Portion pour une personne

La solitude se mérite. Elle est le fruit d'une synthèse complète, d'une chasse sans relâche à la sympathie, d'une traque infaillible du sourire, d'une éradication totale de la bonne humeur et d'un soucis constant de la méchanceté. La solitude est un bienfait lorsqu'elle est provoquée. Elle permet la purification des turpitudes de ce monde. Finies les tentations, finie l'envie de plaire, finie l'incessante impression d'inachevé.
Je m'enfonce toujours plus loin dans ma grotte. La lumière du jour n'est plus qu'un lointain souvenir, ne restent plus que la lueur indécise de quelques torches, et les reflets inquisiteurs des yeux des chauves-souris, la nuit. Les sons ne sont plus que des hurlements, ceux de la nature parfois mêlés aux miens. Rien de cohérent et d'organisé, simplement un chaos sans fin. Même le silence semble désordonné. Tout finit par perdre son sens, les mots n'ont de toutes façons plus de saveurs, depuis bien longtemps. Seule le râle reste, le cri primal.
Je finis par le haïr lui aussi. Pourquoi se fait-il si rare, hors de ma gorge ? Pourquoi avoir quitté le borborygme, pourquoi avoir quitté l'imprécision, l'à-peu-près pour en faire un outil si futile, si superficiel. Pourquoi essayer de communiquer sans attendre de réponse, pourquoi parler pour juste s'écouter... Autant crier, hurler. Le plus fort possible, sans écho, sans retour. Hurler plus fort que la nuit, plus fort que les loups, plus fort que les vagissements de la foule. N'importe laquelle.
Les mots n'ont plus de saveur. Les échanges ne valent plus rien. Ni verbaux, ni corporels. Ils ne sont que le fruit d'un égo à détruire.
Mon égo est mon ennemi. Je n'arrive ni à l'apprivoiser, ni à le détruire. Alors je le fuis, toujours plus loin dans la roche. Je m'enfonce dans le cœur de la terre, je m'enfonce toujours plus loin. Mais il me poursuit, toujours là, à chaque minute. J'ai perdu le compte des jours. Je ne sais plus quand je suis, et quand je ne suis plus. Il me rattrape. Je recommence à avoir envie. Peut-être. Je n'aime pas être seul. Et pourtant j'adore ça.
Il est revenu, il s'agrippe. Je veux plaire.

J'ai un peu faim.

Le repas du con damné

Il est différent de son homonyme de par sa quotidienneté. Pas de dernier repas, mais toujours un nouveau. Toujours le même. Les légumes sont bons, les fruits sont bons, les sauces légères mais affirmées, les pâtisseries fines et onctueuses, les viandes cuites quasi-scientifiquement, la compagnie est divertissante, intelligente, raffinée. Mais le con est damné, et ne peut saisir toutes ces nuances. Il reste centré sur lui, incapable de ne pas penser qu'à soi.
Lorsqu'il croque une belle poire, il pense au sucre malsain qui lui fera prendre du poids. Quand il mange une bonne soupe, il pense aux brûlures que le liquide pourra occasionner à la partie supérieure de son système digestif. Quand il pourrait se délecter d'un beau mille-feuille, il s'imagine mourir dans l'année d'un arrêt cardiaque causé par un trop plein de cholestérol. Quand il écoute une bonne histoire, une anecdote hilarante, il rage de ne pas être celui qui l'a racontée.
Quand il faut se lever de table, puis se coucher, il est seul. Personne ne l'accompagne. Quand il s'assoit à la table du petit-déjeuner, il est seul, personne ne l'attend. Alors il recommence. Son éternel dernier repas du con damné. 

