Après le festin

Et là tu regardes les statistiques et tu vois qu'une centaine de fois, on a regardé ce que t'as fait. C'est intimidant. 100. C'est plus joli en lettres qu'en chiffres. C'est pas énorme mais quand même...
Tu te dis, avec ta nature profondément enthousiaste et optimiste, que ça fait surement cent personnes qui auront pensé "mais putain, il va arrêter de nous saouler lui. D'abord c'était des chansons torse nu, et maintenant il mixe ça avec ses pensées putrides... Pfff... Y va pas me revoir souvent ici lui..."

Sans nul doute. Et puis après tu te dis que, peut-être, il y en aura un, ou mieux encore, une, qui se dira "c'est joli ". Et qui ne reviendra sans doute pas non plus, mais c'est pas grave. Et puis enfin, tu te dis que c'est pas pour ça que tu le fais. Tu te dis que, quand tu faisais de la presse, tes collègues ayant le nez fixé sur le tirage, sur le nombre de pages vues, sur les résultats financiers du canard plus que sur leur propre travail te donnaient, au mieux, un fort sentiment de mal-être, au pire, une vraie envie de vomir.
Juste pour l'anecdote, on peut évoquer ici l'exemple de la rédaction ayant fêté au champagne son record de tirage . Normal , non? Oui, oui... Surtout quand on sait que ce record fut battu en traitant de la tempête Xynthia. Rappelons que cette tempête fit 47 morts sur les seuls départements de la Vendée et de la Charente-Maritime. Cela vaut bien une coupe de champagne, non?

Donc ce que tu as conchié hier, n'y cède pas aujourd'hui. Remercie ceux qui t'aiment de venir lire, ceux qui t'aiment moins de venir haïr (ce sera pour plus tard, mais prépare-toi), et ne relâche pas ton effort. Pour une fois continue, sois constant, valorise-toi, écris, écris, écris, écris, écris, écris, écris, écris, écris, écris, écris, écris. Crée, puise de ce cerveau souvent malade la source d'une toute relative et très fragile beauté. Sait-on jamais.

Goûte à la fête, profites-en, et nourris-t-en juste ce qu'il faut, mais ne te rassasie pas. Garde ce petit creux au coin de l'estomac, laisse ce vide sanitaire et salvateur, et reste sur ta faim. Elle est ton guide. Ne t'enivre-pas. N'engloutis pas.

Aie toujours faim.