Des grillons, le souffle du vent dans les boulots, le cri insupportable de l'âne dans la nuit, la fraîcheur. C'est comme ça que ça commence. Tu vois loin à l'ouest les derniers mauves du soleil, et tu imagines ceux pour qui un jour nouveau commence à l'est. Et puis tu respires, fort, goulûment. C'est frais dans ta bouche, dans ton larynx et ton pharynx, ta cage thoracique s'emplit, et tu te sens bien. Tu fermes les yeux, tu essaies de ne plus penser à rien, tu es juste là, au milieu du souffle de la nuit.
Tu oublies tes cours, tes élèves, tu oublies la Syrie, tu oublies le foot, tu oublies les regards de travers, tu oublies le mépris, tu oublies ton mépris, tu oublies le manque de sommeil, tu oublies les bières trop nombreuses, tu oublies les discussions sans intérêt, tu oublies la monomanie, tu oublies ton monde pour mieux pénétrer LE monde.
Ça dure une vingtaine de secondes et c'est interminable. C'est aussi beaucoup trop court. Tu revoies des choses oubliées. Tu revis des choses tellement agréables que tu ne veux plus t'en rappeler. Ça n'existera plus. C'est trop tard. Tu n'as pas tout détruit, c'est juste que c'est parti. C'était pas un château de cartes, ou de sable, c'était un train, un bus ou un cargo. Pas un avion, jamais. Un cargo plutôt, avec de la marchandise, des containers, des voitures, du pétrole, et ta cabine. Tu voyageais pas en première, mais t'aurais pas été à l'aise en première. T'as besoin que ça remue, que ce soit exigu. T'as besoin de partager la bouffe des matelots. T'as besoin d'être au contact. T'es mal quand t'es isolé, dans une tour d'ivoire pleine de défenses. T'arrives plus à ouvrir les portes, tu fermes tous les volets, tu opacifies, tu ostracises, tu autarcies. Tu regardes les miroirs, tu les pètes.
Tu te laisses aller. Tu deviens un mixte entre Howard Hugues et Daniel Plainview. Sur la fin, du genre à pisser dans des bocaux en jouant au bowling avec des prêcheurs de vent.
Tu vas dormir. Tu vas te réveiller. Tu vas respirer, fort. Et tu vas y arriver, pour une fois. Tu vas y arriver. Tu vas boire, et tu vas y arriver.
Tu oublies tes cours, tes élèves, tu oublies la Syrie, tu oublies le foot, tu oublies les regards de travers, tu oublies le mépris, tu oublies ton mépris, tu oublies le manque de sommeil, tu oublies les bières trop nombreuses, tu oublies les discussions sans intérêt, tu oublies la monomanie, tu oublies ton monde pour mieux pénétrer LE monde.
Ça dure une vingtaine de secondes et c'est interminable. C'est aussi beaucoup trop court. Tu revoies des choses oubliées. Tu revis des choses tellement agréables que tu ne veux plus t'en rappeler. Ça n'existera plus. C'est trop tard. Tu n'as pas tout détruit, c'est juste que c'est parti. C'était pas un château de cartes, ou de sable, c'était un train, un bus ou un cargo. Pas un avion, jamais. Un cargo plutôt, avec de la marchandise, des containers, des voitures, du pétrole, et ta cabine. Tu voyageais pas en première, mais t'aurais pas été à l'aise en première. T'as besoin que ça remue, que ce soit exigu. T'as besoin de partager la bouffe des matelots. T'as besoin d'être au contact. T'es mal quand t'es isolé, dans une tour d'ivoire pleine de défenses. T'arrives plus à ouvrir les portes, tu fermes tous les volets, tu opacifies, tu ostracises, tu autarcies. Tu regardes les miroirs, tu les pètes.
Tu te laisses aller. Tu deviens un mixte entre Howard Hugues et Daniel Plainview. Sur la fin, du genre à pisser dans des bocaux en jouant au bowling avec des prêcheurs de vent.
Tu vas dormir. Tu vas te réveiller. Tu vas respirer, fort. Et tu vas y arriver, pour une fois. Tu vas y arriver. Tu vas boire, et tu vas y arriver.