Pigeon abîmé

Et puis le nain putride continue sa longue litanie vespérale des saints de notre époque : saint-chomdu, patron des indemnisés, saint-kidnapping, patron des enlevés, saint-attentat, patron des terrorisés, saint-4G, patron des embobinés, et saint-entrisme, patron des enfoirés.
Le nain finit son exercice quotidien en nous parlant d'un livre, un jeune homme qui raconte un homme plus vieux, son père. Un père dont il ne sait trop que penser : espion magnifique ou escroc pathétique, lui qui laisse des messages énigmatiques à son fils jusque sur son lit de mort? Une enquête passionnante qui mènera notre écrivain à conclure que... oui, on s'en branle complètement.
Ce qui est plus intéressant, c'est de se rappeler qu'une demi-douzaine d'années auparavant, j'avais eu avec cet écrivain un échange assez bref, lors d'une soirée organisée par ma sacro-sainte école de plumitif. Aviné comme souvent, je lui avais demandé d'où il venait, quelles étaient ses études avant de venir apprendre à gratter du papier. Il m'avait répondu qu'il venait d'Henri VI, lycée parisien aussi élitiste que je suis éthyliste. "C'est marrant, tous les mecs d'Henri VI que je connais, c'est des connards, mais toi t'as pas l'air d'être trop un connard" lui ai-je dit. "Si tu veux réussir dans ce métier, tu devras peut-être apprendre à être plus diplomate" me répondit-il avant de me quitter comme on se débarrasse d'une chaude-pisse, me laissant bienheureux avec Théodule, mon éléphant rose préféré.
Tout cela pour dire que j'ai donc reconnu la trogne quelconque bien qu'un peu altière du jeune homme dans la suite d'images lancée par le nain. Romancier donc. Sauf que journaliste aussi, ce que bien sûr les images ne révèlent pas, y a juste moi qui le sait. Escroc fils d'escroc. Entrisme donc, on file un coup de main à son pote journaliste qui sort un livre. Pour moi ce roman n'est ni quelconque, ni magnifique, il ne sera que non lu.
Si vous voulez lire des choses bien, je vous conseille le Projet El Pocero d'Anthony Poiraudeau. Il n'est pas journaliste, et n'a donc pas eu les faveurs du nain. Et pourtant il écrit bien.
Parfois, je peux me tromper. Ça arrive. Je parle du connard. Injuste ? Sûrement.

Ça fait du bien. Pas autant que de manger du coulommiers, mais c'est pas mal.

Papier maché

Manifestement, il est impossible de rêver. C'est interdit. Ça fait perdre trop de temps, trop d'argent, trop de compétences laissées inutilisées, non rentabilisées. C'est compréhensible. On ne vit ni d'amour, ni d'eau fraîche, ni d'idéaux.
Il suffit donc de compiler une suite d'événements plus ou moins aléatoires, d'en tirer, si l'envie nous en prend, le meilleur parti, puis d'essayer tant bien que mal d'orienter le flux des jours vers une retraite paisible, afin de repos prendre.
Moi je préfère tout de suite repos prendre. Ce serait con de se faire chier, et de mourir écrasé par le premier avion venu, ou décérébré par le premier Christophe Maé chantant. Une erreur, une facétie du destin, et hop, point de repos, et sans repos, point de salut, et sans salut, direction chrome.
Alors entre de grosses périodes de glandouilles, je m'accorde, parfois, un peu de travail. Guère, mais un minimum. Et puis je me couche. Pour me reposer.

Et puis je râle. Et puis je mange. Ne jamais rater l'essentiel.

Sens cible

Pas facile d'avoir le goût. Des autres, des choses, du travail, de se lever le matin.
Je corrige. Pas toujours facile. Souvent compliqué. Parfois les gens sourient, sans raison. Parfois ils font des tronches de cinq lieues de long, sans raison. Parfois ils te rendent service, parfois ils te font des coups de pute.
Moi j'ai choisi la constance. Le connard constant, désespérément attendu, irrémédiablement pessimiste. Un espèce de phare dans la nuit qui te permet immanquablement de trouver le récif sans trop transpirer. Tu cherches un croche-pied pour trébucher ? Je suis là. Tu as besoin d'un pote relou qui squatte afin de ruiner ta vie de couple ? Je suis là. Tu aimes les Goonies, pensant que c'est le meilleur film du monde, et tu ne réalises pas que la médiocrité de la réalisation ne l'emporte que sur l’invraisemblance du jeu des acteurs (jeunes certes, mais acteurs) ? Je suis là. Tu n'as pas besoin de moi ? Je suis là.

