Pigeon abîmé

Et puis le nain putride continue sa longue litanie vespérale des saints de notre époque : saint-chomdu, patron des indemnisés, saint-kidnapping, patron des enlevés, saint-attentat, patron des terrorisés, saint-4G, patron des embobinés, et saint-entrisme, patron des enfoirés.
Le nain finit son exercice quotidien en nous parlant d'un livre, un jeune homme qui raconte un homme plus vieux, son père. Un père dont il ne sait trop que penser : espion magnifique ou escroc pathétique, lui qui laisse des messages énigmatiques à son fils jusque sur son lit de mort? Une enquête passionnante qui mènera notre écrivain à conclure que... oui, on s'en branle complètement.
Ce qui est plus intéressant, c'est de se rappeler qu'une demi-douzaine d'années auparavant, j'avais eu avec cet écrivain un échange assez bref, lors d'une soirée organisée par ma sacro-sainte école de plumitif. Aviné comme souvent, je lui avais demandé d'où il venait, quelles étaient ses études avant de venir apprendre à gratter du papier. Il m'avait répondu qu'il venait d'Henri VI, lycée parisien aussi élitiste que je suis éthyliste. "C'est marrant, tous les mecs d'Henri VI que je connais, c'est des connards, mais toi t'as pas l'air d'être trop un connard" lui ai-je dit. "Si tu veux réussir dans ce métier, tu devras peut-être apprendre à être plus diplomate" me répondit-il avant de me quitter comme on se débarrasse d'une chaude-pisse, me laissant bienheureux avec Théodule, mon éléphant rose préféré.
Tout cela pour dire que j'ai donc reconnu la trogne quelconque bien qu'un peu altière du jeune homme dans la suite d'images lancée par le nain. Romancier donc. Sauf que journaliste aussi, ce que bien sûr les images ne révèlent pas, y a juste moi qui le sait. Escroc fils d'escroc. Entrisme donc, on file un coup de main à son pote journaliste qui sort un livre. Pour moi ce roman n'est ni quelconque, ni magnifique, il ne sera que non lu.
Si vous voulez lire des choses bien, je vous conseille le Projet El Pocero d'Anthony Poiraudeau. Il n'est pas journaliste, et n'a donc pas eu les faveurs du nain. Et pourtant il écrit bien.
Parfois, je peux me tromper. Ça arrive. Je parle du connard. Injuste ? Sûrement.

Ça fait du bien. Pas autant que de manger du coulommiers, mais c'est pas mal.