un regard non teinté de... réalité. Ça dure rarement longtemps, quelques remerciements pour m'avoir permis de vivre (oui, c'est leur faute, allez vous plaindre auprès d'eux), pour m'avoir permis d'avoir une belle enfance, une chouette famille, remerciement d'avoir l'impression d'être, sur cette drôle de planète, un de ceux qui aurait gagné à la grande loterie de la naissance.
C'est souvent ça que je dis. Merci. En périphrase, en métaphore, en litote ; en silence surtout. Mais j'ai l'impression que ça sert. Peut-être pas à eux, même si je l'espère. Mais à moi, c'est sûr en tout cas.
C'est sans doute aussi pour me déculpabiliser auprès d'eux de ne rien faire de vraiment énorme de ce qu'ils m'ont donné. J'ai toujours été bon  pour ça, la déculpabilisation. Je devrais être politicien.
Enfin là je vais y aller. Je vais me mettre devant le marbre, l'embrasser. Il sera mouillé, il pleut. Mais ça ne m'embête pas, c'est comme si je buvais à ma source à moi. Ce contact sur mes lèvres est... je ne sais pas. C'est quelque chose. Et quelque chose c'est déjà beaucoup.
Ça pourrait vous paraître morbide comme ça, limite malsain. Ça ne l'est pas. C'est... comme ça. je suis comme ça.
Ne vous inquiétez pas, si vous m'invitez chez vous, je viens, je rigole, je picole, je râle, je mange, je taquine, et on est bien. Mais c'est moins réel, sans vouloir vous vexer. J'en sais rien.
Voilà, j'avais envie de vous dire ça. Maintenant c'est fait. Cet endroit passe d'un exercice de style à l'autre, on fait les tripes, des fois le gras, des fois le cerveau, un peu le jarret aussi. L'important étant de continuer, coûte que coûte, quel que soit le rythme. Parce que même si ça n'a aucun sens, surtout si ça n'a aucun sens, ça en a un.

Parce que ça donne soif. Parce que ça donne faim.

Paella et escargot

La tête tourne au son de l'hymne allemand. Le colon s'échappe d'Abuja, et ci-gît, roux, la mauvaise mayonnaise ukrainienne. Sordide, et pourtant révélateur. Barde moi de dollars et de brune mexicaine. Mon corps me lâche, ma faim s'estompe. L'aube arrive déjà. Débris, des bries, détruit, altruit, minuit.

Novembre, oui, novembre. 

Papille

J'essaie de ne pas saturer les papilles. Il ne faut pas revenir toujours au même goût, toujours se laisser couler dans le sucré, toujours s’assécher de sel, toujours se brûler de piment. Il faut laisser couler l’âcreté d'un Grave, il faut s'aciduler d'une poire, il faut se nourrir de souvenir.
Je n'aime pas trop les souvenirs. Ils s'arrangent pour que l'on ne garde d'eux que le bon. Toutes les scories désagréables, tous les moments de gène, toutes les douleurs passagères disparaissent dans le cours du temps. Et quand on revient fouiller dans ses souvenirs, on ne pêche que les sourires, les délices relationnels, voire charnels, les anecdotes resservies tous les deux ans. On oublie la vaisselle cassée, les crispations, la froideur. Tout s'effrite pour laisser place... à quoi au final ? À ce qu'on aimerait que la vie soit ? Sans doute. Les souvenirs sont saturés de vie en rose. Le souvenir n'est finalement qu'un oubli comme un autre. Le souvenir est une manière que nous avons de nous préserver, peut-être. Il nous, il me permet d'avancer encore un peu plus loin vers cet idéal qu'il nous vend.
Il faut quand même bien l'avouer, du coup, on n'en est pas toujours déçu, de le suivre. Parfois c'est mieux que dans les souvenirs. Ce qui n'est pas peu dire.

Et puis c'est pas vrai, je vous mens. Parfois un dégoût vous prend au moment d’approcher un endroit, une personne, une assemblée, parce que la dernière fois c'était pas agréable. La dernière fois c'était chiant, sans intérêt, une perte de temps. 
Et puis il faut quand même y aller. Alors on baisse la tête, on fonce dans l'arène... et ça se passe bien. Le souvenir était parcellaire, mal documenté, quasiment faux. Encore. Le moment nous fait goûter à autre chose. On se déplace, on se déstabilise, on vainc l'inertie, un pas après l'autre. On s'en construit des nouveaux, des souvenirs. Pour mieux se tromper soi-même, et mieux se surprendre. Pour ne pas saturer, ne pas être dans la froide indifférence du rien de neuf. 

Ouais. On goûte toujours à un peu plus de nouveauté.

Sel

L'écume est parfois comme une déjection d'usine de fabrication de savon pour peau douce : quand la houle est violente et incessante, elle s'accumule contre les rochers en amas compact. On dirait des œufs battus prêts pour une mousse au chocolat indigeste. Et pourtant je trouve ça beau.
Beau comme un surfeur de la Réunion qui, bien que plus habitué à une eau riche en requins et quasiment à température corporelle, n'hésite pas à plonger dans le bordel de la corniche vendéenne. Des vagues croisées en veux-tu en voilà, une couleur marron sable de la mer dégueulasse, à penser à La Hague avec nostalgie, un froid de Toussaint, des spectateurs en pulls de laine et parkas. Non vraiment, quand tu es surfer, faut le vouloir ce titre national pour aller se les geler dans la mélasse.
Et le mec, comme trois de ses congénères à planche, il n'hésite pas, il y va, franco de porc. Et ils se font trimbaler, remuer, renverser, ils luttent tant bien que mal à l'aide de leurs membres supérieurs, s'en vont vers un spot qui, aussitôt repéré, disparaît. Et puis, souvent, une fois La vague repérée, ils s'élancent, se dressent, puis se font faucher par la crête trop puissante des mastodontes. Puis ils se rallongent sur leur planche, et recommencent.
Et une fois, une seule fois, y'en a un qui démarre, qui tourne, qui vire, qui épouse la puissance, qui suit le mouvement , qui se marie avec la flotte, qui la caresse, l'embrasse, l'effleure sans la violenter. Il tourne une dernière fois avant les récifs, s'assoit sur sa planche, lève les deux bras en l'air, plus heureux de la sensation que de la performance. Ses potes venus avec lui de l'Indien hurlent son nom et trépignent sur l'estrade dressée par l'organisation. Il sort de l'eau, les traits du visage gonflés par le froid. Malgré la combinaison, il tremble, autant de froid que de frénésie. Je regarde alors les vagues, qui ne se sont pas arrêtées pour l'applaudir. Les badauds ont repris leurs conquête du littoral, après s'être concentrés quelques instants face aux sportifs. Le ciel s'assombrit, les gouttes commencent à tomber, tranchant avec le teint halé des compétiteurs et de leurs encadrements. On est bien en Vendée, on est bien à la Toussaint.
On est bien rassasié de vent, de sel, de sueur.

Gargantua

Il faut en toutes choses dans la vie savoir être démesuré. Il faut apprécier les bonnes choses sans appréhension aucune, faire disparaître les mauvaises avec la plus grand instantanéité, et discuter avec son interlocuteur comme si l'échange allait être le dernier.
Il faut donner son cours comme si rien d'autre ne comptait, et pour eux, et pour vous. Il faut écrire l'article comme s'il allait valoir un prix Pulitzer. Il vaut manger le plat comme si c'était du Lenôtre. Il faut goûter la vie comme si c'était un rêve.
Et puis il faut recommencer encore. Il est absolument et inconditionnellement nécessaire d'être égocentrique. Et il est absolument et indubitablement indispensable d'être autocritique. Il faut aimer sans condition, et détester sans justification. Entier, plein, immense. Ne vous taisez plus. Il faut hurler. Puis dire pourquoi. Il faut pleurer pour comprendre pourquoi rire. Il faut taper là où ça fait mal pour savoir ensuite encaisser les coups. Puis mieux les rendre. Talion mon ami, Talion.
Laisse-moi être moi et te surprendre enfin. Laisse-moi être moi et t'exaspérer encore. Laisse-moi être moi et te conquérir, toujours.
Laisse-moi dévorer la vie, pour mieux te convaincre. Je suis là et j'y reste. La vie est ma terre promise. L'Exode ne sera plus admis.
J'arrive à pas de géant. 

Anorexie

Huit jours que je n'ai rien écrit. Je commence à être à sec, niveau énergie. Nos chères têtes blondes m'ont épuisé. Et puis j'ai eu vent de mes approximations orthographiques, syntaxiques et lexicales régulières en ce lieu.
La honte. Je veux écrire, c'est un postulat de départ. Mais j'aimerai, dans la mesure de mes capacités, écrire bien. Pour qui me connaîtrait, ma capacité d'autoévaluation paraîtrait une information inutile, puisque redondante ces trente dernières années. "Je suis au mieux moyen, plus généralement médiocre, dans mes mauvais jours pathétique." Sauf que... sauf que quand j'écris je me trouve plutôt pas mal. Et sauf que... sauf que si je fais des fotes plus grosses que moi à chaque accord, chaque mot, chaque concordance des temps, bah mes ambitions vont forcément être revues à la baisse. À savoir, je vais ptet bien arrêter mes conneries. Ici, mes conneries = écrire.
Sauf que... sauf qu'on ne s'améliore pas en refusant l'obstacle, en tournant les talons et en attendant que la lubie passe. On réessaye, on se recasse la gueule, et on remonte. Encore, et encore, et encore. On affronte le mépris, la condescendance, la pitié, tous justifiés, et on essaie de les transformer en étonnement, en agréable surprise, et pourquoi pas en fierté. Pourquoi pas.
Alors on recommence à écrire, avec des fautes, vite, en jetant ce qu'on a dans les tripes, même si c'est pas grand chose. On y va ligne par ligne, sans toujours beaucoup de cohérence, sans toujours beaucoup d'indices sur ce qui se passe vraiment là-haut, entre synapses et neurones. On envoie encore un peu plus. On se rend fier et honteux en même temps, on se dit que quand même, dans l'instant, c'est agréable, quand il n'y a encore rien à assumer, rien à expliquer, rien à reprendre. Je fais, simplement. Je sais faire. Mais je ne suis bon ni pour planifier, ni pour le service après-vente. C'est comme ça, on fait avec. Pardon. Plutôt sans.
Et ça donne ça. Avec des fautes encore, peut-être. Des fautes de goût, aussi.
Je crois qu'au final je suis comme ça.
Cru.