Même si en fait, là, maintenant, tout de suite, je ne suis pas trop là. Je suis... 

Gutural

J'écris mal. Je crie fort. Je mange beaucoup, je m'hydrate fort.

Digère-moi.

Indigestion

Oui, le rythme a un peu baissé en ces lieux. D'aucun y verrait de la fainéantise, une lubie qui doucement s'éteint (une lubie c'est un type de luciole, en moins concret).
Et là lecteur je te dis détrompe-toi, va semer ailleurs ton mauvais esprit, quitte ce terrain où tu ne récolteras ni résignation ni faiblesse. Non, si j'écris moins, c'est que je pense à toi, oui toi. Pris par le rythme quasi-quotidien de ma prose, peut-être n'as tu pas le temps d'intégrer l'ingéniosité des constructions, la subtilité du rythme, la constance de la grammatique, l'étincelance du vocabulaire.
Oui si j'écris moins, c'est parce que ce qui est rare est cher, et ce qui est cher rapporte, et celui qui est pauvre aime quand ça sonne et ça trébuche, et quand ça sonne et ça trébuche ça étouffe le bruit du quotidien morne de nos cités périurbaines mais à la fois campagnardes, qui gardent un charme tout à fait désuet, cédant cependant par certains aspects à la vulgarité froide d'une globalisation déstructurante, sorte de vortex plein de vide et d’aberration. Du coup si tu lis moins, tu lis mieux, tu vois?
Et si j'écris moins, j'écris pas mieux, mais pas plus mal, ne trouves-tu pas? Cela étant dit gambade, regarde-moi depuis ce magnifique 5 août, fais dérouler mes mots, on sait jamais, tu trouveras peut-être à te baffrer, ou à vomir, la purgation buccale n'étant pas forcément la plus inutile des cures.

Ceci étant dit, bonne nuit.

Soupé

Un sourire. Juste un. Le sien. Réussir à ce que la première chose qui lui arrive aux lèvres, quand j'entre dans son champ de vision, ce soit un sourire. Si ça arrive la journée est gagnée. Si ce n'est pas le cas ce n'est que partie remise. 
Les règles du jeu sont simples : pas de tentative d'humour, pas de grimace, pas de tenue extravagante, pas de situation burlesque. Juste être soi, et réussir à lui faire décrocher ce sourire. La défaite a cela d'intéressant que dans notre cas, elle ne peut qu'être ultime. Il n'y aura plus rien derrière. Ce sera fini. Si je perds. La victoire a cela d'intéressant qu'elle en présuppose d'autres. Si je gagne.
Un sourire. Ce mouvement de quinze muscles. Il ne devra pas être nerveux. Je devrais le provoquer. Je devrais lui jeter le gant, le pousser à sortir, je devrais l'aiguiller, l’aiguillonner, le titiller. Je ne devrais pas vivre que pour ça, surtout pas. Je dois continuer à faire les choses, faire comme si de rien n'était, faire comme si tout ce qui comptait n'était pas résumé par l'apparition de ses incisives, voire de ses canines. Faire comme si l'éventualité de cette situation n'était que le prolongement logique de tout le reste, la continuité de tout ce qui a été, la cause de tout ce qui sera. 
C'est ambitieux, et c'est bien. Soyez ambitieux sur les petites choses. Vraiment.

Un sourire. Un sourire. Un sourire. Un sourire.

