De cuir et d'eau.

Ses yeux sont fixes. Ses paupières ne se ferment jamais. Il reste concentré sur sa cible. Concentré n'est même pas le mot ; la concentration sous-entend l'effort. Lui laisse parler sa nature. Sa peau n'est pas grêlée, mais pas lisse non plus. Elle rappelle le cuir tanné, souple et solide. Il sait lui faire prendre toutes les formes, mais n'aime jamais tant que lui donner cet aspect d'impassibilité de statue.
Il ne connait que la soif de vengeance, et la faim de destruction. Pas une destruction complète et aveugle, mais une frappe chirurgicale, qui ne laisse ni témoin ni prise au hasard. Et pourtant, derrière cette passionnelle déraison, il est la sérénité même. Plus aucune question ne traverse son esprit, plus aucun doute ne le taraude. Son cœur bat au rythme des secondes, ni plus lentement, ni plus vite. Rien n'a plus de prise sur lui.
Ni le son d'un harmonica, ni le corps spectaculaire de Claudia Cardinale. Il vit pour tuer, pour le tuer. Il finira par le faire. Puis...


Il ne respire que par l'hédonisme, ne passe aucun millième de seconde sans jouir de ce qu'il rencontre. Il en fait des mots, des mélodies, des hymnes. Il boit ce qu'il chante, chante ce qu'il boit, mange ce qu'il hurle, et vomit le reste. Il s'entoure d'amis pour mieux les détester, s'entoure de femmes pour mieux les séduire, se détourne du monde pour mieux le baiser. Il escroque avec élégance, distille parfois le vrai pour prêcher tout le temps le faux. Il est l'attrape-gogo ultime, le plumeur de pigeon virtuose, le crève la dalle à la panse trop pleine. Il envoûtera son dernier public, puis...

Ils rempliront leur mission. Puis leur faim disparaîtra, et eux avec.