Pêche trop mure

Kurt Russell en Wyatt Earp, Val Kilmer en Doc Holliday, et moi en poivrot.
Il est trop tôt pour aller se coucher, trop tard pour commencer quoi que ce soit. Entre-deux. Comme au basket, quand le ballon quitte la main de l'arbitre, et avant d'avoir touché celle d'un joueur. Entre-deux. Je saute vers la sphère orange. Je la rate, une fois. Mon adversaire aussi. Elle est toujours en ascension. Je retombe sur mes appuis, mon adversaire un dixième de seconde plus tard. La balle monte toujours.
Wyatt Earp trompe sa femme, Doc Holliday crache ses poumons, je bois un rosé. Il est toujours trop tôt pour se caler dans les draps. Il est encore plus tard que tout à l'heure, les copies attendront. La balle monte toujours. Elle devrait retomber, bientôt. Je retente ma chance. Mes phalanges semblent l'atteindre, mes ongles pourraient la griffer. Mais rien. Mon adversaire est encore plus loin du compte. Elle monte toujours.
Kurt Russell prend l'insigne, Val Kilmer prend un verre, je suis à la moitié de la bouteille. Mon lit me jetterait à terre, mes stylos refuseraient de se décapuchonner. La balle va bientôt toucher le plafond de la salle, tous les cous sont tendus, les yeux orientés vers la sphère du désir. Je saute toujours plus haut. Inatteignable. L'adversaire ne compte plus, il est un faire-valoir, simple objet du décor, il est plus bas, beaucoup plus bas. Mais mon résultat est le même que le sien. Je ne touche rien, je ne l'oriente ni vers mon camp, ni vers le sien. Elle monte toujours.
Wyatt Earp tue Ike Clanton. Doc Holliday maltraite ses poumons. Il va être temps de s'allonger. Pouhof. La balle s'écrase mollement contre le plafond. Elle se transforme en crêpe sous l'effet de l'apesanteur. Je saute encore et ne parviens à rien. Le public commence à rire. Mon adversaire aussi. Il me montre du doigt, commence à se tenir les côtes, à être secoué de spasme de frénésie moqueuse. Je ferme les yeux, je commence à planer, je les rouvre, le ballon est maintenant incrusté dans le plafond. Je m'en approche. Le plafond s'ouvre. Le ballon disparaît. Je m'envole. Je ne redescendrai jamais. Un autre prendra ma place, entre-deux, balle qui quitte la main de l'arbitre, Kurt Russell qui lisse sa moustache, Val Kilmer qui surjoue sa pâleur, un autre jour qui se termine, une autre aube qui se prépare, un autre espace à occuper.

Et toujours du rosé.

Confiture de mûre

Ce n'est pas mon ex. Parce qu'elle sera toujours présente. Ex ça sous-entend passé révolu. Ex c'est court, lapidaire, sans aucun sentiment. Ex c'est inhumain.
Elle n'est pas mon ex. Elle a été tout, puis un peu moins, puis plus assez, mais jamais elle ne sera rien. Elle sera la première, pour toujours. Elle est dans beaucoup de moi encore. Elle est dans les balades du front de mer, dans les road trips impromptus, dans les soirées foot. Elle est dans les chaussettes dépareillées. Elle est dans ma vie, toujours. Je crois pouvoir dire qu'elle n'en sortira jamais, même si c'est sûrement ce qu'elle désire le plus.
Ça me rend toujours malheureux, de l'avoir rendu malheureuse. Et puis je me dis que ça devait être comme ça, qu'on n'avait pas choisi, que j'étais pas assez moi, qu'elle était trop elle. Ou l'inverse. Ou aucun des deux. C'est trouble et ça le restera. Mais quand je me sens mal, quand j'ai envie de pleurer, quand je me pose la question du sens de toute cette connerie, surtout de la mienne en fait, j'ai des flashs. C'est rapide. C'est même pas des moments, des instants, c'est... un goût, une odeur. Un touché. Et ça va mieux. Ça a existé. Et ça reviendra, pour elle en tout cas, j'y crois. Elle y aura droit, encore, en mieux, en plus durable, en moins... feu d'artifesque. Et si le monde est bien fait, on en reparlera, tous les deux, autour d'un café.
Je crois pas en grand chose. Mais en ça, aussi con que j'ai pu être, aussi dégueulasse, aussi couard, aussi répugnant... en ça j'y crois. Ça arrivera.
Et puis pour ce qui me concerne... qui s'en soucie au fond. Pas moi en tout cas.

Digestif

Ce n'est pas une pause. En tout cas elle n'est pas souhaitée. Je ne supporte juste plus de me voir écrire des lignes toutes plus noires les unes que les autres. Alors j'essaye de voir la vie en mieux, pour vous sortir quelque chose de positif.
Je sais bien que si vous êtes encore deux à me lire, c'est déjà beau, alors j'ai envie de vous soigner. Du coup je me cure moi aussi. Les doigts de pied, le nez, tous les orifices quoi. Pour être plus immaculé, plus blanc que blanc au moment de noircir la page. Sinon, si je suis tout pollué, tout englué comme une mouette dans la carcasse de l'Amoco-Cadiz, ça ne sert à rien. T'as pas envie, toi, que je te noircisse encore ton quotidien.
Enfin je pourrais le faire, si j'y parvenais avec talent. La monnaie actuelle étant l'euro (et pas le talent), ça marche pas. Bref je cherche un peu d'espoir en moi (ça pourrait être le titre d'une chanson de Daniel Balavoine, chanté très aigu sur le refrain, "Un peu d'espoir en moiahahhahhhhhhaaaaaaaaaaaaaa").
Sur ce j'ai encore beaucoup de taf, et pas assez de temps pour le faire. Comme d'hab. Alors la bise.
Le Bourgueil était succulent hier soir, le Moulin-Neuf pas mal tout à l'heure. Faudra que je vous en conte deux goulées.

Portion pour une personne

La solitude se mérite. Elle est le fruit d'une synthèse complète, d'une chasse sans relâche à la sympathie, d'une traque infaillible du sourire, d'une éradication totale de la bonne humeur et d'un soucis constant de la méchanceté. La solitude est un bienfait lorsqu'elle est provoquée. Elle permet la purification des turpitudes de ce monde. Finies les tentations, finie l'envie de plaire, finie l'incessante impression d'inachevé.
Je m'enfonce toujours plus loin dans ma grotte. La lumière du jour n'est plus qu'un lointain souvenir, ne restent plus que la lueur indécise de quelques torches, et les reflets inquisiteurs des yeux des chauves-souris, la nuit. Les sons ne sont plus que des hurlements, ceux de la nature parfois mêlés aux miens. Rien de cohérent et d'organisé, simplement un chaos sans fin. Même le silence semble désordonné. Tout finit par perdre son sens, les mots n'ont de toutes façons plus de saveurs, depuis bien longtemps. Seule le râle reste, le cri primal.
Je finis par le haïr lui aussi. Pourquoi se fait-il si rare, hors de ma gorge ? Pourquoi avoir quitté le borborygme, pourquoi avoir quitté l'imprécision, l'à-peu-près pour en faire un outil si futile, si superficiel. Pourquoi essayer de communiquer sans attendre de réponse, pourquoi parler pour juste s'écouter... Autant crier, hurler. Le plus fort possible, sans écho, sans retour. Hurler plus fort que la nuit, plus fort que les loups, plus fort que les vagissements de la foule. N'importe laquelle.
Les mots n'ont plus de saveur. Les échanges ne valent plus rien. Ni verbaux, ni corporels. Ils ne sont que le fruit d'un égo à détruire.
Mon égo est mon ennemi. Je n'arrive ni à l'apprivoiser, ni à le détruire. Alors je le fuis, toujours plus loin dans la roche. Je m'enfonce dans le cœur de la terre, je m'enfonce toujours plus loin. Mais il me poursuit, toujours là, à chaque minute. J'ai perdu le compte des jours. Je ne sais plus quand je suis, et quand je ne suis plus. Il me rattrape. Je recommence à avoir envie. Peut-être. Je n'aime pas être seul. Et pourtant j'adore ça.
Il est revenu, il s'agrippe. Je veux plaire.

J'ai un peu faim.

Le repas du con damné

Il est différent de son homonyme de par sa quotidienneté. Pas de dernier repas, mais toujours un nouveau. Toujours le même. Les légumes sont bons, les fruits sont bons, les sauces légères mais affirmées, les pâtisseries fines et onctueuses, les viandes cuites quasi-scientifiquement, la compagnie est divertissante, intelligente, raffinée. Mais le con est damné, et ne peut saisir toutes ces nuances. Il reste centré sur lui, incapable de ne pas penser qu'à soi.
Lorsqu'il croque une belle poire, il pense au sucre malsain qui lui fera prendre du poids. Quand il mange une bonne soupe, il pense aux brûlures que le liquide pourra occasionner à la partie supérieure de son système digestif. Quand il pourrait se délecter d'un beau mille-feuille, il s'imagine mourir dans l'année d'un arrêt cardiaque causé par un trop plein de cholestérol. Quand il écoute une bonne histoire, une anecdote hilarante, il rage de ne pas être celui qui l'a racontée.
Quand il faut se lever de table, puis se coucher, il est seul. Personne ne l'accompagne. Quand il s'assoit à la table du petit-déjeuner, il est seul, personne ne l'attend. Alors il recommence. Son éternel dernier repas du con damné. 

Pigeon abîmé

Et puis le nain putride continue sa longue litanie vespérale des saints de notre époque : saint-chomdu, patron des indemnisés, saint-kidnapping, patron des enlevés, saint-attentat, patron des terrorisés, saint-4G, patron des embobinés, et saint-entrisme, patron des enfoirés.
Le nain finit son exercice quotidien en nous parlant d'un livre, un jeune homme qui raconte un homme plus vieux, son père. Un père dont il ne sait trop que penser : espion magnifique ou escroc pathétique, lui qui laisse des messages énigmatiques à son fils jusque sur son lit de mort? Une enquête passionnante qui mènera notre écrivain à conclure que... oui, on s'en branle complètement.
Ce qui est plus intéressant, c'est de se rappeler qu'une demi-douzaine d'années auparavant, j'avais eu avec cet écrivain un échange assez bref, lors d'une soirée organisée par ma sacro-sainte école de plumitif. Aviné comme souvent, je lui avais demandé d'où il venait, quelles étaient ses études avant de venir apprendre à gratter du papier. Il m'avait répondu qu'il venait d'Henri VI, lycée parisien aussi élitiste que je suis éthyliste. "C'est marrant, tous les mecs d'Henri VI que je connais, c'est des connards, mais toi t'as pas l'air d'être trop un connard" lui ai-je dit. "Si tu veux réussir dans ce métier, tu devras peut-être apprendre à être plus diplomate" me répondit-il avant de me quitter comme on se débarrasse d'une chaude-pisse, me laissant bienheureux avec Théodule, mon éléphant rose préféré.
Tout cela pour dire que j'ai donc reconnu la trogne quelconque bien qu'un peu altière du jeune homme dans la suite d'images lancée par le nain. Romancier donc. Sauf que journaliste aussi, ce que bien sûr les images ne révèlent pas, y a juste moi qui le sait. Escroc fils d'escroc. Entrisme donc, on file un coup de main à son pote journaliste qui sort un livre. Pour moi ce roman n'est ni quelconque, ni magnifique, il ne sera que non lu.
Si vous voulez lire des choses bien, je vous conseille le Projet El Pocero d'Anthony Poiraudeau. Il n'est pas journaliste, et n'a donc pas eu les faveurs du nain. Et pourtant il écrit bien.
Parfois, je peux me tromper. Ça arrive. Je parle du connard. Injuste ? Sûrement.