Surgelé

Des grillons, le souffle du vent dans les boulots, le cri insupportable de l'âne dans la nuit, la fraîcheur. C'est comme ça que ça commence. Tu vois loin à l'ouest les derniers mauves du soleil, et tu imagines ceux pour qui un jour nouveau commence à l'est. Et puis tu respires, fort, goulûment. C'est frais dans ta bouche, dans ton larynx et ton pharynx, ta cage thoracique s'emplit, et tu te sens bien. Tu fermes les yeux, tu essaies de ne plus penser à rien, tu es juste là, au milieu du souffle de la nuit.
Tu oublies tes cours, tes élèves, tu oublies la Syrie, tu oublies le foot, tu oublies les regards de travers, tu oublies le mépris, tu oublies ton mépris, tu oublies le manque de sommeil, tu oublies les bières trop nombreuses, tu oublies les discussions sans intérêt, tu oublies la monomanie, tu oublies ton monde pour mieux pénétrer LE monde.
Ça dure une vingtaine de secondes et c'est interminable. C'est aussi beaucoup trop court. Tu revoies des choses oubliées. Tu revis des choses tellement agréables que tu ne veux plus t'en rappeler. Ça n'existera plus. C'est trop tard. Tu n'as pas tout détruit, c'est juste que c'est parti. C'était pas un château de cartes, ou de sable, c'était un train, un bus ou un cargo. Pas un avion, jamais. Un cargo plutôt, avec de la marchandise, des containers, des voitures, du pétrole, et ta cabine. Tu voyageais pas en première, mais t'aurais pas été à l'aise en première. T'as besoin que ça remue, que ce soit exigu. T'as besoin de partager la bouffe des matelots. T'as besoin d'être au contact. T'es mal quand t'es isolé, dans une tour d'ivoire pleine de défenses. T'arrives plus à ouvrir les portes, tu fermes tous les volets, tu opacifies, tu ostracises, tu autarcies. Tu regardes les miroirs, tu les pètes.
Tu te laisses aller. Tu deviens un mixte entre Howard Hugues et Daniel Plainview. Sur la fin, du genre à pisser dans des bocaux en jouant au bowling avec des prêcheurs de vent.
Tu vas dormir. Tu vas te réveiller. Tu vas respirer, fort. Et tu vas y arriver, pour une fois. Tu vas y arriver. Tu vas boire, et tu vas y arriver.

Sel leste

J'ai vu la Lune entre Les Sorinières et Saint-Philbert. Elle a joué avec moi, se voilant derrière les nuages nocturnes. Je l'ai vue pour la première fois, j'ai scruté ses cratères. Elle m'éclairait, mes phares aussi, mais c'était moins beau, moins serein.
J'ai réalisé qu'on n'était rien, en la regardant. Rien. Elle non plus n'est pas grand chose, mais un peu plus. Elle reflète elle-aussi.
Et puis ça avance toujours, tu passes La Marne et tu repenses à Voyager, la sonde que la NASA a envoyé dans l'espace en 77 et qui a franchi les limites du système solaire. Premier objet de fabrication humaine à franchir cette frontière. Dans 40 000 ans elle arrivera a proximité d'une planète où il y aurait de l'eau. C'est fou. On n'est rien. Peut-être que sur cette planète, quelqu'un roule en regardant sa Lune. Peut-être que ses congénères ont envoyé un engin d'exploration vers nous. Peut-être qu'il ne sait toujours pas trop où il est dans l'univers. Peut-être que ça ne compte pas de toute façon.
Ce soir j'ai vu des Canaris, des grives et la Lune. Ce soir j'ai pas picolé, parce que demain y'a travail. Ce soir je suis triste, mais pas trop.

Ce soir j'ai mangé de la brique et du muesli. Ça fera un bon mur stomacal. Bonne nuit.

