Portion individuelle.

Je dois surement me répéter. Je laisse traîner mes mots sur une soixantaine d'itérations de tailles et d'intérêts inégaux, et sur la somme des productions, un psychologue tout juste correct décèlerait sans aucun doute des lubies, des obsessions, des thématiques récurrentes. N'importe qui les verrait même, je suppose.

Aujourd'hui on va recommencer avec la solitude. Je dis recommencer dans le cas fort probable où j'aurais déjà évoqué en ces lieux ce sujet. Je n'aime pas être seul, vraiment pas. Je crois qu'avec la nuée de sauterelles et l'écoute d'un disque de Christophe Maé ou des Enfoirés, c'est un des trois piliers d'une journée ratée. Et ce week end je suis seul ; et ce n'est pas toujours facile.

Etre seul signifie être seul. Sans personne. Avec soi, et rien que soi. Et quand on ne se supporte pas bien, c'est assez désagréable. J'entre en conflit avec moi sur à peu près tout : ma manière de m'habiller, le temps que je mets en week end à me traîner jusqu'à la salle de bain pour enfin me doucher, la manière dont je fais la cuisine, la manière dont je tiens ma fourchette, la manière que j'ai d'immanquablement tacher mes affaires propres à la moindre bolognaise, à la moindre sauce chargée de graisse présente dans mon assiette. Je n'aime pas beaucoup non plus la manière dont je me traite, comment je fais preuve de très peu de compréhension et d'indulgence envers moi-même. Je m'insulte d'ailleurs régulièrement pour ça.
Je vous éviterai le chapitre de la lunette des toilettes jamais baissée, ou encore du lit jamais fait. A chaque fois que je tombe dessus, j'ai envie de m'attraper pour me filer une bonne soufflante. Je ne parlerai pas non plus de cette incorrigible manie de tout faire au dernier moment, pour toujours la même raison, glandouiller. Je sais très bien que si je ne me prends pas entre deux, yeux un jour ou l'autre, je vais finir par avoir des problèmes pour construire une vie ne serait-ce que satisfaisante.
Je sais bien que je critique tout ça pour mon bien, parce qu'au fond de moi je m'aime un peu ; mais ce n'est pas toujours facile d'en prendre conscience, perdu qu'on est au milieu des engueulades et des reproches.

Donc aujourd'hui je me suis déjà repris moi-même trois fois. Une pour mes pets abusifs dans le lit un dimanche matin jusque-là paisible et serein, une autre pour ma tenue à la table du petit-déjeuner, tenue nonchalante à la limite de la provocation, le caleçon usagé baillant beaucoup trop pour être supporté par mes yeux, et enfin une dernière fois à la vue de l'évier, empli d'une vaisselle non faite hier soir, occupé que je fus à regarder dix minutes de Mickaël Grégorio chantant du Mika (vivement la diffusion du Laurent Gerra chantant du Mickaël Grégorio chantant du Mika chantant du Sting chantant du Mickaël Jackson). Bref la journée n'est riche que de quelques heures, que déjà je n'en peux plus. Et le repas dominical, source habituellement de crises entre mon égo et mon dégout, ne s'est pas encore déroulé. Je crains le pire.

Que cela ne vous empêche pas de passer un bon week-end. Vous, c'est sûr, je vous embrasse. Bon appétit.