Ça fait du bien. Pas autant que de manger du coulommiers, mais c'est pas mal.

Papier maché

Manifestement, il est impossible de rêver. C'est interdit. Ça fait perdre trop de temps, trop d'argent, trop de compétences laissées inutilisées, non rentabilisées. C'est compréhensible. On ne vit ni d'amour, ni d'eau fraîche, ni d'idéaux.
Il suffit donc de compiler une suite d'événements plus ou moins aléatoires, d'en tirer, si l'envie nous en prend, le meilleur parti, puis d'essayer tant bien que mal d'orienter le flux des jours vers une retraite paisible, afin de repos prendre.
Moi je préfère tout de suite repos prendre. Ce serait con de se faire chier, et de mourir écrasé par le premier avion venu, ou décérébré par le premier Christophe Maé chantant. Une erreur, une facétie du destin, et hop, point de repos, et sans repos, point de salut, et sans salut, direction chrome.
Alors entre de grosses périodes de glandouilles, je m'accorde, parfois, un peu de travail. Guère, mais un minimum. Et puis je me couche. Pour me reposer.

Et puis je râle. Et puis je mange. Ne jamais rater l'essentiel.

Sens cible

Pas facile d'avoir le goût. Des autres, des choses, du travail, de se lever le matin.
Je corrige. Pas toujours facile. Souvent compliqué. Parfois les gens sourient, sans raison. Parfois ils font des tronches de cinq lieues de long, sans raison. Parfois ils te rendent service, parfois ils te font des coups de pute.
Moi j'ai choisi la constance. Le connard constant, désespérément attendu, irrémédiablement pessimiste. Un espèce de phare dans la nuit qui te permet immanquablement de trouver le récif sans trop transpirer. Tu cherches un croche-pied pour trébucher ? Je suis là. Tu as besoin d'un pote relou qui squatte afin de ruiner ta vie de couple ? Je suis là. Tu aimes les Goonies, pensant que c'est le meilleur film du monde, et tu ne réalises pas que la médiocrité de la réalisation ne l'emporte que sur l’invraisemblance du jeu des acteurs (jeunes certes, mais acteurs) ? Je suis là. Tu n'as pas besoin de moi ? Je suis là.

Même si en fait, là, maintenant, tout de suite, je ne suis pas trop là. Je suis... 

Gutural

J'écris mal. Je crie fort. Je mange beaucoup, je m'hydrate fort.

Digère-moi.

Indigestion

Oui, le rythme a un peu baissé en ces lieux. D'aucun y verrait de la fainéantise, une lubie qui doucement s'éteint (une lubie c'est un type de luciole, en moins concret).
Et là lecteur je te dis détrompe-toi, va semer ailleurs ton mauvais esprit, quitte ce terrain où tu ne récolteras ni résignation ni faiblesse. Non, si j'écris moins, c'est que je pense à toi, oui toi. Pris par le rythme quasi-quotidien de ma prose, peut-être n'as tu pas le temps d'intégrer l'ingéniosité des constructions, la subtilité du rythme, la constance de la grammatique, l'étincelance du vocabulaire.
Oui si j'écris moins, c'est parce que ce qui est rare est cher, et ce qui est cher rapporte, et celui qui est pauvre aime quand ça sonne et ça trébuche, et quand ça sonne et ça trébuche ça étouffe le bruit du quotidien morne de nos cités périurbaines mais à la fois campagnardes, qui gardent un charme tout à fait désuet, cédant cependant par certains aspects à la vulgarité froide d'une globalisation déstructurante, sorte de vortex plein de vide et d’aberration. Du coup si tu lis moins, tu lis mieux, tu vois?
Et si j'écris moins, j'écris pas mieux, mais pas plus mal, ne trouves-tu pas? Cela étant dit gambade, regarde-moi depuis ce magnifique 5 août, fais dérouler mes mots, on sait jamais, tu trouveras peut-être à te baffrer, ou à vomir, la purgation buccale n'étant pas forcément la plus inutile des cures.

Ceci étant dit, bonne nuit.

Soupé

Un sourire. Juste un. Le sien. Réussir à ce que la première chose qui lui arrive aux lèvres, quand j'entre dans son champ de vision, ce soit un sourire. Si ça arrive la journée est gagnée. Si ce n'est pas le cas ce n'est que partie remise. 
Les règles du jeu sont simples : pas de tentative d'humour, pas de grimace, pas de tenue extravagante, pas de situation burlesque. Juste être soi, et réussir à lui faire décrocher ce sourire. La défaite a cela d'intéressant que dans notre cas, elle ne peut qu'être ultime. Il n'y aura plus rien derrière. Ce sera fini. Si je perds. La victoire a cela d'intéressant qu'elle en présuppose d'autres. Si je gagne.
Un sourire. Ce mouvement de quinze muscles. Il ne devra pas être nerveux. Je devrais le provoquer. Je devrais lui jeter le gant, le pousser à sortir, je devrais l'aiguiller, l’aiguillonner, le titiller. Je ne devrais pas vivre que pour ça, surtout pas. Je dois continuer à faire les choses, faire comme si de rien n'était, faire comme si tout ce qui comptait n'était pas résumé par l'apparition de ses incisives, voire de ses canines. Faire comme si l'éventualité de cette situation n'était que le prolongement logique de tout le reste, la continuité de tout ce qui a été, la cause de tout ce qui sera. 
C'est ambitieux, et c'est bien. Soyez ambitieux sur les petites choses. Vraiment.

Un sourire. Un sourire. Un sourire. Un sourire.

Surgelé

Des grillons, le souffle du vent dans les boulots, le cri insupportable de l'âne dans la nuit, la fraîcheur. C'est comme ça que ça commence. Tu vois loin à l'ouest les derniers mauves du soleil, et tu imagines ceux pour qui un jour nouveau commence à l'est. Et puis tu respires, fort, goulûment. C'est frais dans ta bouche, dans ton larynx et ton pharynx, ta cage thoracique s'emplit, et tu te sens bien. Tu fermes les yeux, tu essaies de ne plus penser à rien, tu es juste là, au milieu du souffle de la nuit.
Tu oublies tes cours, tes élèves, tu oublies la Syrie, tu oublies le foot, tu oublies les regards de travers, tu oublies le mépris, tu oublies ton mépris, tu oublies le manque de sommeil, tu oublies les bières trop nombreuses, tu oublies les discussions sans intérêt, tu oublies la monomanie, tu oublies ton monde pour mieux pénétrer LE monde.
Ça dure une vingtaine de secondes et c'est interminable. C'est aussi beaucoup trop court. Tu revoies des choses oubliées. Tu revis des choses tellement agréables que tu ne veux plus t'en rappeler. Ça n'existera plus. C'est trop tard. Tu n'as pas tout détruit, c'est juste que c'est parti. C'était pas un château de cartes, ou de sable, c'était un train, un bus ou un cargo. Pas un avion, jamais. Un cargo plutôt, avec de la marchandise, des containers, des voitures, du pétrole, et ta cabine. Tu voyageais pas en première, mais t'aurais pas été à l'aise en première. T'as besoin que ça remue, que ce soit exigu. T'as besoin de partager la bouffe des matelots. T'as besoin d'être au contact. T'es mal quand t'es isolé, dans une tour d'ivoire pleine de défenses. T'arrives plus à ouvrir les portes, tu fermes tous les volets, tu opacifies, tu ostracises, tu autarcies. Tu regardes les miroirs, tu les pètes.
Tu te laisses aller. Tu deviens un mixte entre Howard Hugues et Daniel Plainview. Sur la fin, du genre à pisser dans des bocaux en jouant au bowling avec des prêcheurs de vent.
Tu vas dormir. Tu vas te réveiller. Tu vas respirer, fort. Et tu vas y arriver, pour une fois. Tu vas y arriver. Tu vas boire, et tu vas y arriver.

Sel leste

J'ai vu la Lune entre Les Sorinières et Saint-Philbert. Elle a joué avec moi, se voilant derrière les nuages nocturnes. Je l'ai vue pour la première fois, j'ai scruté ses cratères. Elle m'éclairait, mes phares aussi, mais c'était moins beau, moins serein.
J'ai réalisé qu'on n'était rien, en la regardant. Rien. Elle non plus n'est pas grand chose, mais un peu plus. Elle reflète elle-aussi.
Et puis ça avance toujours, tu passes La Marne et tu repenses à Voyager, la sonde que la NASA a envoyé dans l'espace en 77 et qui a franchi les limites du système solaire. Premier objet de fabrication humaine à franchir cette frontière. Dans 40 000 ans elle arrivera a proximité d'une planète où il y aurait de l'eau. C'est fou. On n'est rien. Peut-être que sur cette planète, quelqu'un roule en regardant sa Lune. Peut-être que ses congénères ont envoyé un engin d'exploration vers nous. Peut-être qu'il ne sait toujours pas trop où il est dans l'univers. Peut-être que ça ne compte pas de toute façon.
Ce soir j'ai vu des Canaris, des grives et la Lune. Ce soir j'ai pas picolé, parce que demain y'a travail. Ce soir je suis triste, mais pas trop.

Ce soir j'ai mangé de la brique et du muesli. Ça fera un bon mur stomacal. Bonne nuit.

Citron seringué

Ou acide citrique, ça marche aussi. Écoutant ce soir la diarrhée verbale d'un comédien alors mal employé et pourtant autrement tellement brillant (je parle ici de James Gandolfini, caricatural et exaspérant dans le Dernier Château et brillant, subtil et terrifiant dans les Sopranos) je ne pouvais que me répéter les mots du grand P. Desproges, à savoir que la culture et l'intelligence sont comme les parachutes, soit on en a, soit on s'écrase. Mettre au supplice des acteurs tels que donc le bon James, mais également le camping-carique Robert Bedford et le magnifique (encore que, Et si c'était vrai...), quoiqu'ayant un pseudonyme rappelant une impasse mal éclairée Mark Ruffalo, dans une production sans queue ni tête, c'est quand même un beau gâchis d'argent pour les producteurs, et de temps pour le spectateur. Il aurait mieux valu s'écraser. Dès le départ.
Mais ne nous plaignons pas, si nous avons du temps à perdre, c'est que nous en avons à revendre. J'en mets d'ailleurs parfois en location à mes moments perdus (comme ce soir donc). Certains même le recherchent, ce temps perdu, tellement bien qu'ils en font des chefs d’œuvres que je me déteste souvent de ne pas avoir lu. Ainsi soit-il. Perdre son temps dans un château ("un château, c'est un emplacement, des murs, des tours et un drapeau que tu défends" ne cessera de nous rappeler le personnage ridicule du bon Bébert) plutôt que le gagner à gambader, propulsé à coup de Proust, voilà qui semble paradoxal.
Finalement pas tellement. Râler est un plaisir, critiquer est un réconfort, malsain je vous l'accorde. Mais quand on se donne l'impression de ne pas y arriver, de se heurter quoi qu'il arrive à un mur, ça fait parfois du bien d'en voir d'autres moins adeptes de l'autocritique se le bouffer à pleine vitesse. Le mur. Et puis ça fait du bien d'écouter une chronique de Desproges après, pour se rappeler que derrière un misanthrope compulsif peut se cacher le plus tendre et féroce des humoristes. Faut de l'amour pour écrire comme ça. Faut de l'envie des gens, je vois pas comment ça pouvait être autrement. Faut être plus curieux qu'on ne voudrait bien l'admettre, faut regarder l'autre plus d'une-demi seconde pour réussir à le caricaturer. Pour se moquer de quelqu'un, faut quand même prendre le temps de l'aimer un peu. Pour détester complètement quelqu'un, faut quand même prendre la précaution de l'ignorer complètement.
C'est facile la haine. C'est juste la volonté farouche et inexpugnable de ne jamais, au grand jamais essayer de comprendre. C'est un effort à faire. Effort réalisable par le premier connard étronesque venu, mais quand même. J'ai détesté le Dernier Château. J'ai fait quelque chose. Et puis j'ai bu une bière. Et puis j'ai écrit.
Vous êtes fier de moi non?

