Confiture de mûre

Ce n'est pas mon ex. Parce qu'elle sera toujours présente. Ex ça sous-entend passé révolu. Ex c'est court, lapidaire, sans aucun sentiment. Ex c'est inhumain.
Elle n'est pas mon ex. Elle a été tout, puis un peu moins, puis plus assez, mais jamais elle ne sera rien. Elle sera la première, pour toujours. Elle est dans beaucoup de moi encore. Elle est dans les balades du front de mer, dans les road trips impromptus, dans les soirées foot. Elle est dans les chaussettes dépareillées. Elle est dans ma vie, toujours. Je crois pouvoir dire qu'elle n'en sortira jamais, même si c'est sûrement ce qu'elle désire le plus.
Ça me rend toujours malheureux, de l'avoir rendu malheureuse. Et puis je me dis que ça devait être comme ça, qu'on n'avait pas choisi, que j'étais pas assez moi, qu'elle était trop elle. Ou l'inverse. Ou aucun des deux. C'est trouble et ça le restera. Mais quand je me sens mal, quand j'ai envie de pleurer, quand je me pose la question du sens de toute cette connerie, surtout de la mienne en fait, j'ai des flashs. C'est rapide. C'est même pas des moments, des instants, c'est... un goût, une odeur. Un touché. Et ça va mieux. Ça a existé. Et ça reviendra, pour elle en tout cas, j'y crois. Elle y aura droit, encore, en mieux, en plus durable, en moins... feu d'artifesque. Et si le monde est bien fait, on en reparlera, tous les deux, autour d'un café.
Je crois pas en grand chose. Mais en ça, aussi con que j'ai pu être, aussi dégueulasse, aussi couard, aussi répugnant... en ça j'y crois. Ça arrivera.
Et puis pour ce qui me concerne... qui s'en soucie au fond. Pas moi en tout cas.