Veau.

Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Cinq jours.
Deux jours.
Quatorze jours.
Et après...?

Bulle.

Je bulle.
Je m'emplis de creux.
Je remplis des trous avec des trous. Plus petits.
Je discute moins. Vous me manquez.
Je me manque aussi.
J'aimais être petit.
J'ai perdu les saveurs des jours heureux.
Je les recherche.
Est-ce que c'est mieux de s'approcher de la fin que de s'éloigner du début ?
J'ai lu des remarques pseudo intellectuelles de Philippe Tesson dans le Point. C'était mauvais. Comme lui.
Je regrette de ne remarquer que le mauvais. Je manque le beau. Je manque de beau. Le beau me manque.
Je fais craquer mes chevilles. Les ligaments tiennent.
Mon téléphone a vibré, je pensais qu'on m'appelait. C'était seulement pour signaler que la batterie était pleine.
Le ventilateur du PC souffle. Quelques copeaux de mandarine traînent au sol.
Je me lève dans 8 heures 30.
Je vais faire des pompes. 30. Je vais regarder si mes avant-bras s'épaississent ensuite. Ce ne sera pas le cas.
Je vais dormir. Me réveiller sans doute vers 3 h 16. Ou 17. Etre heureux d'avoir encore 2 h 44 à dormir. Ou 43.
Je vais faire la route. Il pleuvra. Je donnerai des cours. 5 heures. Je serai fatigué. Je ferai la route en sens inverse. Il pleuvra. Je rentrerai.
J'ouvrirai une page vierge de ce blog.
Vous lirez encore?



Génétiquement intact.

Mon fief. La Vendée est mon fief.
Cette assertion n'en est pas une. Je n'ai pas de fief. L'immobilier est trop immobile et moi trop fuyant pour que nous trouvions un jour un point d'intersection à nos courbes respectives d'évolution.
Mes fonds également sont fuyant. Mes sommets moins, ils n'atteignent pas une altitude vertigineuse, mais ils se maintiennent à une hauteur qu'on pourra qualifier de respectable.
Déo, débat. Je pue en étant discursif, volubile, véhément.
Aller, c'est tout ce que j'ai sous le coude ce matin. Je vais aller le lever un peu plus loin, voir s'il cache d'autres pépites.

Saviez-vous que le plus grand champion français de Formule 1 avait un nom de salutation alcoolisée allemande? Prost.

Pâte brisée.

Il existe des gens qui ne vous disent pas ce que vous voulez entendre. Ces gens-là se préoccupent de vous. Ils vous aiment suffisamment pour vous dire vos vérités. C'est sain. C'est aussi sain qu'une bonne soupe de poireaux après un MacDo. Si vous pouvez éviter les MacDo c'est encore mieux.
Nous ne sommes pas toujours ce que nous voudrions être. Nous sommes ce que nous sommes. c'est souvent déjà très bien, parfois même magnifique. Ça ne nous convient que rarement. C'est un manque d'humilité.
Attention, être conscient de ses qualités est une force, ne vous trompez pas. Il faut se surpasser, se mettre à la hauteur de ses rêves, de ses possibilités. Il faut avoir faim.
Mais il faut accepter d'être humain. Tout simplement humain. Pas plus, pas moins. Et parfois, un "oui, bon, t'es gentil avec tes conneries, mais t'es pas meilleur qu'un autre" c'est sain. Comme une soupe de poireaux.
Pas meilleur, pas pire.
Il n'est pas question de plaisirs simples, d'ambitions mesurées, ou de tempérance dans les actions. Jamais. Les plaisirs doivent être vôtres, miens, subjectifs (pas leurs, surtout pas "leurs" plaisirs), les ambitions doivent être grandioses, et surtout communes (pas de Je dans l'ambition, ce serait comme posséder une île déserte et stérile), et le modéré est pour le grand au-revoir mou.
Non. Il faut juste parfois entendre la vérité, celle de ceux qui nous aiment.
Quand on ne l'entend plus, c'est qu'on est seul. Tout seul. Le roi et ses sujets. Le footballeur et son agent. Nixon et Kissinger. Je souris. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, ils ramassent les colombes de la paix.

Après trois verres, souvent, quelques heures après ingestion, une grande langueur envahit et les membres et les méninges. Une pente raide dont la déclivité augmente avec les secondes qui s'écoulent.
Sauf quand on nage dans la vérité. Plus rien ne fait peur, quand c'est vrai.

Engloutir.

Je veux une grotte, des livres, de la nourriture, et une bougie. Je veux des cahiers et un stylo. Je veux des amis de passages. Je veux de la menthe, pour l'haleine, et du bicarbonate, pour les boyaux. Je ne veux plus des bruits du monde, sinon ceux de celui que je me serais choisi.
Je veux un peu de paix à partager, un bout pour chacun.

Autophage.