J'hésite pour demain. Je commence un nouveau feuilleton ou je continue un des deux que j'ai commencé...? Demain je dois voir There Will Be Blood avec le paternel. Peut-être que je parlerai de ça plutôt, du génie de Daniel Day Lewis. Et du crissement des violons dans la Californie du début du XXe... Regardez-le si ce n'est déjà fait. Vous avez vu, on discute, c'est chouette hein?

Bon appétit.

Les pieds sur la table

Je n'ai même plus le temps de me relire. C'est dramatique. Bon ça ne change pas radicalement les choses de toutes façons.
Cette nuit je vais peut-être dormir. Cette nuit je vais peut-être rêver. Cette nuit mon rythme cardiaque va peut-être ralentir, il a été mesuré aujourd'hui, il est de 72 pulsations au repos, merci pour lui. Cette nuit ma tension artérielle va peut être diminuer. Elle est de 12,6 au repos, merci pour elle. Cette nuit je ne vais peut-être pas m'en faire. Cette nuit je ne vais peut-être pas stresser. Cette nuit je ne vais peut-être pas me détester.
Oui mais...
Oui mais si cette nuit je ne dors, pas, si cette nuit je cauchemarde, si cette nuit je fais de l’arythmie cardiaque, si cette nuit je fais de l'hypertension, si cette nuit je panique, si cette nuit je stresse, si cette nuit à cause de tout ça, je me déteste ?

Bof, tant pis, ce sera une nuit comme une autre. Une nuit sans personne. Et puis il y en aura d'autres après, je me rattraperai...

J'ai faim de vous voir.

Glace

Le reflet ment. Il n'est qu'un mirage, une information subjective que votre cerveau traite comme ça lui chante. Le reflet nargue, il asticote tous les matins. Il aveugle parfois. Le reflet est aussi utile à l'être humain que le vélo au poulpe. Tiens, en parlant de vélo, vous savez pourquoi la péninsule arabe n'est pas fan de bicyclettes ? Vous avez déjà essayé de rouler avec deux roues voilées vous ? Voilà. Le reflet ne crée rien, il répète. Le reflet ne révèle rien, il déforme. Le reflet n'apprend rien, il absorbe.
Pour le reste, ce matin, ma glace était embuée.

Sel

J'ai envie d'écrire que je suis un tocard, et j'y arrive pas ce soir. Les arguments sont pourtant nombreux. Une incapacité à travailler ce soir qui va faire que je vais devoir me taper un réveil aux aurores pour fignoler ce qui doit l'être. Une obligation de fouiller dans un passé récent moins que reluisant, où j'ai réussi en deux mois à blesser plus de gens que je ne l'ai fait en 29 ans. Une envie irrépressible d'être quelqu'un d'autre, encore. je ne suis que moi, donc.
Moi. c'est pas bien joli comme mot. Y'a plus chouette. Philanthropie, ou misanthropie, c'est pas mal. Réfractaire, ça marche bien, on sait ce que ça veut dire. Enthousiaste, je crois que j'aime bien les h après consonnes. Mirabelle aussi, et pourtant j'en déteste le goût. Mais moi... sans vraiment d'intérêt. Mois ça marche, il ne manque rien, les voyelles sont encadrées. Moi... y'a au moins une limite qui manque. C'est ça, il manque toujours quelque chose à moi. J'ai bien essayé le couple, mais je me suis planté, lamentablement. Je me suis dit que nous ce serait forcément mieux pour moi, et en fait non. Je crois d'ailleurs que moi ne peut être inclus dans nous. En tout cas pas pour le moment. Il faudrait que moi me paraisse plus accompli, plus digne de confiance.
Moi est ouvert, et rien ne le ferme. Rien ne le termine. Moi se termine sur le i, sans vraiment être fini. Il attend le mot suivant. Pas de je, surtout pas de je, Moi je, que c'est laid. Moi engloutit sans rien digérer, c'est sans doute pour ça qu'il se construit lentement. Moi commence par être malicieux, est ensuite onctueux, pour au final ne rester qu'incorrigible. Moi est souvent fatigué, par lui-même. Un moi mou. Un mou moi. Un moi mou mais mouvant. 
Moi ne veut donc pas croire qu'il est un tocard. Il va s'infliger une insomnie de plus pour ça, moi. Trou du cul, moi. 
Aller, j'y retourne, j'ai peur d'avoir un peu trop employé du moi.

Menu dominical

Vélo pour arriver au repas de Famille.
Champagne, crème de cassis. Deux verres.
Muscadet. Deux verres.
Saint-Chignan. Deux verres.
Digestif. Une langue.
Vélo pour rentrer à la maison.
Préparation de TP.
On est mal barré.

Bain-Marie tardif

Ça brûle. Ça rit. Ça s'esclaffe. Ça montre à la télé. Ça va vite. Sûrement trop. Ça brûle. Ça sourit pour la forme. Ça fait du bruit, toujours plus de bruit. Ça écœure. Ça brûle. Ça brûle. Ça  brûle. Ça brûle. Ça brûle. Ça accélère. Trop vite, beaucoup trop vite. Ça ne lit pas, surtout pas, jamais. Ça la joue facile. Ça brûle. Ça fatigue.

Les huîtres de l'Olympe de

" - Elle part de la côte...
  - Oui, je la connais cette partie-là.
  - Et alors, c'est le début de la route. Tu veux que je la raconte ? Alors commençons au commencement. Elle part de la côte, puis sillonne rapidement entre les conifères.
  - Quel type de conifères ?
  - Je ne sais pas, je suis nul en arbre. Ils ont des épines, sont hauts, je dirais 15 mètres, et les bêtes sauvages aiment à s'y reposer quand le soleil frappe l'été.
  - Quelles bêtes ?
  - Je raconte ou pas?
  - Oui, excuse-moi, mais tu me rends curieux.
  - Des phacochères, des biches, des ratons-laveurs, des opossums...
  - Hum... oui enfin...
  - Ça suffit. J'arrête.
  - Excuse-moi, je vais me retenir, et de toutes façons n'oublie pas que si tu t'arrêtes, moi aussi je m'arrête.
  - Donc des opossums aussi. Et puis, arrive une petite côte, quelques miles, un long virage sur la gauche, et le sommet du talus offre un paysage mordoré, contrefort des Appalaches.
  - Déjà ? Et ça veut dire quoi mordoré ?
  - Doré, mais en moins vivant. Et oui déjà, la route défile, ta voiture est courageuse. On aperçoit donc le vieux massif au loin. C'est pour moi la porte de sortie, le couloir vers des possibles effarants, la fin d'un long tunnel sombre. Et pour toi ?
  - Le début de la route avec toi. Et puis ?
  - Et puis on continue en contournant le colosse par le Sud. On plonge vers le midwest, effaçant tous les Rednecks, les laissant moribonds et médiocres dans notre sillage.
  - Ton père était paysan ?
  - Oui.
  - Il vit encore.
  - Je n'espère pas.
  - Pourquoi ?
  - Il ne mérite pas d'être dans notre histoire.
  - D'accord. Les champs sont beaux ?
  - Oui. Du maïs et du blé à profusion. On roule entre deux rivières d'or, le soleil levant dans les rétros, les road trains nous croisant sans ménager nos angoisses. Et puis on arrive au Mississippi. C'est beau.
  - Tu vas trop vite. On ne dort pas ? On mange quoi ?
  - Tu m'as demandé la route, pas le voyage. Je te parle de la route. Le goudron devient moins bon, on entre dans la jungle d'Amérique, celle où l'homme blanc fréquente l'homme blanc, et où tout étranger est suspect. Celle où on charge le fusil à pompe d'abord, et on discute après.
  - Tu fabules.
  - Peut-être. Et puis ... et puis tu me laisseras je crois.
  - Oui, il y a de fortes chances.
  - Et tu feras quoi ensuite ?
  - Rien sans doute. Ce qui se passe là me suffira. J'attendrai peut-être que tu reviennes.
  - À la gare ?
  - À la mi-chemin.
  - Je serai surement riche et j'aurai vécu beaucoup de choses. Je t'aurai oublié.
  - Je sais. Mais je me rappellerai à toi.
  - ... Qui es-tu ?
  - Le premier de tes créanciers.
  - Je te devais une histoire, tu l'as eue !
  - J'investis.
  - Sur moi?
  - Oui.
  - Quelle somme ?
  - Celle que tu seras obligé de me rembourser."

À suivre.

Méchouis prof

J'ai autour de moi des musiciens, des photographes, des écrivains, des illustrateurs, des dessinateurs, des metteurs en scènes, des acteurs, des scénaristes, des guitaristes, des plagistes, des RMistes, des jemenfoutistes. Enfin des gens cool quoi. 
Moi demain, je suis prof. Pour un jour ou pour toujours, j'en sais rien et c'est pas ma préoccupation première. Tout ce que je veux c'est que ça se passe bien pour eux. J'ai peur qu'ils s'ennuient, ou que ça aille trop vite, ou trop lentement. J'aimerais rentrer en cours avec ma guitare, leur chanter Pascal et De Vinci, leur susurrer Curie et Becquerel, leur godspeler Copernic et Galilée. Enfin réussir quelque chose quoi.
J'aimerai bien ne pas rater. Je préférerai être dans la position du gars qui s'en fout, qui prendra le positif quoi qu'il arrive, et puis qui verra venir. Mais je n'y arrive pas. J'aimerais que ça marche. Vraiment. Enfin. Mais je connais mes limites.
Tout ça pour vous dire qu'on va essayer, que ça changera pas la face du monde, mais peut-être du mien, que j'ai peur et hâte et peur, et que sans doute eux ont hâte et peur et hâte... Enfin on va voir. 
Sur le grill, ça sent le poil roussi. Je souffle. Ça s'éteint ? Je vous dis ça demain.