Citron seringué

Ou acide citrique, ça marche aussi. Écoutant ce soir la diarrhée verbale d'un comédien alors mal employé et pourtant autrement tellement brillant (je parle ici de James Gandolfini, caricatural et exaspérant dans le Dernier Château et brillant, subtil et terrifiant dans les Sopranos) je ne pouvais que me répéter les mots du grand P. Desproges, à savoir que la culture et l'intelligence sont comme les parachutes, soit on en a, soit on s'écrase. Mettre au supplice des acteurs tels que donc le bon James, mais également le camping-carique Robert Bedford et le magnifique (encore que, Et si c'était vrai...), quoiqu'ayant un pseudonyme rappelant une impasse mal éclairée Mark Ruffalo, dans une production sans queue ni tête, c'est quand même un beau gâchis d'argent pour les producteurs, et de temps pour le spectateur. Il aurait mieux valu s'écraser. Dès le départ.
Mais ne nous plaignons pas, si nous avons du temps à perdre, c'est que nous en avons à revendre. J'en mets d'ailleurs parfois en location à mes moments perdus (comme ce soir donc). Certains même le recherchent, ce temps perdu, tellement bien qu'ils en font des chefs d’œuvres que je me déteste souvent de ne pas avoir lu. Ainsi soit-il. Perdre son temps dans un château ("un château, c'est un emplacement, des murs, des tours et un drapeau que tu défends" ne cessera de nous rappeler le personnage ridicule du bon Bébert) plutôt que le gagner à gambader, propulsé à coup de Proust, voilà qui semble paradoxal.
Finalement pas tellement. Râler est un plaisir, critiquer est un réconfort, malsain je vous l'accorde. Mais quand on se donne l'impression de ne pas y arriver, de se heurter quoi qu'il arrive à un mur, ça fait parfois du bien d'en voir d'autres moins adeptes de l'autocritique se le bouffer à pleine vitesse. Le mur. Et puis ça fait du bien d'écouter une chronique de Desproges après, pour se rappeler que derrière un misanthrope compulsif peut se cacher le plus tendre et féroce des humoristes. Faut de l'amour pour écrire comme ça. Faut de l'envie des gens, je vois pas comment ça pouvait être autrement. Faut être plus curieux qu'on ne voudrait bien l'admettre, faut regarder l'autre plus d'une-demi seconde pour réussir à le caricaturer. Pour se moquer de quelqu'un, faut quand même prendre le temps de l'aimer un peu. Pour détester complètement quelqu'un, faut quand même prendre la précaution de l'ignorer complètement.
C'est facile la haine. C'est juste la volonté farouche et inexpugnable de ne jamais, au grand jamais essayer de comprendre. C'est un effort à faire. Effort réalisable par le premier connard étronesque venu, mais quand même. J'ai détesté le Dernier Château. J'ai fait quelque chose. Et puis j'ai bu une bière. Et puis j'ai écrit.
Vous êtes fier de moi non?

J'hésite pour demain. Je commence un nouveau feuilleton ou je continue un des deux que j'ai commencé...? Demain je dois voir There Will Be Blood avec le paternel. Peut-être que je parlerai de ça plutôt, du génie de Daniel Day Lewis. Et du crissement des violons dans la Californie du début du XXe... Regardez-le si ce n'est déjà fait. Vous avez vu, on discute, c'est chouette hein?

Bon appétit.

Les pieds sur la table

Je n'ai même plus le temps de me relire. C'est dramatique. Bon ça ne change pas radicalement les choses de toutes façons.
Cette nuit je vais peut-être dormir. Cette nuit je vais peut-être rêver. Cette nuit mon rythme cardiaque va peut-être ralentir, il a été mesuré aujourd'hui, il est de 72 pulsations au repos, merci pour lui. Cette nuit ma tension artérielle va peut être diminuer. Elle est de 12,6 au repos, merci pour elle. Cette nuit je ne vais peut-être pas m'en faire. Cette nuit je ne vais peut-être pas stresser. Cette nuit je ne vais peut-être pas me détester.
Oui mais...
Oui mais si cette nuit je ne dors, pas, si cette nuit je cauchemarde, si cette nuit je fais de l’arythmie cardiaque, si cette nuit je fais de l'hypertension, si cette nuit je panique, si cette nuit je stresse, si cette nuit à cause de tout ça, je me déteste ?

Bof, tant pis, ce sera une nuit comme une autre. Une nuit sans personne. Et puis il y en aura d'autres après, je me rattraperai...

J'ai faim de vous voir.

Glace

Le reflet ment. Il n'est qu'un mirage, une information subjective que votre cerveau traite comme ça lui chante. Le reflet nargue, il asticote tous les matins. Il aveugle parfois. Le reflet est aussi utile à l'être humain que le vélo au poulpe. Tiens, en parlant de vélo, vous savez pourquoi la péninsule arabe n'est pas fan de bicyclettes ? Vous avez déjà essayé de rouler avec deux roues voilées vous ? Voilà. Le reflet ne crée rien, il répète. Le reflet ne révèle rien, il déforme. Le reflet n'apprend rien, il absorbe.
Pour le reste, ce matin, ma glace était embuée.

