De l'art du renvoi.

Ça recommence encore, ça brûle au niveau de la plèvre. Ou en-dessous. Ou à coté. Enfin ça brûle un peu le poitrail. Et ça remonte. En vague d'assaillants agressant sans cesse et pharynx, larynx, voute buccale, piquant de leurs petites lances les remparts de mon système digestif. Je bouffe de la merde quand je bosse, c'est avéré, et cependant ces accès ne sont pas seulement le fruit de mes habitudes alimentaires.
Je suis aigre. Comme un vinaigre qui aurait tourné. Comme un militant fasciste devenu plus intolérant. Comme un capitaliste plus avide. Comme un gauchiste plus fainéant. Comme un droitiste plus égocentriquant. Comme un étiqueteur en manque de colle.
C'est sans doute une nouvelle phase de très douce dépression, ou ni moi ni les autres ne valent bien le coup. Jusqu'à...
En tout cas ça picote sec. J'ai hâte de changer tout une nouvelle fois.
Comme si ça allait me faire devenir un autre. Comme si ça allait changer mon monde, ou la perception  que j'ai du vôtre. Enfin du nôtre. Enfin vous voyez. Comme si ça allait tout régler.
Des fois je m'imagine dans une vieille baraque croulante que j'aurais investie depuis bien longtemps. Seul et vieux, en face de livres, de vieux écrits. Et je me demande si j'arriverais à faire face, à ce moment-là, à l'orée de ma vie, je me demande si j'arriverais à faire face à l'amoncellement de mes choix, de mes renoncements, de mes faillites, de mes défauts. Et si enfin j'aurais réussi à faire quelque chose de mes qualités. Sans blâmer le reste, sans en profiter éhontément, sans... y réfléchir en somme.
Y penser sans y penser. Être naturel tout en l'ignorant. Vaste sujet. Vaste sujet.

Sinon, intéressez-vous un jour à la machine d'Anticythère. C'est incroyable et passionnant. Vive les éclipses.