L'eau à la bouche.

Vider là-bas

C'est parti. Beaucoup de choses, sans doute trop. Je me suis endormi. Je vais y retourner. J'ai faim. 

Et pour monsieur, ce sera quoi ?

Alors pour le dernier repas, ce sera melon, œuf sur le plat salade, petit cametar et bol de muesli. Demain, c'est le ... au moins quatrième premier jour du reste d'une vie. Attendez deux secondes.


Voilà, une bière avec vous pour fêter ça. Aujourd'hui, j'ai tiré des bâches et aligné des blocs de rétension d'eau pour permettre à de futur vieux locataire de regarde pousser de l'herbe. Demain je tirerai des traits au tableau et j'alignerai les becs bunsen pour regarder pousser de futur grands cerveaux. C'est très étrange et assez déstabilisant. Mais c'est pas désagréable.
Impossible de dire si ce sera durable, ou une simple passade comme souvent avec moi, impossible de savoir si j'y arriverai bien, ou un peu. Mais là, tout de suite, c'est cool. Dans ma tête, ça ressemble à un but de Loko sur passe de Pedros. Sans que le ballon ne touche le sol.
Passons sur le fait que j'écrive au tableau comme un médecin myope et que j'ai autant de talent burette en main que Stéphane Bern balle au pied. Stéphane Bern burette à la main, a priori, ça décoiffe. Passons sur mon incapacité à tenir le crachoir sans raconter deux conneries par phrase, ou à faire preuve d'un indécrottable pessimisme apocalyptique. Au pire ça leur permettra de raconter des histoires à leurs petits-enfants au coin du feu. Ou de jeter des histoires dans le feu en racontant leurs petits-enfants. Ou de jeter leurs enfants dans des histoires en racontant le feu. Et puis ce ne sont que deux mois après tout, ça peut faire une différence pour eux comme pour moi, ou aucune, ou l'un mais pas l'autre, ou l'autre mais Alain.
Ça en fait des interrogations auxquelles il va falloir répondre. Des petits défis à relever. Des envies de science à éveiller, qui sait...

Affassoiffés de tous âges, bonsoir. (Mais purée, j'ai pas trouvé ma signature là ....?)

Fraise au court-bouillon

Je flirte avec le vague à l'âme. Je le laisse m'envahir suffisamment pour qu'il me tienne compagnie, je l'écarte quand il menace d'évoluer en dépression. Le jeu est dangereux, la limite ténue. Mais je ne crois pas qu'il vaille mieux être seul que mal accompagné. Alors il chemine à côté de moi, se tient collé à moi comme un chewing-gum à la bouche d'un physionomiste.
Il a souvent le parfum des années où l'on pouvait espérer quelque chose de moi. Cette douce senteur où rien ne semblait pouvoir me priver du Bonheur. Il me rappelle parfois cette période par des odeurs, des paysages, des sourires. Il me peint un paysage de rêve, dont les couleurs finissent par se faner, la lumière par s'estomper, d'où l'écho des rires ne semblent plus jamais pouvoir s'extirper. Puis il me nargue et attend de voir.
Ce soir il a choisi de me rappeler ce qu'est un dimanche soir. Celui de la veille de reprise, celui de la solitude angoissée, celui de la fatigue agacée. Il me laisse regarder les émissions de sport (toujours) en m'en ôtant tout le sel, se moque de mon avachissement et mon énervement devant la médiocrité télévisuelle, me laisse me métamorphoser en français très très moyen.
Il ne m'empêche pas d'écrire, mais aura tout tenté pour le faire. J'ai d'ailleurs failli céder. Il aura presque gagné : je parle de lui.
Il m'a fait boire mon rosé sans plaisir, m'a fait grignoter mon poulet sans me faire ressentir le plaisir de la peau dorée craqueler sous mes molaires, et me laisse dans une chambre obscure, m'assourdissant de ses vérités. Il me connait mieux que quiconque, et m'aime moins qu'un autre. Il est gluant et réconfortant. Il a le mérite d'être là. Moi je n'y suis pas. Je me suis peut-être perdu, je fais en tout cas tout pour me retrouver. C'est assez difficile. Il ne m'aidera pas, en tout cas pas volontairement.
Ça suffira pour ce soir. Vivement demain, que j'ai faim.

Source

Je ne vais pas parler ici de sources journalistiques, cela fait bien trop longtemps que je ne m'en suis abreuvé pour pouvoir correctement en disserter. Je parle dans le cas présent de la source d'eau, qu'elle soit pure ou polluée, qui nous permet de faire les choses. En ce qui me concerne d'écrire.
Attention, on va voyager dans le lieu-commun et le prêt à penser. Ma source, c'est, roulement de tambour...



la vie. Rien de plus rien de moins. Suffit d'être un peu observateur, sans entrer dans le voyeurisme pour trouver dans tout ce qui entoure ma carcasse, voire même dans ce qui la constitue, toutes sortes de choses à narrer. Le truc, c'est qu'en ce moment, ma carcasse, elle ne voit ni ne fait grand chose qui mérite un épanchement stellaire (cherchez-bien, vous verrez, ça existe). Je pourrais vous parler de la plage qui s'est vidée ce samedi, tant à cause des nuages que du retour à la vraie vie pour une majorité de la masse laborieuse. Je pourrais encore vous parler de nager dans la mer, de cette sensation grisante qui fait qu'à chaque coup de bras en direction du large, je sens la masse d'eau grandir sous moi, j'entends le silence plein de vie, j'angoisse de rencontres inopportunes à quelque 200 mètres du sable (téméraire, oui...) je reste fixé sur cette bouée jaune. Mais je n'aime pas retourner sur les sentiers déjà arpentés.
Le problème, c'est que j'ai beau me creuser, il n'y rien à dire. On va donc inventer. 

Je me lève ce matin, dix heures. J'effectue mes trente pompes du réveil. Puis j'enfourche le tracteur tondeuse. Je dois rafraîchir la pelouse depuis trois jours, mais je sens qu'aujourd'hui ça va le faire. Je plante la machine contre une racine, déforme le carter, et tord la lame. J'essaie de continuer quelques mètres à tondre : l'herbe n'est plus coupée, elle est carrément arrachée, raclée du sol, des mottes de terres sont expulsées de sous l'engin infernal. J'arrête donc. Je range la machine. Je mange du muesli. Je ne l'aime pas, celui aux fruits, je préfère celui tout chocolat. 
Je me lave les dents. Ma canine "suppôt de Dracula" a pris une inquiétante teinte orange. Je frotte un peu plus fort à m'en faire saigner les gencives. L'orange est parti, et j'ai très mal à l'ensemble de la bouche. Mais je suis satisfait. Je pars courir un peu. Je n'avance pas. Je fais trois bornes et je suis cuit. J'exerce mon shoot sur le panier de basket de la cours bitumée. Je prends une douche, chaude. Je mange mon steak et mes patates. Je prends mon vélo et vais à la plage. Je lis, un peu. Je nage, beaucoup. Je me délecte des jolis corps bronzés de fin d'été, pas mal. Je relis, un peu. Alexandre Vialatte est très drôle.
Je suis sec. Je rentre en écoutant le foot via mon téléphone portable. Je regarde le foot une fois arrivé. Paris est une équipe qui gagne sans me procurer aucune sensation. Elle est dans l'air du temps. Je mange une pizza. Je fais mes tentes pompes du soir. Je prends une douche, tiède. Je regarde le foot. Nantes est une équipe qui fait des matchs nul sans aucune émotion. Je me déteste d'aimer à ce point le foot. Je cherche quoi dire dans mon blog. J'écris dans mon blog. Je regarde le basket. J'aime bien le basket, mais c'est un peu répétitif. Je contrôle les offres d'emploi. Je me demande ce que seront les trente prochaines années de ma vie. Je regrette de lui avoir brisé le cœur, je me sens minable. J'espère qu'elle va mieux. Je me couche. Demain sera un autre jour.

C'est mon meilleur billet. Toute ressemblance avec un affamé notoire n'est que le fruit d'un hasard taquin. 

Désolé j'ai pas eu le temps

J'étais occupé à monnayer ma progéniture à venir. Faut bien manger. C'est que j'ai entendu aux infos que contre un gamin, tu peux avoir une BMW et une caravane, et en plus un peu de liquide. Tu penses que pour un gars comme moi, un peu dans la panade financièrement, ça a fait tilt. Alors du coup, comme on est dans une période où l'investisseur se fait rare, mais généreux quand il trouve un projet à son goût, je me suis dit que j'allais envoyer le paquet.
Bon d'abord le patrimoine génétique parle de lui-même : de la consanguinité sur quinze génération, du pur race, le futur à venir sera forcément fait pour les concours. Normalement bien élevé et poli (mais là, j'ai envie de dire, ça tiendra quand même beaucoup de d'investisseur), il tiendra de sa mère dans la recherche de la perfection et la pugnacité. Oui, moi se sera plutôt le côté bon vivant, sympathique, pas trop laid. C'est déjà pas mal.
Je me suis déjà renseigné du côté de l'argus du nouveau-né. Si je me rate pas au niveau de l'aide-génitrice (certains disent maman) on peut taper dans la moyenne gamme, avec option bonne vue et pas de maladie génétique ni cardiaque. Après, les malfaçons, on peut jamais prévoir, le coup du vice caché, c'est un peu en fonction du concessionnaire (certains disent maternité). Alors oui, vous me direz que y'a quand même un hic dans mon plan, pas encore de partenaire féminin pour mon biz. Alors déjà, grâce aux progrès scientifiques, moyennant un billet d'avion en prenant soin de bien choisir la destination, et quelques pots de vins, en dix mois, je peux l'avoir mon produit, grâce à une aide-génitrice d'occasion. Bon, le truc, c'est que j'aurais peut-être pas toutes les certifications. Et sans tous les papiers, forcément, le prix de vente baisse.
Donc va falloir trouver la perle rare. Mais grâce aux technologies modernes, suffit d'aller sur un bon site d'occasion, style AttractiveWorld (pour le consommateur exigeant), AdopteUnMec (pour la troisième main), ou Meetic (moyenne gamme, tout venant je dirais) ; tu peux même préciser les spécifications de l'aide-génitrice souhaitée : le kilométrage, les options, les airbags, tout ça... Non vraiment, on pleure "la crise, la crise", mais pour le gars un peu malin et débrouillard, y'a de quoi faire.
Donc si je fais valoir l'ensemble de ces arguments de vente, et s'il est blond aux yeux bleus (on dit les nazis, les nazis, mais eux ils avaient le sens de l'esthétique et du commerce), je peux m'en tirer plutôt très bien. Mon rêve, ce serait de pouvoir m'offrir avec la vente, un break, un labrador, une planche à voile et un mobil home (l'autre, la caravane quoi, petit joueur...). Pour quand j'aurais une famille. C'est vrai quoi, tous ces gens qui font des gosses sans avoir les moyens de les élever, moi ça me dégoutte. J'ai envie de leur donner une chance moi aux miens si j'en ai. Donc ça me semble plutôt raisonnable. Ha, un labrador...
Et puis quelle que soit la manière, faut faire bouillir la marmite, non ? Enfin bref, j'y retourne, j'ai une première enchère qui vient de tomber.



