Un sourire. Juste un. Le sien. Réussir à ce que la première chose qui lui arrive aux lèvres, quand j'entre dans son champ de vision, ce soit un sourire. Si ça arrive la journée est gagnée. Si ce n'est pas le cas ce n'est que partie remise.
Les règles du jeu sont simples : pas de tentative d'humour, pas de grimace, pas de tenue extravagante, pas de situation burlesque. Juste être soi, et réussir à lui faire décrocher ce sourire. La défaite a cela d'intéressant que dans notre cas, elle ne peut qu'être ultime. Il n'y aura plus rien derrière. Ce sera fini. Si je perds. La victoire a cela d'intéressant qu'elle en présuppose d'autres. Si je gagne.
Un sourire. Ce mouvement de quinze muscles. Il ne devra pas être nerveux. Je devrais le provoquer. Je devrais lui jeter le gant, le pousser à sortir, je devrais l'aiguiller, l’aiguillonner, le titiller. Je ne devrais pas vivre que pour ça, surtout pas. Je dois continuer à faire les choses, faire comme si de rien n'était, faire comme si tout ce qui comptait n'était pas résumé par l'apparition de ses incisives, voire de ses canines. Faire comme si l'éventualité de cette situation n'était que le prolongement logique de tout le reste, la continuité de tout ce qui a été, la cause de tout ce qui sera.
C'est ambitieux, et c'est bien. Soyez ambitieux sur les petites choses. Vraiment.
Un sourire. Un sourire. Un sourire. Un sourire.