Est-ce encore une tentative de sabordage en règle ? Est-ce de la peur mal maîtrisée ? Est-ce une décision juste et raisonnée ?
La platitude du paysage m'ennuie. L'inintérêt grandissant que je trouve pour l'autre m'inquiète. Tout cela n'est plus très sensé. Ne l'a jamais été, pour tout dire. Je subis ma lâcheté, encore. D'autres la subissent. D'autres se désespèrent, un peu, de moi et de ce que je pourrais être.
D'autres ne s'en inquiètent sans doute plus beaucoup.
Je n'ai pas encore renoncé, c'est pourquoi je prends encore des décisions. A l'emporte-pièce, au débotté, à l'arrache, mais je les prends. Je ne pèse rien me direz-vous, je ne planifie pas ? Je n'ai rien à mettre en balance, pas de but précis. Le plan s'établit en fonction de l'objectif. Le mien n'est pas connu.
Un gorille dans la brume. Un singe en hiver. Un connard qui râle.
J'ai soif, de plus en plus soif. J'ai faim quand je mange trop en ce moment. Mon estomac se dilatant se fait plus vorace. Contracté, il est repu. Pas très radoxal tout ça.
Je traverse les jours comme un zombie qui n'aurait pas faim de cerveau. Finissons-en. Prenons la tangente. Roulons, chantons, buvons. Faisons que les journées comptent. Faisons que nos cellules servent. Faisons que notre voix porte. Brillons un peu, brillons. Finissons-en avec cet égocentrisme mortifère.
Au moins, pour vous. Tous.

En brun.

J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de vagues se fracassant sur la jetée, d'eau salée sur le bitume, d'arbres ployant sous les coups de boutoirs célestes.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de sifflements sous les voûtes, d'éclats sur les volets, de bougies dans les salons.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de déraison, de folie, de désemparement.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de marais qui débordent, d'oiseaux ballottés sans emprise, d'arrosoirs faisant les tours des jardins.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de changement dans le décor, de vaches qui flottent, de ragondins qui règnent.
J'ai soif d'une tempête.
J'ai soif de perdre le contrôle, d'être trimbalé sans retour, d'être abandonné sans conscience.
J'ai soif d'une tempête. 

De l'art du renvoi.

Ça recommence encore, ça brûle au niveau de la plèvre. Ou en-dessous. Ou à coté. Enfin ça brûle un peu le poitrail. Et ça remonte. En vague d'assaillants agressant sans cesse et pharynx, larynx, voute buccale, piquant de leurs petites lances les remparts de mon système digestif. Je bouffe de la merde quand je bosse, c'est avéré, et cependant ces accès ne sont pas seulement le fruit de mes habitudes alimentaires.
Je suis aigre. Comme un vinaigre qui aurait tourné. Comme un militant fasciste devenu plus intolérant. Comme un capitaliste plus avide. Comme un gauchiste plus fainéant. Comme un droitiste plus égocentriquant. Comme un étiqueteur en manque de colle.
C'est sans doute une nouvelle phase de très douce dépression, ou ni moi ni les autres ne valent bien le coup. Jusqu'à...
En tout cas ça picote sec. J'ai hâte de changer tout une nouvelle fois.
Comme si ça allait me faire devenir un autre. Comme si ça allait changer mon monde, ou la perception  que j'ai du vôtre. Enfin du nôtre. Enfin vous voyez. Comme si ça allait tout régler.
Des fois je m'imagine dans une vieille baraque croulante que j'aurais investie depuis bien longtemps. Seul et vieux, en face de livres, de vieux écrits. Et je me demande si j'arriverais à faire face, à ce moment-là, à l'orée de ma vie, je me demande si j'arriverais à faire face à l'amoncellement de mes choix, de mes renoncements, de mes faillites, de mes défauts. Et si enfin j'aurais réussi à faire quelque chose de mes qualités. Sans blâmer le reste, sans en profiter éhontément, sans... y réfléchir en somme.
Y penser sans y penser. Être naturel tout en l'ignorant. Vaste sujet. Vaste sujet.

Sinon, intéressez-vous un jour à la machine d'Anticythère. C'est incroyable et passionnant. Vive les éclipses.

Apéro dinatoire.

Le temps semble parfois bien long. Il s'étire comme un chewing-gum 1000 fois mâché. J'attends les derniers parents de ma dernière élève à venir. Je préparerai (sic) ensuite mes cours pour demain, rentrerai ensuite mes appréciations sur la période passée, puis.... puis boirai sans doute un coup.
Mais là tout de suite, j'attends. J'aime bien attendre. D'habitude. Là j'ai juste envie de prendre cette sacrée quatre voies entre La Roche et Challans, rentrer chez moi. Purée. Rentrer chez moi.
Et puis je réalise que c'est pas chez moi, c'est chez mes parents. Et puis c'est pas ma classe, c'est celle d'un autre que je remplace. C'est pas vraiment ma vie.
Putain. J'attends. C'est long. Que c'est long. Le mérite est que ça me laisse le temps d'écrire.

Finalement j'ai attendu pour rien. elle n'est jamais venue. L'élève. Ses parents non plus. J'en aurais profité pour vous écrire. Ou pour m'écrire. Je ne sais plus trop. Bref.