Qu'importe la faim, pourvu qu'on ait les moyens.

J'aime pas les omelettes

"Il mange de tout." Mais qu'elle est con cette phrase. "Il mange de tout." Tu lui sers un pneu, oui oui, il le mange. Une pomme truffée de vers ? Il la mange. Pire, un repas cuisiné par moi (tout type d'ingrédient et de recette, ça ne manque jamais). Il le mange !!! Bah oui il mange de tout.
C'est comme dans ses loisirs : il lit de tout, il écoute de tout, il regarde de tout, en sport il fait de tout. Moi je ne mange pas de tout. Les omelettes je trouve ça fade, surtout quand tu ne les garnis pas. C'est pas bon. Le melon je trouve ça ennuyeux et prétentieux (ce orange... il y a des limites au mauvais goût), et en plus mes poils de barbes finissent toujours tous collés contre mes lèvres, du coup mon hygiène déjà défaillante s'en trouve encore diminuée. Les artichauts n'ont aucun intérêt, si ce n'est de nous faire perdre notre temps à trouver ce qui est comestible dans le drôle de légume. La côte de blette... Déjà la blette est une plante, j'ai jamais réussi à distinguer où se situait sa cage thoracique. Ensuite... ensuite c'est pas bon !!! Le fenouil, idem, sans intérêt, au suivant !!!
Au bout d'un moment pourquoi il faudrait vouloir "manger de tout?" Non, je dis non. J'aime la bonne grosse patate, je m'en boufferais en purée, en gratin, en chips, en frittes à m'en faire péter la panse. Le choux de Bruxelles, bien que rappelant par son odeur notre défunte fosse-septique, laisse en bouche un souvenir délicat et subtil à faire arrêter d'uriner le Manneken Pis. Le crabe, l'araignée de mer, la sole ou le bar font à chaque bouchée qu'ils m'offrent perler une larme de joie le long de mes joues grêlées et grasses.
Sachons faire des choix que diable. "Oui mais bien cuisiné, tout est comestible" me direz-vous. Déjà, comestible, ce n'est pas suffisant. Le bon sacrebleu, cultivons le bon. Ensuite je vous répondrais qu’enterrer un aliment sous une montagne d'épices, de marinades, de sauces, de jus, de condiments ou de crèmes en tout genre ne rime finalement pas à grand chose. La langue de bœuf est aussi délicieuse avec sa sauce madère que nature, le thon est aussi oubliable et sec, seul et nu, qu'avec un coulis de tomate.
Non, ne mangez pas de tout. Sachez choisir, sachez être vous-même en face de vos convives, de votre moitié, de vos enfants, de votre compagnon de cellule (qui peut d'ailleurs être votre enfant), et dites clairement "je ne boufferais pas ta ratatouille bouillante et insipide, ce soir, c'est canard à l'orange. Et fait péter le champagne, ras le bol de ce picrate innommable." Voilà, assumez !!!
Je crois que ça vous fera assez à intégrer pour ce soir. Je n'ai rien de plus à dire, de surcroît.





Croquer la vie à pleines dents

Mais ça, ce n'est pas possible avant d'avoir du Stéradent et un solide râtelier. Et oui, pour le moment bande de jeunes, avec vos chicots naturels, mais pourris, vous ne pouvez que bouffer votre bâton de merde un petit plus tous les jours, avant de pouvoir donc goûter aux joies de la céramique. Et oui, rien ne vaut d'être retraité. Passons.
Aujourd'hui c'est la crise. LA CRISE !!! Les chouettes crient à la mort, les chiens hululent, la caravane passe, la charrue avance le bœuf, et les points sur l'été. Ou les barres sur les i. Tout fout le camp, le soleil refuse de faire bronzer les pauvres, alors il pleut. Les riches refusent de financer les pauvres, alors ils s'évadent. Les pauvres refusent d'être pauvres, alors ils n'existent plus. La classe moyenne explose, alors plus de petite section. Fini les coloriages et les siestes. On n'en sort plus, et on finit par tous y entrer.
Ça tombe bien, il y a toujours de la place dans un trou. Le premier à y mettre le pied fait "aie" quand il a fini de tomber et qu'il touche le sol, puis il se replaint (salaud de pauvre) quand le second lui tombe dessus, et ainsi de suite. Il se met ensuite à creuser avec les dents, puisqu'il a les mains prises par la pyramide humaine conséquemment créée. Où l'on se retrouve donc avec l'intérêt d'avoir de la céramique entre les mâchoires.
Bilan de cette démonstration, vaudrait mieux que le premier à avoir foutu le pied dans le trou soit un retraité. Le problème, c'est que le retraité, il est retraité. Donc il peut juste gagner la course de "qui sera le premier à bouffer les pissenlits par la racine ? " (présenté par Tex), et encore, y'aura surement un sprinter en déambulateur qui lui grillera la politesse.
Mais du coup, au fond du trou, c'est pas lui. C'est un type avec les chicots pourris. Impossible de creuser avec les chicots pourris, tu te niques l'émaille. Du coup tu peux pas tricoter non plus, ce qui pose un problème pour les layettes. Les nouveaux-nés en pâtissent aussi, un merdier je vous dis... En tout cas tu peux pas arriver à pied par la Chine. Enfin t'y arriveras jamais à dents. Du coup, tu rattrapes pas ton retard technologique...
Sauf si le premier dans le trou a pris soin d'appliquer consciencieusement de l'émail diamant, la magie du blanc tous les soirs sur ses quenottes. Là, oui, on va peut-être y arriver. Au pire on finit en Inde. Et l'Inde, on le sait, sous-paye ses ingénieurs le jour pour leur faire coudre des ballons de footbag la nuit. Donc on devrait pouvoir leur voler leur savoir-faire pendant leur micro-sieste matinale. Et la, pof, non content d'avoir creusé, le premier pique les plans, les transmet au second, et ainsi de suite... et finit la crise ! On s'en sort, on vend des Rafales, on rachète le Qatar, on construit des immeubles en Russie pour les revendre au Japon, on s'immole par le feu pour réduire le tourisme népalais et tunisien à néant, on installe un dictateur aux Etats-Unis pour leur montrer ce qu'est un vrai pays libre, on construit enfin un mausolée à VGE, et hop, victoire totale et domination du monde. Bon par contre, le premier sera le dernier. A savoir qu'on a gagné je veux dire. Il sera peut-être arrivé au Vanuatu d'ici à ce que l'information lui parvienne. Et les Vanuatu, question technologie, mis à part se coincer le machin dans de la liane tressée, ça va pas bien loin....
Quand on pense que tout ça, ça dépend juste de notre hygiène dentaire... Je ne vais pas dénoncer le travail des journalistes, ça me ferait sans doute passer pour un aigri, mais quand même, pas être capable de faire ce lien direct dans un papier, quel que soit le canard... Même Valeurs Actuelles ou Point de vue Images du monde n'a pas réussi à faire ce travail de fond. C'est quand même bien la preuve que les journaleux, c'est bien juste corporatisme et baisouillage à Mikonos. Quand faut dire les choses, comme par hasard y'a plus personne. Aucun courage...
Enfin pour moi ce soir c'est double dose de Sanogyl, puis d'Elmex et de Signal. Parce que je sais pas si je serai le premier, mais en tout cas, j'en serai pas loin, et comme je suis pas un rat, s'il a besoin de mes dents, le premier, bah je lui filerais. Et oué, on n'est pas tous des putes.

Au final, si c'est bien un bâton de merde qu'il faut bouffer, ce qui est sûr, c'est qui si on s'y met à plusieurs, on arrivera plus vite au bout en en ayant moins chacun à béqueter. Après on peut aussi considérer que le voisin peut tout grailler pour nous. C'est simplement une question gastronomique. Une question de gastro quoi. Une question de merde en fait.

Les rouges et le noir

Il est resté dans l'ombre pendant un petit moment, sa couleur de peau le rendant invisible. Il espérait quitter les champs de coton, ou les petits appentis des maisons de grands propriétaires. Il voulait suivre la voie de James Meredith ou Marcus Garvey. Contrairement à ce que ses compatriotes de type caucasien pouvaient penser, il ne jouait pas bien de la musique ni ne savait remuer des hanches en rythme. Il n'était pas non plus particulièrement doué en sport, pas forcément plus puissant ni rapide que les autres. Il ne voulait d'ailleurs pas être exceptionnel, il voulait juste être normal, et qu'on le traite comme tel.
Il ne vivait pas vraiment dans la peur, il s'était fait aux brimades et insultes. Il se sentait même parfois comme l'animal qu'ils auraient voulu qu'il soit. Il s'en voulait quand ça arrivait, quand son cerveau se mettait en sommeil et qu'il agissait comme mû d'une volonté autre que la sienne, comme si l'instinct le dévorait, l'engloutissait et ne laissait de son esprit que des traces infimes. Ils y arrivaient presque, les salauds, à lui faire croire qu'il n'était rien que ça, un animal. Mais il savait maintenant qu'il avait une conscience, des envies, une intégrité.
Une fois seulement il avait eu peur, quand les cagoulés de Philadelphia, Mississippi, s'étaient pris d'une frénésie de pendaison. Il avait eu de la chance, il était passé entre les gouttes. Un des cagoulés l'avaient pourtant rattrapé, dans la rue, lors d'une soirée de rafle. Il l'avait reconnu, lui avait sifflé " t'as de la chance, je t'aime bien", avait lâché son avant-bras qu'il agrippait jusque-là, puis avait fondu sur un autre innocent qui ne serait pas aussi chanceux. Cinq de ses amis avaient ainsi péri, en deux ans. Il avait trente ans, se sentait vieux.
Mais il était maintenant dans l'ombre. Une autre couleur était devenue l'ennemi. Les blancs avaient décidé de faire la guerre aux blancs. On cherchait les rouges. Un gros politicien, sénateur semblait-il, à la mine aussi aimable que celle d'un bouledogue neurasthénique avait déclaré que si on ne l'éradiquait pas, la peste rouge détruirait le beau modèle américain... Le beau modèle américain, cette blague. Il pouvait en parler du rêve américain. Il pouvait en parler mais personne ne semblait enclin à l'écouter. Alors il se taisait. Et observait.
Le bouledogue rasait gratis. Des dénonciations, des condamnations, des grillades en public, l’Amérique semblait rongée par une gigantesque meute de rats communistes. Le nègre avait cédé la place au coco. Pour un temps certes. Et puis cédé la place, il fallait quand même vite le dire. En général, le bouledogue pensait que si tu étais blanc et ami avec des noirs, tu développais là le premier signe de rougeole. Manquait plus que tu sois pédé, et donc déviant sexuel, et alors là, plus aucun doute, c'était le passage par le siège de fer.
Intéressant d'ailleurs de se dire que de son côté, Jojo le Georgien autrement appelé le maniaque de la purge, chantre du communisme mondial, n'appréciait pas plus que ça et les noirs et les tarlouzes. Comme quoi si le bouledogue et le moustachu avaient pu discuter ensemble, ils se seraient certainement trouvé nombre de points communs, après s'être vomis mutuellement dessus bien entendu. Frères ennemis dans la haine.
Ainsi donc il pensait avoir sa période de répit. Et puis le bouledogue s'était attaqué à l'armée et à ses héros de guerre, et avait été broyé, transformé en chien à mémé inoffensif, non sans avoir brisé de nombreux destins.
Alors la haine avait du trouver un nouveau défouloir, et le noir devenu presque commun redevenait la cible colorée la plus visible. Et il en avait eu marre. Il avait commencé à parler, de plus en plus fort, de plus en plus longtemps, de plus en plus fervemment. Et ils avaient commencé à l'écouter. Les siens d'abord, puis les autres, tous les autres. Un quartier, une ville, un état, un pays, un continent, le monde. Il ne se cachait plus, et devenait grand, toujours plus grand. Il ne nourrissait pas cette grandeur, ne la cherchait pas, il ne s'abreuvait que de certitudes, de compassion, de sagesse et de détermination. Il en mourrait d'ailleurs. Mais n'en serait que plus vivant.
Car dès lors tous s'abreuveraient de son destin, ses ennemis, pour mieux le combattre, ses disciples, pour mieux le perpétuer.
Ainsi s’entremêleraient les rouges et le noir. Ainsi se réveillerait une faim nouvelle. Ainsi les libérateurs prendraient-il conscience de leurs propres prisons.

