Voilà, c'est décidé, je ne vais jamais arrêter d'écrire. Enfin jamais... pas tant que mes doigts remueront en tout cas. Parler d'épiphanie serait peut-être travestir la vérité. Disons plutôt qu'il n'est pas toujours simple de définir ce que l'on est. Je crois, et cela paraîtra extrêmement présomptueux et prétentieux, ou plutôt je sens que je suis écrivain. Sans doute de ceux qui, comme le disait Duras à propos de Sartre, ne savent pas écrire. Manière ici de dire que je ne sais peut-être pas écrire, pas que je suis le nouveau Sartre. Je ne porte pas de lunettes. Pour l'instant.
Je suis donc écrivain. C'est comme ça. Je suis écrivain tout autant que je suis un pauvre type. Je peux surement être plus influent sur la seconde caractéristique. Je l'espère en tout cas. Sur la première, cela me semble rédhibitoire. C'est comme ça et puis c'est tout. Antoine Blondin, champion du monde 1967 de l'aphorisme éthylique, a dit (ou écrit, comment le saurais-je...) un jour "Ça m'ennuie beaucoup d'écrire. Ça m'ennuie de ne pas écrire, mais quand j'écris c'est encore pire". Ça marque. Ce qui m'ennuie c'est d'avoir à vous faire subir tout ça, mais je dois le confesser, ça m'amuse aussi. Beaucoup. Pauvre type je vous dit. Type, parce que gamète mâle, pauvre, parce que sans le sous. Ou courbe financière tendant vers 0 plus exactement.
Dire que je le vis mal serait mentir. Je m'incruste de droite et de gauche, picolant un coup, grignotant beaucoup, polluant les cercles de mes intimes, des intimes de mes intimes, et parfois même des ... autres. Je note les noms de ceux que j'ainsi indispose, dans le rêve d'un jour tous les recevoir pour une fête sans fin, qu'ils pourraient rejoindre ou quitter quand bon leur semblerait, sans que l'hôte autrefois encombrant ne souhaite rien opposer à leur bien-être. Une manière de dire que, oui, je suis un trou du cul, mais que je me soigne. J'essaie de remonter le système digestif. Sale larynx va.
Tout cela étant fonction de l'écrivain que je peux être. Pour cela, trouver la matière, physique et intellectuelle. Se battre contre une nature indolente, parfois à la limite de l'indifférence n'est pas chose aisée. Je suis bien aidé par ceux qui étaient là (elle ne me pardonnera jamais, je prie pour qu'elle ne le fasse pas), qui sont là, et ceux qui seront là. Mais je crois qu'il faut en passer par là. Peut-être faudra-t-il couper les ponts. Ou peut-être faudra-t-il s'abandonner complètement aux autres. Difficile de savoir quelle éventualité serait la plus effrayante.
Peut-être, et surtout, faudrait-il arrêter de réfléchir quinze coups à l'avance. La vie n'est pas une partie d'échec, ou alors je l'ai déjà perdue. Je n'ai même pas avancé mon premier pion que déjà, ma dame est prise, et mon roi cerné. Laisse l'avenir doucement t'envahir. Oui André, j'y pense. Plus exactement j'essaie de ne plus y penser, d'en faire un réflexe. Je suis aujourd'hui, peut-être ne serais-je plus demain. Alors fais, maintenant, rends service, souris, aide, mets à profit tes qualités sans perpétuellement méditer tes défauts. Cède sans plus attendre au conseil le plus tendre.
Goûte, hume, délecte-toi. Et arrête de te parler à la deuxième personne du singulier, impératif présent. C'est ridicule.
Les fraises étaient délicieuses aujourd'hui. Le vin blanc enivrant sans pour autant assommer. Les mûres dispensaient sur mes papilles les saveurs des courses à vélo vers la plage, de la reprise des entraînements de foot avec cette odeur de gazon coupé, des tentatives avortées de faire décoller le cerf-volant, des réunions de famille où je pleurais de rire, des premiers émois adolescents quand je regardais les bikinis de l’Île d'Yeu. Il est très beau ce 14 août. Je m'en régale.
Je suis donc écrivain. C'est comme ça. Je suis écrivain tout autant que je suis un pauvre type. Je peux surement être plus influent sur la seconde caractéristique. Je l'espère en tout cas. Sur la première, cela me semble rédhibitoire. C'est comme ça et puis c'est tout. Antoine Blondin, champion du monde 1967 de l'aphorisme éthylique, a dit (ou écrit, comment le saurais-je...) un jour "Ça m'ennuie beaucoup d'écrire. Ça m'ennuie de ne pas écrire, mais quand j'écris c'est encore pire". Ça marque. Ce qui m'ennuie c'est d'avoir à vous faire subir tout ça, mais je dois le confesser, ça m'amuse aussi. Beaucoup. Pauvre type je vous dit. Type, parce que gamète mâle, pauvre, parce que sans le sous. Ou courbe financière tendant vers 0 plus exactement.
Dire que je le vis mal serait mentir. Je m'incruste de droite et de gauche, picolant un coup, grignotant beaucoup, polluant les cercles de mes intimes, des intimes de mes intimes, et parfois même des ... autres. Je note les noms de ceux que j'ainsi indispose, dans le rêve d'un jour tous les recevoir pour une fête sans fin, qu'ils pourraient rejoindre ou quitter quand bon leur semblerait, sans que l'hôte autrefois encombrant ne souhaite rien opposer à leur bien-être. Une manière de dire que, oui, je suis un trou du cul, mais que je me soigne. J'essaie de remonter le système digestif. Sale larynx va.
Tout cela étant fonction de l'écrivain que je peux être. Pour cela, trouver la matière, physique et intellectuelle. Se battre contre une nature indolente, parfois à la limite de l'indifférence n'est pas chose aisée. Je suis bien aidé par ceux qui étaient là (elle ne me pardonnera jamais, je prie pour qu'elle ne le fasse pas), qui sont là, et ceux qui seront là. Mais je crois qu'il faut en passer par là. Peut-être faudra-t-il couper les ponts. Ou peut-être faudra-t-il s'abandonner complètement aux autres. Difficile de savoir quelle éventualité serait la plus effrayante.
Peut-être, et surtout, faudrait-il arrêter de réfléchir quinze coups à l'avance. La vie n'est pas une partie d'échec, ou alors je l'ai déjà perdue. Je n'ai même pas avancé mon premier pion que déjà, ma dame est prise, et mon roi cerné. Laisse l'avenir doucement t'envahir. Oui André, j'y pense. Plus exactement j'essaie de ne plus y penser, d'en faire un réflexe. Je suis aujourd'hui, peut-être ne serais-je plus demain. Alors fais, maintenant, rends service, souris, aide, mets à profit tes qualités sans perpétuellement méditer tes défauts. Cède sans plus attendre au conseil le plus tendre.
Goûte, hume, délecte-toi. Et arrête de te parler à la deuxième personne du singulier, impératif présent. C'est ridicule.
Les fraises étaient délicieuses aujourd'hui. Le vin blanc enivrant sans pour autant assommer. Les mûres dispensaient sur mes papilles les saveurs des courses à vélo vers la plage, de la reprise des entraînements de foot avec cette odeur de gazon coupé, des tentatives avortées de faire décoller le cerf-volant, des réunions de famille où je pleurais de rire, des premiers émois adolescents quand je regardais les bikinis de l’Île d'Yeu. Il est très beau ce 14 août. Je m'en régale.