Marchand de sable.

Une vingtaine de degré au thermomètre, un léger vent marin. Le sable sous les pieds, puis sous les fesses lorsque je m'assoie en tailleur. Un short, des petites soquettes, des baskets. Un sweat, une casquette. La capuche sur la casquette.
Avec ma guitare je me sens... incongru, pas invité au milieu des familles. Alors je me cache sous la capuche, sous la casquette, je commence à gratter, et je ferme les yeux.
Je gratte un accord, un mi mineur, je varie le rythme, je bend, j'étouffe, je rythme mes pensées, les yeux fermés.
Je commence à me sentir de mieux en mieux. J'accompagne mon grattage par une sorte de borborygme, un espèce d'hymne chamanique pour chasser mes dernières inhibitions.
Je finis cette introduction, puis commence à jouer, vraiment. Personne ne s'arrêtera, je ne sais même pas si quelqu'un entendra vraiment. Ce n'est pas grave, le vent, les vagues, les demoiselles (surtout les demoiselles), les familles, les couples grisonnant... Le décor est parfait. J'avais prévu six chansons, j'en joue sept. Et puis je contemple. Je prends mon temps.
Je n'aurais échangé avec personne. Mais j'aurais été au milieu, pas seul.

Je ne me force pas assez. Jamais assez.