Ainsi pourraient-ils tous avoir faim.

Service continu de

Après de longs ébats de 5 minutes 32 secondes, elle s'endormit. Je restais pour ma part circonspect, assis sur le bord droit du lit, elle langoureusement étendue dans la diagonale du matelas, emmitouflée dans sa couverture en poil d'Uranus. Les récents événements m'envoyaient valser comme un derviche tourneur sur une fraiseuse numérique. Et je trouvai le comportement de Franck plus que discourtois. Après tout, si la liberté de chacun s'arrête là où commence celle de chacune, et vices et vertus, ma dégoûtante n'avait-elle pas le droit inaliénable d'encenser le cétacé? Quel était son prénom d'ailleurs, à cette femme qui gisait là, à mes fesses? Et d'où venait donc cette odeur de pied ?
Je crus d'abord qu'elle provenait de moi. Pas la femme, l'odeur. Mais non, j'avais bien mis mes chaussettes inolfactives, et appliqué en me levant ma crème hydratante à l'extrait de chausson Exxon, parce que tout ce qui vient du cœur de la terre saura vous faire garder les pieds au sol, et au sec. J'appréciais beaucoup cette publicité du reste, et m'en chantait souvent l'air lorsque je me promenais sur les bords du lac d'acide Erpo IV.
Mais cette odeur de pieds, cela pouvait-il... Non tout de même, comme l'homme fait caca, la femme sent la rose. Ou peut-être naît-elle dans la rose, et l'homme dans le tunnel sous la manche (également appelé aisselle)... J'essayais de ne pas trop m'absorber dans ces raisonnements tout autant connexes que complexes, pour approcher mon nez des pieds de ma conquête. Rien, j'en étais presque déçu de cette neutralité nasale que je ressentais à la proximité des plantes de ma truc. Je chassais donc, cloison au vent, la source de cette puanteur mirifique.
Elle m'attirait hors de la chambre décagonale ; toujours pas la femme, mais l'odeur. Je passai donc le saut à la perche et le 800 mètres pour aboutir dans un superbe stand de tir à la carpe qui m'horrifia. Deux plantes carnivores tenaient en pétales des brumisateurs de lave-vitre et en aspergeaient équilatéralement tout volatile marin qui échappait au contrôle d'un bocal ogival au centre duquel étaient planté lesdits végétaux, l'eau leur montant jusqu'à mi-cheville. La carpe ainsi abattue en plein vol était immédiatement frappé de cécité et récitait l'alphabet alternativement en grec et latin anciens, avant d'effectuer une manœuvre de recul sans prendre soin d'émettre le bip-bip de rigueur.
Ce spectacle atroce me hante encore aujourd'hui. Le sang chaud me montant à la tête me fit pousser un cri de froid. Je devinai en découvrant cette installation que le pauvre Franck s'était mépris au sujet de ma vulgaire : elle était encore pire que ce qu'il avait subodoré, cette installation témoignant d'un irrespect complet du protocole de Senard-Moissy sur l'interdiction d'encouragement fait aux plantes carnivores d'aiguiser leurs penchants les plus carpophobes,  tout en violant également, sans amour aucun, l'article six des accords de Saint-Michel Chef-Chef dictant que tout acte d'amour ne peut être suivi d'une observation de tir à la carpe,et mangez des galettes.
Je me sentais pris au piège.
Croquant un œil de caméra, la vicieuse se dévoila alors à mes yeux, sortant de derrière un rideau chamarré ; puis ayant avalé sa friandise, d'un regard électronique, elle me glissa ces mots qui raisonnent toujours en moi : "Dans le cul Lulu."
Pris de spasmophilie, je mangeai une pomme et appelait un ami. J'étais à sa de rien.
Et bon dieu, d'où venait cette odeur ?

(Surement à suivre si les précipitations le permettent)

De cuir et d'eau.

Ses yeux sont fixes. Ses paupières ne se ferment jamais. Il reste concentré sur sa cible. Concentré n'est même pas le mot ; la concentration sous-entend l'effort. Lui laisse parler sa nature. Sa peau n'est pas grêlée, mais pas lisse non plus. Elle rappelle le cuir tanné, souple et solide. Il sait lui faire prendre toutes les formes, mais n'aime jamais tant que lui donner cet aspect d'impassibilité de statue.
Il ne connait que la soif de vengeance, et la faim de destruction. Pas une destruction complète et aveugle, mais une frappe chirurgicale, qui ne laisse ni témoin ni prise au hasard. Et pourtant, derrière cette passionnelle déraison, il est la sérénité même. Plus aucune question ne traverse son esprit, plus aucun doute ne le taraude. Son cœur bat au rythme des secondes, ni plus lentement, ni plus vite. Rien n'a plus de prise sur lui.
Ni le son d'un harmonica, ni le corps spectaculaire de Claudia Cardinale. Il vit pour tuer, pour le tuer. Il finira par le faire. Puis...


Il ne respire que par l'hédonisme, ne passe aucun millième de seconde sans jouir de ce qu'il rencontre. Il en fait des mots, des mélodies, des hymnes. Il boit ce qu'il chante, chante ce qu'il boit, mange ce qu'il hurle, et vomit le reste. Il s'entoure d'amis pour mieux les détester, s'entoure de femmes pour mieux les séduire, se détourne du monde pour mieux le baiser. Il escroque avec élégance, distille parfois le vrai pour prêcher tout le temps le faux. Il est l'attrape-gogo ultime, le plumeur de pigeon virtuose, le crève la dalle à la panse trop pleine. Il envoûtera son dernier public, puis...

Ils rempliront leur mission. Puis leur faim disparaîtra, et eux avec.

Les huîtres de l'Olympe

"Je ne reviendrai pas." C'est tout ce qu'il lui avait dit. Il avait pris un sac de toile, y avait rangé deux livres, la bible et Jack London, deux paires de jeans, des souliers de rechange, et une chemise. Il ne s'était pas retourné, avait pris le sac sous son bras droit, avait ouvert puis refermé la porte de son bras gauche. Il n'avait pas entendu ses sanglots ; elle n'en avait pas produit, en femme pléonastique, elle s'attendait à l’inéluctable. Elle s'était préparé à être dévastée, et à devoir se reconstruire. Premier cliquetis de la serrure, ouverture de la porte, elle sent son cœur s'arrêter, elle meurt. Deuxième cliquetis de la serrure, pas sur les marches du perron, premier battement du reste de sa vie, elle va se remettre à vivre. Doucement d'abord, mais elle va y arriver.
Lui part dans le brouillard nauséabond d'une ville de l'est qui découvre l'industrialisation, mais qui n'oublie pourtant pas de laisser le long de la route nombre des rêveurs d'autrefois. Lui a décidé de ne plus rêver. Il veut maintenant faire, et va ainsi engloutir l'ensemble de ses deniers pour traverser le pays. Il s'en fiche, ses économies ne sont rien, un bien faible investissement au regard de ce qu'il gagnera. Il le sait, il trouvera. Il n'est pas encore fait pour mourir de faim, mendier sa vie chaque jour que Dieu fait. Il n'a pas encore envie de diluer son quotidien dans des doses toujours plus énormes de whisky. Il n'est pas encore vieux, sans être tout à fait jeune. Il est décidé.
Il ne connaît pas encore les étapes qui verront son passage. Ouest, direction ouest, il va suivre la course du soleil. Il commence par une gare. Il interroge, se fait expliquer les tarifs, comprends que ses économies ne serviront à rien, qu'elles lui permettraient tout juste de franchir un tiers de la distance en train. Il lui faudrait alors s'arrêter, retravailler de quoi gagner la fin de son périple. Il ne veut pas de ça, il a décidé que ce qu'il avait en poche était suffisant pour recommencer là-bas, à l'Ouest extrême. Plus de contretemps. Plus d'hésitation coupable et de procrastination ; de l'action, des solutions : de l'instinct.
Un homme l'observe déambuler dans le hall, entre les familles richement couvertes de toutes sortes de fourrures afin de braver le climat rigoureux de saison. Afin de paraître, également. Tu es ce que tu montres. Lui montre donc qu'il est à la limite de la banqueroute : veston limé, chaussure déchirées sur l'intérieur des pieds, jean solide mais déjà bien utilisé. L'homme s'avance vers lui et lui demande où il veut aller. Il lui réponds l'Ouest. L'homme sourit. Il lui dit que le train va à l'Ouest. Lui répond que si l'homme est venu le trouver, c'est qu'il a compris que le train était trop cher et que, peut-être, l'homme avait une solution pour un humble voyageur comme lui. L'homme sourit encore et lui dit qu'il a peut-être une idée. Il le roulera jusqu'à la moitié du chemin, quatre jours de route. Lui demande le prix d'une telle course. L'homme lui réponds qu'il lui faudra juste avoir de la conversation. Lui prévient qu'il est plutôt du genre taiseux. L'homme lui dit qu'il devra alors écouter. La solution semble bonne.
L'homme l'emmène sur le parking de la gare.
"- La voilà.
- Rustique.
- Oui mais solide, et je la connais par cœur, impossible qu'une panne ne nous empêche d'avancer trop longtemps.
- Confortable ?
- Non. C'est pour ça qu'il faut parler pour faire passer le temps.
- Tu fais ça avec tout le monde.
- Non. Seulement quand j'ai besoin de parler, ou d'écouter.
- Et là tu as besoin duquel des deux ?
- Ecouter." Ils montent.
"- Raconte moi ton histoire.
- Aujourd'hui j'ai quitté ma femme et je pars vers l'Ouest. Fin de l'histoire.
- C'est une belle histoire. Assez commune par les temps qui courent, mais belle. Ne te méprends pas, je suis sûr que ta femme est triste et je compatis à sa douleur. Mais c'est toi qui est dans ma voiture, et j'aime les gens fou et courageux. Tu es plus fou ou plus courageux ?
- Je n'en sais rien.
- Alors on va essayer de le savoir d'ici à ce que l'on se quitte. Tu sais lire une carte ?
- Oui, pourquoi ?
- Je ne suis jamais parti vers l'Ouest. J'ai fait le Nord et le Sud, j'ai même traversé le grand océan, mais jamais je ne suis parti par l'Ouest. Je ne connais pas.
- Suis le soleil.
- Il va se coucher. Tu veux l'attendre ?
- Non.
- Donc lis-moi la carte.
- Hé bien... si j'en crois les panneaux, tu devrais prendre à gauche.
- Non, je ne te demande pas de m'indiquer la route. Je veux que tu me lises la carte.
- .... Je ne comprends pas.
- Tu vois la route à prendre ?
- Oui.
- Tu vois les noms des contés et patelins à traverser ?
- Oui.
- Tu les connais tous ces coins-là ?
- Non.
- Dommage, il te faudra inventer. Même pas dommage... tu me liras le trajet et on verra si tu te trompes. Si tu me décris mal un village, une colline, un désert, tu prends le volant. Et puis si je me trompe à mon tour, on échangera encore de position.
- Je ne sais pas conduire.
- Tu apprendras, c'est le moment. Ou peut-être pas, peut-être auras-tu tout juste.
- Oui, peut-être. Quelle est ton histoire?
- J'ai rencontré un homme et je l'emmène vers son rêve.
- C'est une belle histoire.
- Oui, je trouve aussi. Mais ne perdons pas de temps. Lis-moi la route."

