J'ai envie d'écrire que je suis un tocard, et j'y arrive pas ce soir. Les arguments sont pourtant nombreux. Une incapacité à travailler ce soir qui va faire que je vais devoir me taper un réveil aux aurores pour fignoler ce qui doit l'être. Une obligation de fouiller dans un passé récent moins que reluisant, où j'ai réussi en deux mois à blesser plus de gens que je ne l'ai fait en 29 ans. Une envie irrépressible d'être quelqu'un d'autre, encore. je ne suis que moi, donc.
Moi. c'est pas bien joli comme mot. Y'a plus chouette. Philanthropie, ou misanthropie, c'est pas mal. Réfractaire, ça marche bien, on sait ce que ça veut dire. Enthousiaste, je crois que j'aime bien les h après consonnes. Mirabelle aussi, et pourtant j'en déteste le goût. Mais moi... sans vraiment d'intérêt. Mois ça marche, il ne manque rien, les voyelles sont encadrées. Moi... y'a au moins une limite qui manque. C'est ça, il manque toujours quelque chose à moi. J'ai bien essayé le couple, mais je me suis planté, lamentablement. Je me suis dit que nous ce serait forcément mieux pour moi, et en fait non. Je crois d'ailleurs que moi ne peut être inclus dans nous. En tout cas pas pour le moment. Il faudrait que moi me paraisse plus accompli, plus digne de confiance.
Moi est ouvert, et rien ne le ferme. Rien ne le termine. Moi se termine sur le i, sans vraiment être fini. Il attend le mot suivant. Pas de je, surtout pas de je, Moi je, que c'est laid. Moi engloutit sans rien digérer, c'est sans doute pour ça qu'il se construit lentement. Moi commence par être malicieux, est ensuite onctueux, pour au final ne rester qu'incorrigible. Moi est souvent fatigué, par lui-même. Un moi mou. Un mou moi. Un moi mou mais mouvant.
Moi ne veut donc pas croire qu'il est un tocard. Il va s'infliger une insomnie de plus pour ça, moi. Trou du cul, moi.
Aller, j'y retourne, j'ai peur d'avoir un peu trop employé du moi.