J'ai faim. Mais pas une thune. Bon appétit quand même.

Amandine au chocolat.

C'est un film, A toi de jouer petit en français, The pistol en VO. Il raconte une année de la vie de "Pistol" Pete Maravich, joueur de basket émérite des années 60-70, décédé à 40 ans, en 1989, d'une crise cardiaque alors qu'il jouait avec des gamins à la balle orange.
Le film est plutôt mauvais, je ne sais même pas s'il a été projeté en salle. L'histoire est plutôt belle. Le gamin est asocial, intéressé seulement par le basket, qu'il pratique jour et nuit, allant à vélo à l'école en dribblant avec son ballon, gonfle avec laquelle il partage également son lit. Son père est entraîneur de basket à la fac de Clemson, en Caroline du Sud. Press Maravich qu'il s'appelle. Son prénom lui va bien : il presse son monde.
Son gamin, à qui il répète qu'il doit réaliser son rêve et tout sacrifier pour (Pete Maravich sera d'ailleurs dépressif lors de sa carrière de joueur pro, ne sachant pas "à quoi sert sa vie") ; le coach du lycée de son gamin, à qui il dit que son petit mec de 1m60 pour 45 kilos tout mouillé est le meilleur joueur de basket de sa génération, et que bordel, du coup, faudrait ptet le mettre titulaire de l'équipe du lycée ; sa femme, à qui il dit que leur gamin est un génie, et que bon, quand même, autant le laisser faire la seule chose dans laquelle il est bon, quitte à ce qu'il ne se consacre qu'à ça ; et enfin ses propres joueurs, à qui il fait répéter sans cesse les schémas de jeu jusqu'à atteindre une perfection totale, parce que, bon, ils ont beau être moins forts que la concurrence, si on se donne à 100% au basket, au bout d'un moment, ça paye.
La maman est pleine de sagesse et fait souvent la cuisine.
J'adore les années 60 aux states.
Et donc Pistol. Bon comme je vous ai dit le film n'est pas bon, on échappe à très peu de poncifs et schémas pré-établis. Le truc c'est que les phases de basket du film m'avaient marqué à l'époque.
Pistol a toujours été connu, tout au long de sa carrière, pour sa qualité de maniement de balle et ses talents de quasi-prestidigitateur gonfle en main. Quelques fait d'armes présents sur Youtube convainquent rapidement que le gars à au minimum 20 ans d'avance à ce niveau-là. Il rend les adversaires, et parfois même les coéquipiers complètement mabouls.
Et cette qualité qu'il avait, il l'a travaillée. C'est le point fort du film : les exercices du petit Pete. Des dribbles les yeux bandés, à vélo, au ras du sol, des kilomètres parcourus se passant la balle entre les jambes alternativement main droite-main gauche à chaque pas, et le spécial, le fait de faire tourner le ballon comme une toupie sur majeur droit, et de rester ainsi des heures durant sans jamais le faire tomber.
Ces exercices, je les ai tous réalisé. Tous. Et j'y arrivais.
Ma carrière basketballistique n'a pas suivi celle de pistol, certes, mais je me débrouille encore ballon en main. Bon, lui a fini par atteindre les deux mètres et possédait un shoot magnifique, moi je culmine actuellement à 1m76 chaussures aux pieds et j'ai jamais été foutu de foutre cette putain de sphère dans ce cercle métallique. J'ai donc des excuses.

Cela dit, je n'avais pas vu ce film depuis quinze ans. Je l'ai regardé hier.
Bah mes cochons, j'en ai pleuré, vraiment. Parce que voir un gamin de 12 ans faire la nique à des pré pubères de 16 tous plus cons que des manches, ça fait plaisir. Parce que le voir dragouiller la cheerleader en chef alors que, bah.... c'est un asocial de 12 ans, c'est toujours réconfortant. Parce que voir le premier match entre un lycée blanc et un lycée black en Caroline du Sud, et voir des séquences de jeu ou, visiblement, les deux équipes ne jouent pas au même sport, si ce n'était ce gamin tout sec qui slalome entre les grands échalas agile et magnifiques de l'équipe d'en face, c'est fort.
Et parce que mon enfance, c'était ça. Des dribbles entre les jambes. Des nuits passés avec un ballon, pour faire comme lui (ça a pas duré longtemps, j'avais pas de ballon en cuir, et le plastique ça pue). Des matchs imaginaires où mes dribbles dans le dos et mes crossovers faisaient passer les fantômes de mon esprit pour des pantins à ma merci. Ouais, c'était ça.

C'était comme quand je mangeais de l'amandine au chocolat. C'était écœurant, c'était incompréhensible. Mais c'était bien.

La somme de toutes les faims.

Systématique.
Comme le communisme de Khrouchtchev, comme mes fuites successives, comme mon manque de génie, comme ma fainéantise, comme les vœux de bonne année, comme la bêtise humaine, comme le génie humain, comme les mensonges, comme ceux qui y croient, comme la vérité, comme ceux qui la voient, comme mes gaz, comme ma vacuité, comme mon ambition, comme...


Fais chier.