À suivre.

Passe plat

Demain, ce sera la vingt-et-unième itération que mon esprit malade et pourtant pertinemment maussade produira en ces lieux. Cela signifiera, conjointement de part mon indécrottable indolence et grâce à l'architecture de ce fabuleux générateur d'inutilité portant le nom de Blogger (la machine permettant de créer le blog, pas l'éternelle prépuberte qui sommeille en nous, ne se réveillant seulement que pour nous souffler à l'oreille l'intérêt de donner notre avis sur tout et tous dans un exercice souvent quotidien de la futilité) que mon manifeste (comme c'est pompeux, mais pas autant qu'un pistolet à Carrefour) initial intitulé, comme mon blog, Soif et Faim, disparaîtra de la colonne de droite affichant le titre de chacun de mes délires quotidiens.
Que cela n'empêche pas tout ceux d'entre vous, et je les sais nombreux, qui n'auraient pas posé leurs yeux sur ces quelques lignes de départ de le faire. Posez les yeux sur ces quelques lignes de départ.

Sinon je brûle aujourd'hui d'un feu intense, vorace, flamboyant qu'on appelle coup de soleil sur la nuque. J'ai essayé d'y faire cuire un œuf, pour voir. Maintenant j'ai chaud, et j'ai du blanc d’œuf gluant dans les poils du dos. Oui j'ai des poils sur le dos, ça me permet de mieux dissiper la chaleur interne des mes organes par la production le long de cette soie courant le long de ma colonne de petites gouttelettes d'eau appelées sueur. La sueur, comme le pet, le rot ou encore un disque de Christophe Maé, ce n'est pas sale, c'est la nature, ça arrive.


Je déconne, rien ne justifie un disque de Christophe Maé. Ce soir je ne suis pas bon mais je n'ai pas l'impression de pouvoir faire plus. Vous vous contenterez de ça. De tout façon c'est le week-end, vous êtes tous à vous pitancher la trognasse ou à regarder l'écho des lois sur la chaîne Parlementaire. Ou les deux à la fois à faire un picolo-commission d'enquête parlementaire. Je le vois dans votre œil torve (j'échapperais à aucun lieu commun de l'écriture) et avide de voyeurisme législatif. Citoyens va.

Aller, un Etorki et au lit. Oui je fais de la pub. Les basques réussissant aussi bien le fromage que les attentats pour des raisons oubliées de tous si ce n'est d'eux, je ne vois pas pourquoi je me priverais.



Sur le pouce

Non mais vous le croirez, vous le croirez pas, je m'endormais sans rien avoir produit. C'est pas méprisable ça, monsieur, madame, mademoiselle (ah flûte, ça se dit plus) !!! Vous remarquerez mon sens équilatéral de la galanterie.
Soyez indulgents pour ce billet-ci, la syntaxe autant que la grammaire autant que l'orthographe autant que la rhétorique autant que la dialectique autant que la systématique autant que l'alambic risquent d'être forts approximatifs (et oui, un seul mot de genre masculin, et pof, c'est le tout qui prend une paire de couille. Allez me parler de progrès sociétal après (du reste je m'en fous)). (Notez l'habile stratagème qui fait que vous ne vous attendez pas, du coup, à grand-chose, et qui me permet de vous surprendre à chacune des lignes suivantes par la verve de mon esprit et l'agilité de mes mots.)
Ça doit se sentir, du moins moi je le sens, je regarde beaucoup Desproges en ce moment. Et ça me désole. Surtout pour les commentaires placés sous les vidéos. Vous me direz "quand tu regardes Desproges, quel est le but de faire défiler la page et l'intérêt de la chose vers le bas en regardant Moralisateur34 dire à Libertaire85300Soullans "Non mais Desproges il est vraiment mieux que Dieudonné", point d'interrogation ? Vous aurez du reste raison, c'est une des petites manies qui me polluent le quotidien, comme de ne pas vouloir gâcher le papier toilette au risque d'une irritation anale des plus disgracieuse lors de mes observations des éclipses lunaires. Mais pour avoir de bonnes manies, il faut en avoir de mauvaises.
Ainsi donc je mange du Desproges. Ça me rend plus aigre. On n'en est même plus au vinaigre là, c'est quasiment de l'acide nitrique. Je dissous rien que par la pensée. Et dix sous c'est pas cher. C'est pas donné non plus. Ça reste dans la moyenne.
Je ne devrais plus aller à la plage non plus. Quand j'observe cet agglutinement de familles ébahies par le moindre grain de sable et la première mouette qui chie, qui s'ébaubit devant la plus petite écume qui leur souille les pieds, quand ils s'esclaffent de se ramasser lamentablement leurs longs et pathétiques faciès sur le sable après avoir raté cette petite balle orange, jaune ou verte fluo dont la fabrication aura permis à une famille philippine de faire d'une pierre deux coups, vivre un mois de plus en mangeant une portion de riz supplémentaire, et choper un cancer de la tyroïde (oui, toute la famille), balle emblématique d'un sport dont le nom se traduirait par balle de la pute, ou balle pute, ou pute balle, quand ils mangent leurs sandwichs gras et dégoulinant de cholestérol et de produits bons marchés, quand ils s'intellectualisent de sudoku, de mots croisés entrecoupés d'horoscopes d'une des courtisanes d'un défunt président, ou pire de biographie de Christophe Maé (128 pages, taille de police 26, Arial, édition du cherche midi à Mouscron), quand je pense à ce que ces enfants pourraient faire de mieux que de me hurler dans les oreilles ou de m’ensevelir de sable dans leurs courses effrénées et sans but, quand je pense aux nombres de barquettes de frites qui n'ont rien demandé, et qu'on va sacrifier sur l'autel d'une société de consommation toujours plus inconsciente d'elle-même et de son incapacité à freiner cette globalisation dérégulée et mortifère, amenant en cela nos générations futures à devoir choisir entre la carpe et le goujon, et bien oui, moi je vous dis, la plage, je ne devrais plus jamais y retourner.

Donc c'est dit, demain, la plage, c'est comme le nutella dans le nesquik au petit-déjeuner, j'arrête.

Carpaccio

Si ce qu'on fait est ce que l'on est, je ne suis pas grand chose. Mais ce n'est pas grave, ce n'est qu'un état stationnaire entre le début et la fin. Ça finira par venir, j'espère être trop malin pour que l'on puisse envisager une autre issue.
Demain je recommence à travailler, du moins je refais une vraie journée de travail. Ça fait plus d'un an et demi que ça ne m'était pas arrivé. C'est long un an et demi, mais pas tant que ça. (Là je viens par inadvertance de basculer mon clavier d'AZERTY en QWERTY et ça fait dix minutes que je lutte pour trouver comment revenir à la normale. Si ça vous arrive, pas de panique, Maj + AltGr et c'est réparé. Tout ça pour dire que ça va être encore plus décousu que d'habitude.)
Quand on essaie de se rappeler d'une année et demi, ça revient par flashs, c'est très épart et pas forcément chronologique. Moi c'est d'abord les pires moments qui reviennent, question sans doute de conjoncture. Puis l'agréable arrive et clôture l'aventure psychique. C'est bien de finir par le bon. C'est un peu ce que je me souhaite pour être honnête. J'espère tenir le bon bout, on verra.
Pour revenir à demain, je suis en train, petit à petit, de prendre conscience que si je veux continuer à faire ce que j'aime, écrire (oui j'aime ça, j'adore même, vous n'avez pas fini d'en chier), va ptet falloir se caler un bout de pain entre les chicots de temps à autres. J'ai l'air intelligent comme ça, mais j'intègre les plus élémentaires des choses très, très, très, très, très, très, très, très, très, très, très, très, très, très lentement. C'est agaçant à la longue.
D'ailleurs j'ai pas l'air intelligent, même de façade. J'ai pas l'air du tout. Quand je dis "j'ai pas l'air du tout", c'est pour dire que j'ai pas l'air quoi, ni climatisé, ni intelligent, ni rien. Pas l'air du tout. J'ai l'odeur par contre. Trop de poils, c'est génétique il parait. Et comme j'aime me faire suer en ce moment, faute de mieux, ça n'arrange rien à l'affaire. Il n'y a pas de c à suer.
Ah, je voulais vous parler de ça aussi. Nager c'est beau. C'est silencieux, c'est fatiguant, c'est solitaire, ça donne un goût de sel dans la bouche (oui, je nage dans l'océan moi madame), et ça donne l'impression de faire corps avec quelques choses. Peut-être avec le décor des vacanciers qui, pendant quelques secondes, te suivent des yeux. Ou avec le pipi des mêmes vacanciers qui te réchauffe par saccades. Ou avec la mer, pour faire un peu barbelivienesque. Enfin ça fait du bien de sentir ses épaules lourdes en sortant de l'eau, et de regarder son bide en se disant que pour cette fois, c'est pas le gras qui gagnera.
C'est ce qu'on fait qui définit ce que l'on est. Je suis nageur, écrivain et intérimaire. Pour le moment.


Ah oui. Et affamé. Pas soiffard ce soir, j'ai essayé de me donner du courage et le sommeil.