Anorexie

Huit jours que je n'ai rien écrit. Je commence à être à sec, niveau énergie. Nos chères têtes blondes m'ont épuisé. Et puis j'ai eu vent de mes approximations orthographiques, syntaxiques et lexicales régulières en ce lieu.
La honte. Je veux écrire, c'est un postulat de départ. Mais j'aimerai, dans la mesure de mes capacités, écrire bien. Pour qui me connaîtrait, ma capacité d'autoévaluation paraîtrait une information inutile, puisque redondante ces trente dernières années. "Je suis au mieux moyen, plus généralement médiocre, dans mes mauvais jours pathétique." Sauf que... sauf que quand j'écris je me trouve plutôt pas mal. Et sauf que... sauf que si je fais des fotes plus grosses que moi à chaque accord, chaque mot, chaque concordance des temps, bah mes ambitions vont forcément être revues à la baisse. À savoir, je vais ptet bien arrêter mes conneries. Ici, mes conneries = écrire.
Sauf que... sauf qu'on ne s'améliore pas en refusant l'obstacle, en tournant les talons et en attendant que la lubie passe. On réessaye, on se recasse la gueule, et on remonte. Encore, et encore, et encore. On affronte le mépris, la condescendance, la pitié, tous justifiés, et on essaie de les transformer en étonnement, en agréable surprise, et pourquoi pas en fierté. Pourquoi pas.
Alors on recommence à écrire, avec des fautes, vite, en jetant ce qu'on a dans les tripes, même si c'est pas grand chose. On y va ligne par ligne, sans toujours beaucoup de cohérence, sans toujours beaucoup d'indices sur ce qui se passe vraiment là-haut, entre synapses et neurones. On envoie encore un peu plus. On se rend fier et honteux en même temps, on se dit que quand même, dans l'instant, c'est agréable, quand il n'y a encore rien à assumer, rien à expliquer, rien à reprendre. Je fais, simplement. Je sais faire. Mais je ne suis bon ni pour planifier, ni pour le service après-vente. C'est comme ça, on fait avec. Pardon. Plutôt sans.
Et ça donne ça. Avec des fautes encore, peut-être. Des fautes de goût, aussi.
Je crois qu'au final je suis comme ça.
Cru.