Sel

J'ai envie d'écrire que je suis un tocard, et j'y arrive pas ce soir. Les arguments sont pourtant nombreux. Une incapacité à travailler ce soir qui va faire que je vais devoir me taper un réveil aux aurores pour fignoler ce qui doit l'être. Une obligation de fouiller dans un passé récent moins que reluisant, où j'ai réussi en deux mois à blesser plus de gens que je ne l'ai fait en 29 ans. Une envie irrépressible d'être quelqu'un d'autre, encore. je ne suis que moi, donc.
Moi. c'est pas bien joli comme mot. Y'a plus chouette. Philanthropie, ou misanthropie, c'est pas mal. Réfractaire, ça marche bien, on sait ce que ça veut dire. Enthousiaste, je crois que j'aime bien les h après consonnes. Mirabelle aussi, et pourtant j'en déteste le goût. Mais moi... sans vraiment d'intérêt. Mois ça marche, il ne manque rien, les voyelles sont encadrées. Moi... y'a au moins une limite qui manque. C'est ça, il manque toujours quelque chose à moi. J'ai bien essayé le couple, mais je me suis planté, lamentablement. Je me suis dit que nous ce serait forcément mieux pour moi, et en fait non. Je crois d'ailleurs que moi ne peut être inclus dans nous. En tout cas pas pour le moment. Il faudrait que moi me paraisse plus accompli, plus digne de confiance.
Moi est ouvert, et rien ne le ferme. Rien ne le termine. Moi se termine sur le i, sans vraiment être fini. Il attend le mot suivant. Pas de je, surtout pas de je, Moi je, que c'est laid. Moi engloutit sans rien digérer, c'est sans doute pour ça qu'il se construit lentement. Moi commence par être malicieux, est ensuite onctueux, pour au final ne rester qu'incorrigible. Moi est souvent fatigué, par lui-même. Un moi mou. Un mou moi. Un moi mou mais mouvant. 
Moi ne veut donc pas croire qu'il est un tocard. Il va s'infliger une insomnie de plus pour ça, moi. Trou du cul, moi. 
Aller, j'y retourne, j'ai peur d'avoir un peu trop employé du moi.

Menu dominical

Vélo pour arriver au repas de Famille.
Champagne, crème de cassis. Deux verres.
Muscadet. Deux verres.
Saint-Chignan. Deux verres.
Digestif. Une langue.
Vélo pour rentrer à la maison.
Préparation de TP.
On est mal barré.

Bain-Marie tardif

Ça brûle. Ça rit. Ça s'esclaffe. Ça montre à la télé. Ça va vite. Sûrement trop. Ça brûle. Ça sourit pour la forme. Ça fait du bruit, toujours plus de bruit. Ça écœure. Ça brûle. Ça brûle. Ça  brûle. Ça brûle. Ça brûle. Ça accélère. Trop vite, beaucoup trop vite. Ça ne lit pas, surtout pas, jamais. Ça la joue facile. Ça brûle. Ça fatigue.

