Les creux, en bas, à gauche.

C'est une crise de foi. Une éclatante, submergeante crise de foi.
On se soigne à coup de guimauve prémâchée, de bonheur formaté, de rêves trop facilement réalisés.
Mais y croit-on encore... Tel un Lautréamont sur son premier chant, je vous inviterais volontiers à ne pas rester en ces lieux. A moins que vous n'ayez la foi chevillée au corps.
"Je ne crois plus en ces institutions." Faut-il être débile, déficient pour un jour espérer quelque chose d'une institution, quelle qu'elle soit? Une institution n'a pas de volonté, de but, de vision, une institution est une machine qui produit. Elle ne génère pas de foi. Elle délivre des produits, des données, des chiffres selon un cérémonial huilé. Une institution n'a pas d'yeux, n'a pas de conscience. Elle ingère, digère, puis recrache.
Parfois influe-t-on de manière minime sur son système digestif, remplaçant l'enzyme A par la B, le tuyau X par l'intestin Z. Mais l'institution reste fidèle à elle-même, elle ne discerne pas, ne cherche pas à le faire.
Elle traite, 1+1 = une part en moins.
"Je suis le fruit d'un système..." Non, tu es le fruit, tout d'abord, d'un certain hasard, qu'on pourrait qualifier de génétique ; tu es également, sans doute, le fruit des mots des tiens, des caresses des tiens, des coups des tiens, de l'abandon des tiens. Et puis tu deviens ton propre fruit, celui de tes choix, aussi minimes soient-ils. Tu n'es pas le fruit du système. Regarde-toi une bonne fois. Une bonne foi. Regarde-toi. Tu as perdu ta candeur juvénile? Retrouve-là. Tu as perdu ta flamme adolescente? Retrouve le carburant qui la faisait brûler. Tu as perdu le goût de vivre? Va te nourrir à la source des autres, de tous ceux qui t'entourent, et qui pour les brimades, les excisions, les émasculation perpétrées par les cohortes de salauds sans visage, t'enverront le sourire qu'ils ont décidé de ne plus quitter. Tu n'es le fruit que de toi-même. Seul, ton fruit se flétrira, digéré par ton système. Nous ne sommes que des vers luisant, produisant un jour dont la puissance est exponentiellement liée au cardinal de nos univers.
"La Raison m'éclaire." Mes couilles. La raison taylorise, la raison coûte marginalement, la raison open spacise, la raison quotate, la raison discrimine, la raison quantifie, la raison ostracise, la raison digère, encore. La raison Malthus. La raison Rand.
Ne te trompe pas, ne te trompe pas de mes mots : réfléchis, oui, recherche, oui, comprends, oui.
Mais ce serait tout? Ce serait vraiment tout?
Je vais te le redire. Déconne, fixe les règles et oublie-les, pour un temps peut-être. Détruis les cellules, produis du chaos, génère du désordre. Pour un temps, seulement. Ou pas. Ne résonne pas dans un cube fade et exhaustif. Distords les lignes, épanouis les espaces, dilate le temps. Combine les noyaux, fonds-les. Explose d'un niveau quantique à l'autre. Laisse-toi le droit de partir en restant. Permets-toi de courir plus lentement que ne marcherait le plus grabataire des gastéropodes. Fanatise sans frénésie, rhétorise sans mot, dialectise sans élève.
Laisse-toi le droit de croire en tout, et surtout en n'importe quoi. Sans Raison.

Que c'est prétentieux tout ça, que c'est pompeux, que c'est pompant. Quel être aussi putridement imbus de lui-même pourrait bien générer cette suite de mots aussi informes qu'indigestes? Ne réalise-t-il pas l'incohérence de ce... discours? Ne comprend-il pas la vacuité de son espace, de l'air qu'il respire. Est-il conscient qu'il n'a aucune utilité? Aucune? Sait-il qu'il est fou?


Oui.

Il le sait.

Cela l'en rend d'autant plus redoutable.