Le coup de fourchette.

La force de l'habitude est souvent une force d'inertie. Elle rend immobile, statique même dans le mouvement. Quand on oublie ce qu'on fait, quand on n'en a plus conscience, on finit par s'oublier soi-même et par ne plus réaliser ce qui fait de soi un être particulier.
Le coup de fourchette est particulier. Ce geste machinal et quotidien doit être effectué en pleine certitude de soi. Bouffer c'est drôlement important, bouffer de manière personnelle c'est fondamental. Tiquer sur la côte de bette, saliver sur le travers de porc mariné, engloutir l'éclair au chocolat, vomir les fils de haricots, fantasmer l'huître en août...
L'identité quoi. L'identité de la baguette, de la fourchette, de la cuillère, de la main, bref de ce qui nous sert à bouffer, à nous nourrir, à être humain, à être nous.
Je suis un gros dégueulasse couverts en mains, j'en fous partout, bah oui, c'est moi.

Ça me parait très important de dire tout ça.