Les huîtres de l'Olympe de

" - Elle part de la côte...
  - Oui, je la connais cette partie-là.
  - Et alors, c'est le début de la route. Tu veux que je la raconte ? Alors commençons au commencement. Elle part de la côte, puis sillonne rapidement entre les conifères.
  - Quel type de conifères ?
  - Je ne sais pas, je suis nul en arbre. Ils ont des épines, sont hauts, je dirais 15 mètres, et les bêtes sauvages aiment à s'y reposer quand le soleil frappe l'été.
  - Quelles bêtes ?
  - Je raconte ou pas?
  - Oui, excuse-moi, mais tu me rends curieux.
  - Des phacochères, des biches, des ratons-laveurs, des opossums...
  - Hum... oui enfin...
  - Ça suffit. J'arrête.
  - Excuse-moi, je vais me retenir, et de toutes façons n'oublie pas que si tu t'arrêtes, moi aussi je m'arrête.
  - Donc des opossums aussi. Et puis, arrive une petite côte, quelques miles, un long virage sur la gauche, et le sommet du talus offre un paysage mordoré, contrefort des Appalaches.
  - Déjà ? Et ça veut dire quoi mordoré ?
  - Doré, mais en moins vivant. Et oui déjà, la route défile, ta voiture est courageuse. On aperçoit donc le vieux massif au loin. C'est pour moi la porte de sortie, le couloir vers des possibles effarants, la fin d'un long tunnel sombre. Et pour toi ?
  - Le début de la route avec toi. Et puis ?
  - Et puis on continue en contournant le colosse par le Sud. On plonge vers le midwest, effaçant tous les Rednecks, les laissant moribonds et médiocres dans notre sillage.
  - Ton père était paysan ?
  - Oui.
  - Il vit encore.
  - Je n'espère pas.
  - Pourquoi ?
  - Il ne mérite pas d'être dans notre histoire.
  - D'accord. Les champs sont beaux ?
  - Oui. Du maïs et du blé à profusion. On roule entre deux rivières d'or, le soleil levant dans les rétros, les road trains nous croisant sans ménager nos angoisses. Et puis on arrive au Mississippi. C'est beau.
  - Tu vas trop vite. On ne dort pas ? On mange quoi ?
  - Tu m'as demandé la route, pas le voyage. Je te parle de la route. Le goudron devient moins bon, on entre dans la jungle d'Amérique, celle où l'homme blanc fréquente l'homme blanc, et où tout étranger est suspect. Celle où on charge le fusil à pompe d'abord, et on discute après.
  - Tu fabules.
  - Peut-être. Et puis ... et puis tu me laisseras je crois.
  - Oui, il y a de fortes chances.
  - Et tu feras quoi ensuite ?
  - Rien sans doute. Ce qui se passe là me suffira. J'attendrai peut-être que tu reviennes.
  - À la gare ?
  - À la mi-chemin.
  - Je serai surement riche et j'aurai vécu beaucoup de choses. Je t'aurai oublié.
  - Je sais. Mais je me rappellerai à toi.
  - ... Qui es-tu ?
  - Le premier de tes créanciers.
  - Je te devais une histoire, tu l'as eue !
  - J'investis.
  - Sur moi?
  - Oui.
  - Quelle somme ?
  - Celle que tu seras obligé de me rembourser."

À suivre.

Méchouis prof

J'ai autour de moi des musiciens, des photographes, des écrivains, des illustrateurs, des dessinateurs, des metteurs en scènes, des acteurs, des scénaristes, des guitaristes, des plagistes, des RMistes, des jemenfoutistes. Enfin des gens cool quoi. 
Moi demain, je suis prof. Pour un jour ou pour toujours, j'en sais rien et c'est pas ma préoccupation première. Tout ce que je veux c'est que ça se passe bien pour eux. J'ai peur qu'ils s'ennuient, ou que ça aille trop vite, ou trop lentement. J'aimerais rentrer en cours avec ma guitare, leur chanter Pascal et De Vinci, leur susurrer Curie et Becquerel, leur godspeler Copernic et Galilée. Enfin réussir quelque chose quoi.
J'aimerai bien ne pas rater. Je préférerai être dans la position du gars qui s'en fout, qui prendra le positif quoi qu'il arrive, et puis qui verra venir. Mais je n'y arrive pas. J'aimerais que ça marche. Vraiment. Enfin. Mais je connais mes limites.
Tout ça pour vous dire qu'on va essayer, que ça changera pas la face du monde, mais peut-être du mien, que j'ai peur et hâte et peur, et que sans doute eux ont hâte et peur et hâte... Enfin on va voir. 
Sur le grill, ça sent le poil roussi. Je souffle. Ça s'éteint ? Je vous dis ça demain.

L'eau à la bouche.

Vider là-bas

C'est parti. Beaucoup de choses, sans doute trop. Je me suis endormi. Je vais y retourner. J'ai faim. 

Et pour monsieur, ce sera quoi ?

