L'odieux crépuscule.

Je n'ai pas fait attention et il était déjà là. C'est passé trop vite, je n'ai rien pu faire. Je n'ai du reste rien fait. Rien du tout.
La lumière crépusculaire éclaire des arbres sans ombre, les branches flottant dans un vent silencieux. Silencieux mais puissant si l'on en juge par la vitesse des nuages bas et encore discernables. Le ciel ne semble pas encore être prêt à s'écrouler, et pourtant l'air est lourd. Des colonnes d'air pèsent sur mes épaules comme la fainéantise sur mes actes.
Le Moulin-neuf a empli mon verre, deux fois. Les girouettes du jardin tournent plus rapidement que mes pensées, mon neurone unique choquant les parois d'un hémisphère encombré.
L'habit ne fait pas le moine, les habitudes l'homme. Je suis comme vous, fatigué de moi, et de mois. Plus que trois. Autant de mois à professer que de billets à écrire. J'imagine déjà l'instant libérateur où je pourrais écrire que c'est fini.
Je me dis que peut-être un jour ce sera plus que lu, ce sera compris. Par quelqu'un de plus brillant que moi, donc. Il est toujours flatteur qu'un mieux-que-soi arrive à donner sens à nos actes, à nos mots, mieux qu'on ne serait capable de le faire soi-même. Rageant, frustrant, vexant, mais flatteur.
Pas de lumières de phares à passer sur la Pierre-levée. Les hommes sont trop saouls, trop avachis, trop plein d'amour pour rouler.
Je rêve d'un ministère des droits des cons pour enfin être représenté. L'égalité de droits des cons, je trouve qu'on n'y pense pas assez.
Je vais m'arrêter là.