Cher André,
"Je t'enseignerai la ferveur" m'avais-tu annoncé, de but en blanc. Pour commencer, tu comprendras que de par ma nature incessamment rétive, l'utilisation à mon encontre d'une adresse directe associée à la certitude de pouvoir me changer n'a pas provoqué la plus enthousiaste des réactions.
La ferveur me dis-tu. Pour quoi, pour qui mon bon André. Quel sera le véhicule de cette ferveur, quel en sera le destinataire ? Pas toi, tu me dis de t'oublier, d'oublier même ton argumentaire, de n'être plus que moi, moi sans aucune réticence, moi sans aucune dissimulation, moi sans aucune hésitation.
Tu m'invites à ne plus rien faire que vivre, à ne plus rien faire qu'admirer, à ne plus rien faire que ressentir. Tout comme tu l'as fait dans les jardins, le désert, les villes sur pilotis. Tu m'invites à me nourrir. Je sens la voracité qui te tenaillait à chacune des lignes que tu as posées. J'aimerais te dire qu'elle est communicative, qu'elle submerge, qu'elle enivre, qu'elle me laisse là, me demandant pourquoi j'ai attendu, pourquoi je ne me suis pas plongé plus tôt dans ta ferveur, afin d'emplir ce gouffre béant. Je dois te l'avouer, oui, j'y ai cru.
En te lisant dans ce train entre Quimper et Nantes, pris de frénésie, coincé entre toi, mon bon André, et cette magnifique demoiselle avec laquelle j'échangeais d'innocentes mais réelles œillades, j'y ai cru. Qu'elle était belle André, tu n'imagines pas... Belle à m'en faire tout oublier : pourquoi j'étais dans ce train, où il m'amenait, d'où je venais. Presque même belle à te faire, toi, sombrer dans les limbes des écrivains lus, mais trop vite digérés et rangés dans la case "magnifique, mais pas assez inoubliable." Mais si je ne m'abuse, n'était-ce pas toi, mon bon André, qui depuis 170 pages déjà m'exhortais à me nourrir de la beauté du Monde, à la goûter pour mieux voir et comprendre Dieu en toute chose ? Et bien voilà, je la goûtai cette suprême beauté, tout autant qu'elle me goûtait, je crois. La saveur ne pouvait être la même pour elle. J'étais aux anges. Oui André, aux anges, par de simples regards. J'eus la vaine impression de ne plus être le fond de la toile. J'étais le cœur de l'action. Je croyais voir Dieu comme j'avais vu Marie.
Nul besoin de te dire qu'elle descendit à Nantes, et que je ne la revis dès lors plus jamais. Mais quoi, André, qu'aurais-je du faire de plus, pris que j'étais dans ma ferveur. J'ai goûté ce moment sublime, ces quelques 90 minutes d'intense laisser-aller, d'absence d'emprise sur moi et le reste. Tu m'avais convaincu, elle allait me vaincre. Mais quoi, c'est fini maintenant. J'ai peur de te lire à nouveau, de laisser une nouvelle fois mon cœur s'enflammer à ta thèse, d'encore plonger dans les délices de ta nourriture. "Pourquoi" me dirais-tu, "pourquoi Nathanael ?"
Peut-être, qui sait, parce que j'aime avoir faim.
"Je t'enseignerai la ferveur" m'avais-tu annoncé, de but en blanc. Pour commencer, tu comprendras que de par ma nature incessamment rétive, l'utilisation à mon encontre d'une adresse directe associée à la certitude de pouvoir me changer n'a pas provoqué la plus enthousiaste des réactions.
La ferveur me dis-tu. Pour quoi, pour qui mon bon André. Quel sera le véhicule de cette ferveur, quel en sera le destinataire ? Pas toi, tu me dis de t'oublier, d'oublier même ton argumentaire, de n'être plus que moi, moi sans aucune réticence, moi sans aucune dissimulation, moi sans aucune hésitation.
Tu m'invites à ne plus rien faire que vivre, à ne plus rien faire qu'admirer, à ne plus rien faire que ressentir. Tout comme tu l'as fait dans les jardins, le désert, les villes sur pilotis. Tu m'invites à me nourrir. Je sens la voracité qui te tenaillait à chacune des lignes que tu as posées. J'aimerais te dire qu'elle est communicative, qu'elle submerge, qu'elle enivre, qu'elle me laisse là, me demandant pourquoi j'ai attendu, pourquoi je ne me suis pas plongé plus tôt dans ta ferveur, afin d'emplir ce gouffre béant. Je dois te l'avouer, oui, j'y ai cru.
En te lisant dans ce train entre Quimper et Nantes, pris de frénésie, coincé entre toi, mon bon André, et cette magnifique demoiselle avec laquelle j'échangeais d'innocentes mais réelles œillades, j'y ai cru. Qu'elle était belle André, tu n'imagines pas... Belle à m'en faire tout oublier : pourquoi j'étais dans ce train, où il m'amenait, d'où je venais. Presque même belle à te faire, toi, sombrer dans les limbes des écrivains lus, mais trop vite digérés et rangés dans la case "magnifique, mais pas assez inoubliable." Mais si je ne m'abuse, n'était-ce pas toi, mon bon André, qui depuis 170 pages déjà m'exhortais à me nourrir de la beauté du Monde, à la goûter pour mieux voir et comprendre Dieu en toute chose ? Et bien voilà, je la goûtai cette suprême beauté, tout autant qu'elle me goûtait, je crois. La saveur ne pouvait être la même pour elle. J'étais aux anges. Oui André, aux anges, par de simples regards. J'eus la vaine impression de ne plus être le fond de la toile. J'étais le cœur de l'action. Je croyais voir Dieu comme j'avais vu Marie.
Nul besoin de te dire qu'elle descendit à Nantes, et que je ne la revis dès lors plus jamais. Mais quoi, André, qu'aurais-je du faire de plus, pris que j'étais dans ma ferveur. J'ai goûté ce moment sublime, ces quelques 90 minutes d'intense laisser-aller, d'absence d'emprise sur moi et le reste. Tu m'avais convaincu, elle allait me vaincre. Mais quoi, c'est fini maintenant. J'ai peur de te lire à nouveau, de laisser une nouvelle fois mon cœur s'enflammer à ta thèse, d'encore plonger dans les délices de ta nourriture. "Pourquoi" me dirais-tu, "pourquoi Nathanael ?"
Peut-être, qui sait, parce que j'aime avoir faim.