C'est le texto que je reçus hier à 22 h 34 d'un numéro inconnu de mon téléphone. Je ne connais pas de Sarah, je ne vois donc pas pourquoi ce serait-elle. Ni pour quoi d'ailleurs.
Il arrive de recevoir des textos de mauvais numéro, plus régulièrement de recevoir de faux appels. Je ne m'en suis donc guère inquiété, ai fini ma journée en rentrant les notes de mes élèves sur leurs bulletins en ligne (technologie...), puis me suis couché en regardant les exploits de Michael Jordan face aux Golden State Warriors (Youtube...). On parle de basket.
Mes yeux se sont donc fermés au son d'un "What a shot by Michael", et puis j'ai entendu une vibration. Je ne sais pas quelle est l'heure. 2 30, 3 heures je pense. Il est en fait 4. Le rédacteur du texto m'appelle, mais pas suffisamment longtemps pour que je sorte complètement de ma léthargie, et que je puisse me saisir de mon portable. Le temps d'une sonnerie me semble-t-il, encore semi-comateux que je suis.
Je déteste être réveillé dans le silence de la nuit. Je finis immanquablement par entendre mon cœur battre, et par ne plus pouvoir fermer l'oeil par crainte qu'il ne s'affole, ou qu'il ne se calme de manière définitive. C'est stupide, je sais, mais je déteste entendre mon cœur battre. Je crois que je préférerais encore le son de la fraiseuse du dentiste, si elle existe encore. Penser à prendre rendez-vous avec le dentiste.
Donc je suis maintenant complètement réveillé. Mon cœur bat. Je relance une vidéo de Michael, contre les Washington Bullets cette fois. Je pense à ma journée de demain. Enfin d'aujourd'hui, enfin je pense à ce qui m'attend. Je commence à replonger...
Et puis ça revibre. Quatre fois. Mais je suis encore trop peu réactif. Peut-être un message sera-t-il laissé? Queud. Je me rendors, stresse de la route et de mes cours. Je donne mes cours, puis ai trois heures à tuer ce matin.
Je repense aux coups de fil. Un à 4 heures, l'autre à 4 h 25. Peut-être ma collègue covoitureuse de boulot, j'ai l'impression que.... mais non, pas son numéro. L'indicatif non-identifié me parait familier. J'envoie un texto toujours plaisant à recevoir je suppose, "Je ne sais pas qui tu es, tu m'as envoyé un texto mais je ne connais pas de Sarah. Est-ce une erreur de ma part, ou de la tienne ?" Pas de réponse.
Je repense aux coups de fil. Un à 4 heures, l'autre à 4 h 25. Peut-être ma collègue covoitureuse de boulot, j'ai l'impression que.... mais non, pas son numéro. L'indicatif non-identifié me parait familier. J'envoie un texto toujours plaisant à recevoir je suppose, "Je ne sais pas qui tu es, tu m'as envoyé un texto mais je ne connais pas de Sarah. Est-ce une erreur de ma part, ou de la tienne ?" Pas de réponse.
Alors je réfléchis. Il est possible de se tromper de numéro, mais trois fois ? En envoyant un texto et en essayant de joindre quelqu'un deux fois en pleine nuit ? Tout cela est bizarre.
Je commence à créer un schéma. Je ne suis de toutes façons pas le bon numéro. Mais je suis dans le répertoire de la personne, sans doute en tête de liste (Alexis, c'est souvent dans les premiers, je parlais à l'époque régulièrement à des poches de téléphones mal verrouillés). Je penche pour une femme, d'abord parce que ça rend le tout plus romanesque, ensuite parce que j'interprète le texto comme un "tu as choisi Sarah alors?" La demoiselle est ensuite désespérée devant l'absence de réponse, et répète l'erreur de composition dans un élan de détresse, en pleine nuit, en pleines larmes, cette fois en appelant. Mais après une sonnerie, elle se ravise.
Elle résiste 25 minutes, puis recommence. Quatre sonneries, puis encore une fois elle raccroche, le souffle cours, se traitant de crétine. Elle pleure, se morfond, passe une nuit blanche.
Je commence alors à deviner qui cela aurait pu être. Je regrette donc de ne pas avoir décroché. Cela n'aurait sans doute rien changé, mais j'aurais été heureux de l'entendre. Je me dis que mon texto a du faire un effet des plus... agréables. Mais tant pis, ça commençait à faire long, j'avais d'autres gens à ajouter dans ma liste de contact. Et je suis, de toutes façons, incroyablement maladroit, puisque gaucher.
Le plus drôle, dans tout ça, c'est que ce mois-ci, pour le moment, j'ai reçu deux appels.