Alors pour le dernier repas, ce sera melon, œuf sur le plat salade, petit cametar et bol de muesli. Demain, c'est le ... au moins quatrième premier jour du reste d'une vie. Attendez deux secondes.


Voilà, une bière avec vous pour fêter ça. Aujourd'hui, j'ai tiré des bâches et aligné des blocs de rétension d'eau pour permettre à de futur vieux locataire de regarde pousser de l'herbe. Demain je tirerai des traits au tableau et j'alignerai les becs bunsen pour regarder pousser de futur grands cerveaux. C'est très étrange et assez déstabilisant. Mais c'est pas désagréable.
Impossible de dire si ce sera durable, ou une simple passade comme souvent avec moi, impossible de savoir si j'y arriverai bien, ou un peu. Mais là, tout de suite, c'est cool. Dans ma tête, ça ressemble à un but de Loko sur passe de Pedros. Sans que le ballon ne touche le sol.
Passons sur le fait que j'écrive au tableau comme un médecin myope et que j'ai autant de talent burette en main que Stéphane Bern balle au pied. Stéphane Bern burette à la main, a priori, ça décoiffe. Passons sur mon incapacité à tenir le crachoir sans raconter deux conneries par phrase, ou à faire preuve d'un indécrottable pessimisme apocalyptique. Au pire ça leur permettra de raconter des histoires à leurs petits-enfants au coin du feu. Ou de jeter des histoires dans le feu en racontant leurs petits-enfants. Ou de jeter leurs enfants dans des histoires en racontant le feu. Et puis ce ne sont que deux mois après tout, ça peut faire une différence pour eux comme pour moi, ou aucune, ou l'un mais pas l'autre, ou l'autre mais Alain.
Ça en fait des interrogations auxquelles il va falloir répondre. Des petits défis à relever. Des envies de science à éveiller, qui sait...

Affassoiffés de tous âges, bonsoir. (Mais purée, j'ai pas trouvé ma signature là ....?)

Fraise au court-bouillon

Je flirte avec le vague à l'âme. Je le laisse m'envahir suffisamment pour qu'il me tienne compagnie, je l'écarte quand il menace d'évoluer en dépression. Le jeu est dangereux, la limite ténue. Mais je ne crois pas qu'il vaille mieux être seul que mal accompagné. Alors il chemine à côté de moi, se tient collé à moi comme un chewing-gum à la bouche d'un physionomiste.
Il a souvent le parfum des années où l'on pouvait espérer quelque chose de moi. Cette douce senteur où rien ne semblait pouvoir me priver du Bonheur. Il me rappelle parfois cette période par des odeurs, des paysages, des sourires. Il me peint un paysage de rêve, dont les couleurs finissent par se faner, la lumière par s'estomper, d'où l'écho des rires ne semblent plus jamais pouvoir s'extirper. Puis il me nargue et attend de voir.
Ce soir il a choisi de me rappeler ce qu'est un dimanche soir. Celui de la veille de reprise, celui de la solitude angoissée, celui de la fatigue agacée. Il me laisse regarder les émissions de sport (toujours) en m'en ôtant tout le sel, se moque de mon avachissement et mon énervement devant la médiocrité télévisuelle, me laisse me métamorphoser en français très très moyen.
Il ne m'empêche pas d'écrire, mais aura tout tenté pour le faire. J'ai d'ailleurs failli céder. Il aura presque gagné : je parle de lui.
Il m'a fait boire mon rosé sans plaisir, m'a fait grignoter mon poulet sans me faire ressentir le plaisir de la peau dorée craqueler sous mes molaires, et me laisse dans une chambre obscure, m'assourdissant de ses vérités. Il me connait mieux que quiconque, et m'aime moins qu'un autre. Il est gluant et réconfortant. Il a le mérite d'être là. Moi je n'y suis pas. Je me suis peut-être perdu, je fais en tout cas tout pour me retrouver. C'est assez difficile. Il ne m'aidera pas, en tout cas pas volontairement.
Ça suffira pour ce soir. Vivement demain, que j'ai faim.