Festins ; intestins.

On se nourrit pour vivre, faire passer des nutriments dans notre sang au niveau du grêle, ou du gros, mes notions d'anatomies sont lointaines et imprécises. Le "plaisir" de manger est donc une production : au départ, manger n'est pas un plaisir, mais un besoin. Comme excrémenter par exemple.
Il est d'ailleurs troublant de penser qu'à une ou deux mutations, à un truchement historiographique des conventions sociales près, la perception de ces deux fonctions par notre céphale, bi ou hydro, aurait pu être inversé. Je m'explique.
J'imagine parfois, dans les salles où je me produis actuellement, un élève me demander "monsieur, je peux sortir, faut absolument que j'aille bouffer !", et moi, superbe et intransigeant, de répondre "non, tu te retiens jusqu'à la fin du cours", et d'ainsi jouir de la face contrite de l'affamé.
Ou encore, mon cerveau tout aussi malade que fertile transforme parfois le réfectoire en défectoire, chacun discutant de sa matinée, trône javelisé, prêt à prendre plaisir au déchaînement jubilatoire de son système digestif. "Comment est passé ton chili?" "Ça piquait un peu au début, mais avec la bière que j'ai éliminée, ça donnait une couleur pastelle du plus bel effet." "Toi, tu sais te faire plaisir, moi c'est toujours du rapide, aussitôt chié, aussitôt chasse-tirée, je sais pas prendre mon temps pour savourer." 
Et oui, peut-être l'homme de Cro-magnon, ou son cousin l'australopithèque (la paléontologie à ranger dans la même case que l'anatomie, oui, je sais...) prenait son plaisir dans la position assise dans les fourrés, plutôt que celle... assise dans sa grotte à bouffer sa viande rouge tout juste tiède. Et ce n'est que par une décision aussi injuste qu'arbitraire qu'un "sage" a dit un jour "Non mais les gars, si le but de notre espèce, c'est juste de se vider, notre histoire va pas pisser bien loin." Oui, car il avait le sens de la formule.
Alors l'humanité entière décida de taire le plaisir du trône, pour laisser place à celui de la table. Et qu'on ne me dise pas qu'une simple question d'hygiène expliquerait ce fait. Il suffit de voir un fils de mineur polonais se pourrir la chemisette avec sa carbonade à Rouvroy, un fils d'immigré turc se maquiller les lèvres de houmous à Carcassonne, ou un fils d'indépendantiste vendéen se pourrir le pantalon à coup de mogettes à Drumondville pour comprendre que la saleté n'est pas toujours là où on croit qu'elle est. La saleté. (A noter ; le correcteur orthographique ne connaît ni carbonade, ni mogette. Encore un coup de la globalisation galopante pour nous faire renier nos traditions ancestrales au profit de superpuissances capitalistes tiens... Google je te conchie !!! ).


C'est donc pour cela que j'ai décidé de réconcilier plaisir de la fourchette et de la cuvette en ces lieux. Et j'ai pas mieux pour conclure.