Boudin blanc.

J'ai pas très envie d'écrire, mais j'ai encore moins envie de faire autre chose. Alors je vais écrire.

Paraîtrait que je procrastine. Outre la répugnance que m'inspire ce mot, ce goût merdique qu'il laisse dans la bouche après qu'on l'a prononcé, je ne suis pas tout à fait d'accord ; en ce moment je ne procrastine pas, j'oublie, c'est tout.
Je ne perds pas de temps à décider de décider, à décider de décider de faire, à décider de décider de ne plus attendre de faire, ou plus simplement à décider de décider de décider de dormir. C'est faux. J'oublie juste de décider.
Je crois que mon cerveau s'est tout simplement adapté, au bout de trente ans. Il court-circuite dès qu'une décision est à prendre, dès que le chemin des actions n'est pas rectiligne, sans carrefour. Il positionne automatiquement des œillères de chaque côté de ce visage si joli qu'on le croirait être une oeuvre de Dali, et m'enjoint à ne pas m'enjoindre. Une espèce de fil coupeur d'enjoint.
Alors du coup ça ne rend pas la vie plus facile, mais ça ne la complique pas non plus, ça fait comme si je suivais un tunnel un peu encombré, avec toutes les issues de secours fermées, et un mince espoir d'un jour retrouver la lumière stellaire (parce que oui, n'oubliez pas, le Soleil est une étoile). Un peu comme si j'étais coincé dans l'intestin de Pierre Menés après... après rien, en fait, son intestin est en permanence encombré, au contraire de sa conscience qui elle reste vide. Intestin plein-conscience vide, ça doit faire une contrepèterie ça, je vous laisse chercher.

Hier j'ai appris que Victor Hugo était le seul citoyen français vivant à avoir eu le privilège de recevoir du courrier où le nom de rue indiqué sur la missive était le sien. A monsieur Victor Hugo rue Victor Hugo.
Ce qui ne l'a pas empêché de finir par mourir, comme tout le monde. Pas comme tout le monde par contre il est au Panthéon. Je me demande si on est content d'entrer au Panthéon quand on est mort. Si tu partages l'au-delà avec tes voisins, se retrouver entre intellectuels et grands hommes, ça doit être pesant. Ça doit tourner à la comparaison de quéquette en permanence. "Moi j'ai écrit les Trois Mousquetaires", "Oui mais moi j'ai été prix Nobel de Physique et de Chimie en étant une femme", "Oui mais moi j'ai un nom agraire et pourtant j'ai bouleversé les mathématiques", "(chœur d'une vingtaine de voix) Oui mais moi je suis mort sur une barricade", "Oui mais moi de magnifiques arbres portent mon nom parce que mon bateau allait loin", "Oui mais moi je Braille". Bref on doit pas en sortir.

Enfin plutôt que de penser au surlendemain, mieux vaut penser au jour dui. Ça provoque moins de vagues à l'âme.

Je crois que, ce 6 avril 2014 à 17h27, je ne suis pas encore écrivain. Je sens que ça vient, mais c'est pas encore là. Je crois qu'il faut encore continuer à écrire même quand j'en n'ai pas envie. Je crois qu'il faut continuer à ne pas décider. Je crois qu'un jour j'aurais une rue à mon nom, la rue Trouduquu. Je crois qu'un jour j'entrerai au Panthéon. Pour visiter. Et puis après j'irai boire un verre en terrasse avec des potes. Pourquoi en terrasse ? Parce que terrasser, c'est vaincre, et que vaut bien mieux boire un verre gagnant, que de perdre assoiffé.
Parlez en au chameau.